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Enseignement. Quelles réformes pour 2020?
Publié dans Les ECO le 23 - 09 - 2019

Un budget additionnel est prévu en 2020 pour le secteur de l'enseignement qui vient d'entamer la mise en œuvre de la loi cadre de l'éducation et de la formation. Les priorités seront fixées par une commission interministérielle. Les chantiers de la réforme législative sont déjà identifiés.
Le projet de loi de finances de 2020 prévoit un budget additionnel au secteur de l'enseignement. C'est ce qu'a assuré le ministre de l'Education nationale, de la formation professionnelle, de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique, vendredi dernier lors d'un point de presse dédié à la rentrée pédagogique. Néanmoins, le responsable gouvernemental n'a rien laissé filtrer sur le montant de cette augmentation. En tout cas, on sait que la mise en œuvre de la loi cadre de l'éducation et de la formation nécessite un budget annuel supplémentaire de 10 milliards de dirhams. Ce montant ne va pas émaner uniquement du ministère de tutelle mais aussi de l'ensemble des acteurs concernés, comme nous le souligne Saaid Amzazi. Rappelons que la loi de finances de 2019 avait consacré un budget de 68 milliards de dirhams au secteur.
En dépit des efforts financiers déployés au cours des dernières années, les enjeux sont de taille car 80 % du budget est consommé par la masse salariale. Le département de tutelle compte sur les partenariats pour mobiliser les financements nécessaires à la mise en œuvre de la loi cadre. À titre d'exemple, les collectivités territoriales sont désormais appelées à assumer leur responsabilité en la matière. Jusque-là, leur implication dans le financement de l'éducation demeure très limitée ; elle est moins de 1 % alors que dans nombre de pays ce taux dépasse 60 %. On s'attend à ce que leur contribution à l'effort de la réforme de l'éducation connaisse une augmentation significative à travers d'étroites collaborations avec les académies régionales de l'éducation et de la formation.
Une commission pour améliorer la gouvernance
L'amélioration de la gouvernance est un autre élément clé dans la stratégie de réforme qui concerne dorénavant l'ensemble du gouvernement alors que jusque-là c'était l'apanage du ministère de l'enseignement. Il faut désormais fixer les priorités de la loi cadre qui comporte nombre de nouveautés. Une commission de suivi dont le décret devra être adopté par le conseil de gouvernement de cette semaine se chargera de cette mission. Présidée par le chef de gouvernement, elle sera composée d'une quinzaine de départements. Une autre commission devra bientôt voir le jour pour élaborer un cadre référentiel des curricula ainsi que des guides des programmes et des formations tout en veillant régulièrement à leur actualisation et leur adaptation aux évolutions pédagogiques modernes.
Cette instance stipulée par l'article 28 de la loi cadre est très attendue pour opérer la réforme nécessaire et radicale des contenus pédagogiques qui sont considérés comme l'une des causes essentielles dans le mauvais score des élèves marocains dans les classements internationaux. Sur le plan législatif, la vision de réforme est arrêtée. Six textes vont être révisés. Il s'agit en premier lieu de la loi 01.00, promulguée en 2000, organisant le système de l'enseignement supérieur et dont nombre de textes d'application ont connu un retard abyssal. La révision de ce texte devra se faire au cours de cette année. L'enjeu, à l'heure actuelle, est d'élaborer une nouvelle législation prenant en considération la refonte du système dans sa globalité. Cette fois-ci, il faut détailler tout le dispositif ayant trait au secteur privé et à la recherche scientifique. Sur le plan pédagogique, le gouvernement compte métamorphoser l'enseignement supérieur surtout au niveau des établissements à accès ouvert qui drainent 80 % des étudiants. Le système du bachelor sera lancé à partir de la prochaine rentrée pour permettre une meilleure adéquation entre la formation dispensée au niveau de l'enseignement supérieur et l'emploi. La nouvelle réforme consistera à introduire une année fondatrice comme première année de la formation supérieure à l'instar de ce qui se passe sous d'autres cieux pour réussir la transition entre les deux cycles. La deuxième révision législative concerne la loi relative à l'obligation de l'enseignement fondamental qui passe de la tranche de 6 à 15 ans à celle de 4 à 16 ans. Le troisième texte qui sera revu est celui relatif au statut de l'enseignement préscolaire. Il s'avère nécessaire d'avoir un cadre juridique global et unifié pour l'enseignement préscolaire en vue de mettre fin aux dysfonctionnements qui ont pendant longtemps miné le secteur dont la multiplicité des intervenants.
Aujourd'hui, un ensemble d'acteurs sont mobilisés pour réussir ce chantier. Un cadre référentiel a été élaboré pour mettre fin à l'anarchie qui marquait le secteur. Le quatrième chantier législatif porte sur la loi 06-00 relative au statut de l'enseignement scolaire privé. Le secteur privé qui est appelé à investir dans le milieu rural et périurbain sera soutenu par l'Etat pour jouer son rôle dans la promotion de l'enseignement, selon Saaid Amzazi. Nombre d'incitations seront mises en place :fiscalité, lots de terrain, mise à disposition des écoles fermées... Rien n'est encore tranché. Il faut attendre le verdict de la future commission interministérielle qui planchera sur ce dossier en prenant en considération les dispositions de la cadre. Le secteur privé est désormais tenu de s'engager à respecter les principes du service public et de participer à fournir l'éducation, l'enseignement et la formation pour les enfants des familles nécessiteuses et les personnes en situation de handicap. Les établissements d'enseignement privé doivent assurer leurs besoins permanents en cadres pédagogiques et administratifs dans un délai de quatre ans. Les conditions et le taux de participation des établissements privés en matière d'offre pédagogique gratuite au profit des nécessiteux seront fixés par un texte réglementaire.
Plus de pouvoirs aux AREF
Le cinquième texte qui sera révisé est celui portant sur les académies régionales de l'éducation et de la formation. Il s'agit de poursuivre le chantier de la déconcentration en transférant aux AREF de nouvelles prérogatives et renforçant les compétences de gestion et de gouvernance de ces établissements. Le sixième chantier législatif concerne la loi 13-00 sur la formation professionnelle. La législation doit en effet se conformer à la nouvelle vision de réforme et aux dispositions de la loi cadre. On aspire à attirer de plus en plus de bacheliers à intégrer ce système. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement compte beaucoup sur le système d'orientation qui sera revu de fond en comble. L'orientation sera renforcée dès l'enseignement collégial à travers, entre autres, le renforcement du nombre des professeurs chargés de cette mission. Il est même prévu de commencer ce système dès la cinquième année et sixième année primaire en mettant en place le projet personnel de l'élève.


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