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Des chiffres à méditer
Publié dans Les ECO le 10 - 07 - 2011

Pour des enjeux de taille, des résultats de taille. 98,5% des votants ont dit OUI au projet de la nouvelle Constitution. Le taux de participation a frôlé les 74%, soit 3/4 de la masse électorale. Est-ce que cela signifie que les Marocains se sont réconciliés avec la politique ? Seuls les résultats des prochaines élections législatives peuvent répondre à cette question avec certitude. Néanmoins, une analyse fine des résultats au niveau régional peut nous donner une idée sur le profil des votants, celui des abstentionnistes, et par conséquent sur les mesures à prendre pour rectifier le tir lors des prochaines élections. À y regarder de plus près, un constat saute aux yeux. Les trois régions ayant enregistré les taux de participation les plus élevés sont les trois régions du sud, à savoir Oued Eddahab-Lagouira, Guelmim-Essmara et Laâyoune-Boujdour-Sakia El Hamra. Le taux de participation moyen de ces dernières est de 87,6%, largement au dessus de la moyenne nationale qui est de 73,46%. Plus étonnant encore, trois des quatre régions dont le taux de participation se situe en dessous de la moyenne nationale (Grand Casablanca, Tanger-Tétouan et Rabat-Salé-Zemmour, Zaër) sont les trois zones qui connaissent le plus grand essor économique.
Au jeu de l'absentéisme, c'est la région du grand Casablanca qui s'est illustrée. Seulement 57,17% de ses inscrits aux listes électorales ont emprunté les chemins des urnes. Notons aussi qu'à elles seules, ces trois régions regroupent le tiers de la population marocaine. En revanche, la population des trois régions les plus «studieuses» (électoralement parlant) ne représente que 2,74% de l'ensemble de la population. Fautil en déduire que plus une région est peuplée et développée économiquement, plus ses habitants se désintéressent de la politique ? Les avis sont partagés. Un autre exercice simple, mais pas des moins intéressants, consiste à croiser la variable taux de participation avec quelques indicateurs socio-économiques régionaux. Ainsi, si on s'intéresse au taux de chômage, il apparaît clairement que les régions qui ont voté le moins sont des régions où le taux de chômage est au-dessus du taux national moyen. Le cas le plus flagrant est celui de l'Oriental, son taux de chômage est presque deux fois supérieur au taux moyen, alors que cette région présente le deuxième plus bas taux de participation avec seulement Des chiffres à méditer 63.99%.
À l'inverse, la plupart des régions dont le taux de participation est supérieur au taux moyen, enregistrent des taux de chômage en dessous du taux national. Notons que les trois régions du sud dérogent à cette règle, et pour cause, ces zones bénéficient d'aides de l'Etat, ce qui explique leur faible taux de pauvreté et de vulnérabilité. Les régions de Marrakech-Tensit-Al Haouz et Taza- Al Houceima-Taounate, par exemple, font office de bons élèves s'agissant de leur participation, leur taux de chômage (respectivement 5,8% et 6,1 pour un taux moyen national de 9,1%) est parmi les plus bas du pays. On peut donc en conclure, avec un interval de confiance plus que satisfaisant, que les régions les plus impliquées dans ces élections sont celles où il y a du travail. Quant à la corrélation du taux de participation avec l'indice de pauvreté et de vulnérabilité, il est évident que les personnes qui ont le moins voté sont ceux qui habitent les régions riches.
En effet, les quatre régions qui ont observé un fort taux d'absentéisme sont sans exception peu vulnérables. Certains spécialistes expliquent ce comportement par cette attitude psychologique qui consiste à dormir sur ses lauriers quand tout va bien. En résumé, si on veut modéliser le taux de participation par le biais de variables explicatives, on s'aperçoit qu'un citoyen marocain qui vote est un citoyen qui possède un emploi stable, qui habite dans une zone dont la densité de population est faible et qui réside dans une région pauvre. Le croisement des chiffres du référundum constitutionnel sont utiles à plus d'un titre pour les partis, animés tous par l'ambition de (re)donner goût à la politique aux Marocains. S'il faut retenir une seule leçon, c'est que les formations politiques doivent concentrer leurs efforts de communication et de sensibilisation dans les régions peuplées, peu vulnérables et où le chômage subsiste.


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