Une connaît l'art et les galeries comme sa poche, l'autre crée et pose son regard artistique sur le monde. La première c'est Nawal Slaoui de CulturesInterface qui fusionne avec Hassan Sefroui, la seconde s'appelle El Batoul Bargach et donne sa vision de l'art avec talent. Le regard d'une femme Les ECO : Que voulez transmettre via cette exposition «Regard au féminin» El Batoul Bargach : Les tableaux exposés sont une jolie palette représentative du regard actuel des femmes artistes marocaines sur la société, sur le monde et surtout sur leur condition malgré les progrès, les diplômes, la nouvelle moudawana, etc. Chacune, à sa manière, communique grâce à sa palette, un malaise sociétal, une interrogation existentielle ou encore un bonheur d'être. Quelles sont justement ces conditions ? Qu'elles s'expriment pour elles ou pour d'autres, il me semble que les artistes sont déterminées à se mettre au premier plan de la scène artistique marocaine en jouant le même rôle que les artistes de sexe masculin. Mieux encore, l'acharnement de certaines bouscule les ordres établis, se comportant naturellement comme des artistes sans référence à leur sexe ou à leur condition. Je suis «artiste» tout court. Par ailleurs, il est certain que, par excès de féminité, certaines artistes créent en se référent à leur univers féminin, autour des fleurs, des bijoux ...or les hommes aussi s'inspirent de ce monde sensuel féminin. Des artistes comme Bousaboune, Boukhari, etc..., créent autour de l'univers féminin. Ma modeste lecture de la scène me rassure, peu importe le sexe ou l'identité de l'artiste l'essentiel c'est le rendu : le beau c'est le beau; chaque style a sa place. Je ne me suis jamais sentie en compétition avec les hommes. Peut-être que du côté du public il y a encore quelques réticences, parfois j'ai l'impression qu 'on ne nous prend pas au sérieux, or certaines femmes artistes ou galeristes vivent de cela. l Exposition collective dédiée à la création des femmes artistes Du 5 au 31 mars à la Galerie de la Fondation Mosquée Hassan II à Casablanca. L'union fait la force Les ECO : Pourquoi avoir décidé de vous rapprocher d'une galerie d'art pour ouvrir celle de CulturesInterface ? Expliquez nous le concept. Nawal Saloui : CulturesInterface existe depuis 2010. Sa priorité jusqu'à présent était de promouvoir à l'international, les artistes qu'elle représente. Depuis deux ans, les activités de CulturesInterface et ses réseaux se développent à l'étranger alors que, malgré les expositions annuelles que j'organisais au Maroc, la visibilité des œuvres que je produisais pour les artistes n'était pas suffisante, d'où la création de la galerie CulturesInterface. D'une part, Hassan Sefrioui, que je connais depuis de longues années, est non seulement un ami mais il est aussi le locataire de l'espace qui abritait mon ancienne galerie Meltem dans les années 90. D'autre part, il était lui-même intéressé par l'idée de redynamiser l'espace, pensant qu'en proposant des programmations très variées tout au long de l'année cela donnerait une autre dimension artistique au lieu, une sorte de nouvelle peau, un nouveau caractère. Nos envies et besoins coïncidaient, donc je suis tout naturellement allée vers lui pour lui proposer de partager cet espace. L'idée étant de proposer deux galeries d'art dans un même espace tout en alternant nos programmations respectives. L'exposition NOW ! est un clin d'œil à cette mutualisation. Nous avons voulu inaugurer l'aménagement de l'espace en montant une exposition commune à nos deux galeries. À partir du mois d'avril, Hassan présentera une nouvelle exposition avec l'un de ses artistes, quant à moi, je présenterai la première exposition individuelle de Si Mohammed Fettaka en mai prochain. Comment CulturesInterface combine l'idée d'itinérance avec la stabilité d'une galerie ? Les deux sont tout à fait compatibles car les cibles ne sont pas les mêmes. CulturesInterface gardera son itinérance à l'étranger, que ce soit par du commissariat d'exposition, par des partenariats avec des galeries internationales ou par la participation à des foires et biennales d'art contemporain.Quant à la galerie d'art, je n'y serai pas toujours présente, je propose à mes clients que nous nous donnions rendez-vous pour découvrir les œuvres de mes artistes, cela permet d'échanger dans une plus grande tranquillité. D'autant plus que Nadia Marmech tient très bien le lieu et sait accueillir le public et l'informer selon ses intérêts. Il faut savoir que beaucoup de galeries dans le monde fonctionnent sur rendez-vous. Disons que c'est une bonne façon pour le galeriste et le client d'optimiser leur temps. Pensez-vous qu'il y a une égalité homme-femme dans le milieu de l'art au Maroc et en général ? En effet, je l'ai écouté à la télévision. Concernant le Maroc, s'il s'agit des cachets des artistes eux-mêmes, oui il y a une égalité. Par contre, lorsqu'il s'agit de produire des œuvres avec le concours d'artisans ou d'artisanes, par exemple, la femme n'est pas considérée l'égale de l'homme. Elle est moins bien payée par son patron malheureusement, et je ne comprends pas pourquoi... Exposition «NOW !» à la Galerie Shart jusqu'au 14 mars.