L'élection de Boualem Sansal à l'Académie française, le 29 janvier 2026, dépasse le cadre d'une consécration littéraire. Elle constitue un signal politique clair, adressé sans détours à un Etat qui n'a cessé de persécuter l'un de ses écrivains les plus lucides et les plus reconnus à l'international. Elu dès le premier tour à une majorité écrasante, l'écrivain franco-algérien rejoint l'institution chargée de veiller sur la langue française après avoir payé, au prix fort, sa liberté de ton. Depuis des années, Boualem Sansal subit intimidations, campagnes de dénigrement, interdictions de fait et, plus récemment, l'épreuve de l'emprisonnement pour des propos jugés incompatibles avec le récit officiel de son pays d'origine. Son arrestation, suivie d'une lourde condamnation, avait provoqué une vague d'indignation dans les milieux intellectuels et culturels internationaux. Son œuvre, traduite et étudiée bien au-delà des frontières algériennes, n'a pourtant jamais relevé de la provocation gratuite. Elle s'est construite autour d'une critique rigoureuse des dérives autoritaires, de l'instrumentalisation de l'histoire et de la confiscation du débat public. Des thèmes qui, dans d'autres contextes, nourrissent la vitalité intellectuelle, mais qui, dans le système politique algérien, exposent l'écrivain à la répression. Lire aussi: Que révèle Boualem Sansal sur son année de détention en Algérie ? C'est précisément cette trajectoire que l'Académie française a choisie d'honorer. Sans déclaration officielle ni condamnation explicite, elle adresse à l'Algérie un message clair : la littérature ne saurait être jugée par des tribunaux, et la critique des idées ne constitue pas un crime. En accueillant Boualem Sansal parmi ses « immortels », l'institution reconnaît non seulement la valeur d'une œuvre, mais aussi la légitimité d'une parole que l'on a tenté de faire taire. Cette élection agit ainsi comme un désaveu silencieux des pratiques de persécution à l'encontre des intellectuels indépendants en Algérie. Elle rappelle que la reconnaissance internationale finit toujours par rattraper ceux que l'on cherche à marginaliser, et que l'enfermement physique n'efface ni les livres ni les idées.