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Dessalement, barrages, économie verte… les chantiers prioritaires
Publié dans L'Economiste le 15 - 08 - 2017

L'entretien et la maintenance de ces ouvrages coûtent chaque année à l'Etat entre 100 et 150 millions de DH (Ph. Adam)
Sécurité hydrique, gestion des phénomènes extrêmes et adaptation aux changements climatiques, poursuite de la réforme institutionnelle, coopération internationale… ce sont là autant de chantiers ouverts par le secrétariat d'Etat chargé de l'Eau. Sur le plan législatif, les textes d'application nécessaires à la mise en œuvre de la loi sur l'eau 36-15 sont en cours d'élaboration et seront adoptés prochainement. C'est ce qu'a confié à L'Economiste Charafate Afailal, secrétaire d'Etat chargée de l'Eau.
En matière de sécurité hydrique, la tutelle planche sur la mobilisation des ressources additionnelles. «Le recours aux ressources non conventionnelles est impératif», soutient Afailal. Outre la réutilisation des eaux usées épurées (voir aussi interview en page 13), le dessalement est un des chevaux de bataille de ce département.
Le Maroc a, rappelons-le, opté depuis trois décennies pour le dessalement de l'eau de mer afin d'approvisionner en eau potable des provinces du Sud en raison de leur faible potentiel en ressources conventionnelles. La capacité actuelle de production annuelle est de près de 15 millions de m3.
Selon les études élaborées à ce jour, les volumes moyens d'eau, qui pourraient être dessalés à l'horizon 2030 pour assurer l'alimentation en eau potable, sont évalués à près de 425 millions de m3. Il a été décidé de réaliser des stations de dessalement à Laâyoune, Agadir, Tiznit-Sidi Ifni, Chtouka, Essaouira, Safi, El Jadida, Casablanca, Al Hoceima et Saïdia.
800 millions à 1,5 milliard de DH pour construire un barrage
La station de dessalement de l'eau de mer de la ville d'Agadir aura, à terme, une capacité de production de 400.000 mètres cubes par jour, dont 203.500 m3 seront destinés à l'irrigation des périmètres de la zone de Chtouka. «Une grande station pour la région Casablanca-Settat est en cours d'étude.
Nous avons tenu une réunion avec le président de la région à ce sujet. Le montage financier et institutionnel de ce projet est en cours de finalisation», annonce la ministre Afailal. Cette plateforme permettra de sécuriser l'accès à l'eau potable pour le Grand Casablanca qui est alimenté à partir de Rabat.
«Pour certaines zones, avec l'augmentation de la demande et l'insuffisance des ressources locales, le seul recours pour résorber le déficit en eau potable industrielle ou agricole est le dessalement de l'eau de mer. Toutefois, le dessalement est appelé à jouer un grand rôle à l'avenir, avec la baisse progressive des coûts», précise la secrétaire d'Etat.
Autre chantier prioritaire, la poursuite de la politique des barrages qui commence à s'essouffler, vu le problème de financement. «Nous construisons 3 barrages par an, sachant que cette politique va atteindre ses limites. A moyen terme, il n'y aura plus de barrages à construire, ni de ressources additionnelles à mobiliser. Il va falloir aller vers le dessalement», précise la ministre du PPS. Le budget de construction d'un ouvrage varie entre 800 millions et 1,5 milliard de DH, vu que les sites qui restent sont difficiles sur le plan géologique. L'entretien et la maintenance de ces ouvrages coûtent chaque année à l'Etat entre 100 et 150 millions de DH.
Au Sud, le dispositif de recharge artificielle de la nappe de Foum El Oued comprendra les ouvrages d'amenée, de réception, de répartition et de recharge. Les travaux de reconstruction du barrage Al Massira Al Khadra, qui a été emporté par les crues exceptionnelles d'octobre dernier, ainsi que ceux relatifs au dispositif de recharge, seront lancés au cours de cette année.
Le budget mobilisé s'élève à près de 50 millions de DH. 2017 devra également connaître le lancement de deux études. La première portera sur la réalisation d'un grand barrage en amont sur oued Sakiat El Hamra qui permettra le renforcement du fonctionnement du barrage Al Massira Al Khadra. La seconde étude portera sur la protection de l'embouchure de l'oued Sakiat El Hamra.
Reste que le taux de remplissage des barrages est en net recul. Au 8 août 2017, le volume d'eau stockée dans les retenues est évalué à près de 6,76 milliards de m3. Ce niveau correspond à un taux de remplissage global de 44,5% contre 50,6 % enregistrés à la même date de l'année dernière.
800 millions de m3 à transférer
Le transfert d'eau est une solution pour alimenter le pays en eau potable. Les bilans hydrauliques établis dans le cadre des études réalisées par le département de l'Eau montrent que certains bassins, notamment le Tensift et l'Oum Er Rbia sont déficitaires, d'une part, et des déversées en mer sont enregistrées dans les bassins du Nord d'autre part. «Un transfert depuis les bassins du Nord bien mieux dotés en ressources hydrauliques permettrait de soulager ces déficits consolidant ainsi la solidarité nationale dans la gestion de l'eau», insiste Afilal.
L'étude de préfaisabilité préliminaire a montré qu'un volume d'environ 800 millions de m3 pourrait être transféré en moyenne à partir des bassins du Laou, du Loukkos et du Sebou vers les bassins du Bouregreg, de l'Oum Er Rbia et du Tensift. La confirmation de la possibilité du transfert d'eau susmentionné ainsi que l'échéancier de réalisation éventuelle du projet et le montage institutionnel et financier seront définis par les études en cours de réalisation.
Nouveau mode de gouvernance
Pour faire face à la surexploitation des ressources en eau, un nouveau mode de gouvernance vient d'être instauré. Il privilégie la participation, l'implication et la responsabilisation des différents acteurs dans un cadre contractuel appelé «le contrat de nappe». Ce dernier fixera les responsabilités, les droits et les obligations des usagers de l'eau de l'administration et des différents intervenants concernés. La loi 10-95 abrogée par la loi 36-15 a jeté les bases d'une gestion intégrée et participative des ressources en eau. «Malgré les avancées, nous continuons d'enregistrer une surexploitation de quelques réserves qui sont gérées d'une manière non durable», souligne Afailal. «Les bilans établis pour les principales nappes du pays montrent que le volume d'eau souterraine prélevée dépasse largement le volume renouvelable. Ce qui renseigne sur l'accès facile à ces ressources ainsi que la difficulté du contrôle». Cette surexploitation s'est traduite essentiellement par la baisse des niveaux piézométriques, la réduction des débits des sources et la dégradation de la qualité des eaux souterraines dans certains secteurs côtiers à cause de l'intrusion marine.


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