Le Danemark vient de franchir un nouveau seuil dans le durcissement de sa politique migratoire. En annonçant l'expulsion automatique des étrangers condamnés à des peines d'au moins un an de prison pour crimes graves, le gouvernement danois assume un choix politique clair : faire primer la sécurité et la souveraineté judiciaire sur les considérations d'intégration ou d'ancrage personnel. Présentée comme un « nouvel arsenal » contre la criminalité, la mesure vise explicitement les infractions les plus lourdes notamment les violences aggravées, les agressions sexuelles, les viols … et repose sur un principe désormais posé sans ambiguïté par Copenhague : le droit de séjour ne saurait survivre à une condamnation pénale grave. Selon le ministère de l'Immigration, l'expulsion doit devenir la règle dès lors qu'un étranger est condamné à un an de prison ferme ou plus. Cette annonce ne surgit pas dans le vide. Depuis plus d'une décennie, le Danemark s'est imposé comme l'un des Etats européens les plus restrictifs en matière d'immigration et d'asile. Des gouvernements successifs, y compris sociaux-démocrates, ont fait du contrôle migratoire un pilier de leur politique intérieure, répondant à une opinion publique largement favorable à une ligne dure sur la question. L'expulsion systématique des étrangers délinquants apparaît ainsi comme l'aboutissement logique d'une trajectoire déjà engagée. Lire aussi: Espagne : près de 500 000 migrants en situation irrégulière bientôt régularisés La nouveauté réside toutefois dans le caractère quasi automatique du dispositif. Jusqu'ici, les tribunaux danois devaient pondérer la décision d'expulsion à l'aune de critères tels que la durée de résidence, la situation familiale ou le risque encouru dans le pays d'origine. Le gouvernement entend désormais réduire ces marges d'appréciation, quitte à entrer en tension avec la Convention européenne des droits de l'Homme, notamment sur le droit à la vie familiale et le principe de proportionnalité. La Première ministre Mette Frederiksen a d'ailleurs laissé entendre que son pays était prêt à « tester les limites » de l'interprétation actuelle de la CEDH. Une position qui confirme une évolution plus large en Europe du Nord : la volonté croissante de reprendre la main sur des normes juridiques perçues comme contraignantes face aux impératifs de sécurité nationale. Les défenseurs des droits humains dénoncent, eux, un glissement préoccupant. Ils alertent sur le risque d'une double peine – prison puis expulsion – et sur la stigmatisation durable des populations étrangères, y compris celles installées de longue date. Mais ces critiques peinent à infléchir une ligne politique désormais solidement ancrée dans le paysage danois, où la fermeté migratoire est devenue transpartisane. Au-delà du cas danois, cette décision résonne comme un signal adressé au reste de l'Union européenne. Elle interroge la capacité du continent à concilier exigences sécuritaires, respect des droits fondamentaux et cohésion sociale. Elle pose surtout une question centrale : jusqu'où les Etats européens sont-ils prêts à aller pour affirmer leur souveraineté en matière migratoire ? En optant pour l'expulsion automatique des étrangers lourdement condamnés, le Danemark choisit la clarté, au risque de la confrontation juridique. Un pari politique assumé, qui pourrait bien faire école, ou ouvrir un nouveau front de débat au cœur du projet européen.