C'est une semaine riche en actualité ayant trait à la lutte contre le terrorisme qu'a vécue l'Espagne. Un important coup de filet dans la région française de Bayonne (sud) a permis de porter un coup dur à la bande terroriste ETA (Euskadi Ta Askatasuna, pays basque et liberté), celui d'avoir mis la main sur le présumé chef militaire de la bande et son successeur. Un jeune homme de 27 ans recherché par les services espagnols et dont le portrait ornait les murs des administrations publiques et les aéroports. Il est soupçonné d'être le responsable de la fusillade qui a coûté la vie au premier policier français victime de l'ETA, lors du dernier affrontement dans la région parisienne, en mars dernier. L'arrestation de jeudi dernier menée par la police française avait un autre mérite, celui de révéler les planques de l'ETA dans le grand sud français, devenu l'arrière-base des Etarras. Les indépendantistes passent inaperçus vu que les Espagnols se font nombreux dans cette région et ce depuis leur exil à l'époque du général Franco. Ces lieux sont utilisés comme des caches d'armes et des mini-quartiers généraux. La France est aussi la geôle de plusieurs membres de l'organisation séparatiste. Les cinq membres (trois hommes et deux femmes) qui se sont terrés au pays basque français ont été arrêtés et transférés lundi à Paris sous haute escorte. Des peines lourdes mais justifiées À des kilomètres du sud français, l'Audience Nationale espagnole jugeait des membres de l'ETA, responsables de l'explosion qui a eu lieu au Terminal 4 de l'aéroport Barajas de Madrid, le 30 décembre 2006. Mille et quarante ans de réclusion pour chacun des accusés, tel est le verdict de la Cour espagnole prononcé vendredi dernier (les Etarras ne purgeront effectivement que 40 ans comme peine maximale). Dans la salle d'audience, tous les visages étaient masqués, par souci de sécurité, sauf ceux des membres d'ETA qui défiaient la cour et les caméras en affichant un sourire narquois. L'attentat a coûté la vie à deux citoyens équatoriens, de 19 et 34 ans. Ils dormaient dans leurs véhicules à l'heure où la bombe a explosé. La cour a condamné les trois coupables à verser 2,5 millions d'euros d'indemnisation aux familles des victimes. La sentence les condamne également pour tentative de meurtre de 48 personnes blessées suite à l'explosion au sein de l'aéroport madrilène. La bombe était placée dans un Renault Traffic, dérobée en France. L'organisation séparatiste basque a pris le soin d'avertir les autorités une heure avant la déflagration. Dans cette communication où même la plaque minéralogique a été dévoilée, le membre de l'ETA mettait en garde contre toute tentative de désamorcer la bombe, «ce qui sera un acte de grave irresponsabilité», a-t-il prévenu ! Dix jours plus tard, ETA revendique l'attentat dans un communiqué parvenu à un journal basque. La revendication a mis fin à la trêve décidée par l'organisation séparatiste en mars 2006. Une semaine avant, le président du gouvernement espagnol, José Luis Zapatero, annonçait, triomphant, l'approche de la fin de l'ETA. Grand leurre. L'organisation a frappé dur l'été dernier dans les Iles Baléares, le 30 juillet 2009. L'attentat à la voiture piégée a coûté la vie à deux membres de la Guardia Civil et plusieurs blessés. Le choix de la date n'est pas fortuit. L'explosion a eu lieu au moment où la famille royale séjournait à Majorque, la ville d'estivage du couple royal espagnol. Depuis, les services de sécurité multiplient les descentes. Plus de 1.600 kilos d'explosifs ont été saisis rien qu'en France, en Espagne et au Portugal cette année. En deux ans, six membres de haut vol de la bande terroriste ont été arrêtés. Dans cette guerre sans merci, les victimes sont des citoyens lambda ou des agents de l'ordre public, la cible de prédilection de l'organisation terroriste. Face au durcissement, la bande a trouvé refuge au Portugal et en France. Les médias se félicitent à chaque fois qu'un haut responsable de la formation tombe dans les filets de la police. «La poursuite que fait l'Etat de droit face à la bande ETA commence à donner des fruits», écrit un éditorialiste d'El Pais. Mais le gouvernement espagnol se montre très prudent. L'expérience a démontré qu'un successeur ne tarde pas à assurer la relève comme c'est coutume au sein de la bande. Le chef interpellé jeudi, Miguel Karrera Sarobe, alias Ata (le canard), 37 ans, a pris les commandes après l'arrestation de son précédent le 28 février. Le ton se durcit, mais l'ETA persiste Les arrestations se multiplient mais ETA ne recule pas. L'organisation est certes affaiblie, mais loin d'être éradiquée. Mais pas question de céder, encore moins de négocier. Le Parti Populaire est intransigeant sur ce point-là. En 2002, le gouvernement central de Madrid, mené par José Maria Aznar a ouvert le feu contre la bande. Des journaux interdits, des partis et d'associations jugés illégaux..., tout lien avec ETA conduit à la condamnation pour apologie au terrorisme. À présent, le PP accuse le PSOE au pouvoir d'entamer des négociations avec ETA durant sa deuxième législature sur l'autodétermination. Le porte-parole du Parti Populaire au Parlement européen et ex-ministre de l'Intérieur avait accusé le gouvernement central de mener des négociations secrètes avec ETA. «Chose qui affaiblira l'Espagne», met en garde l'eurodéputé. Des déclarations rejetées en bloc par le PSOE. Inadmissible, misérable... Mayor Oreja, l'auteur de la révélation fut traité de tous les noms. Car négocier avec ETA est un tabou en Espagne, voire une trahison à l'Etat. Sur un autre plan, certains connaisseurs du dossier ne voient aucun intérêt à ces multitudes d'arrestations vu que l'ETA détient un projet politique, celui de s'infiltrer dans les institutions politiques basques pour y mener sa lutte, de l'intérieur. Un péril puisque cela donnera une légitimité à la bande terroriste pour atteindre ses fins séparatistes.