Le management d'Airbus se frotte les mains. Le constructeur aéronautique européen a annoncé récemment un nombre record de livraisons pour 2009 : 498 appareils, soit 15 avions de plus qu'en 2008. Du côté de son concurrent Boeing, les livraisons se sont élevées à 481 avions. Par ailleurs, Airbus totalise 271 commandes nettes, contre 142 pour l'avionneur américain. Le montant des commandes est estimé à 30,3 milliards de dollars (20,9 milliards d'euros). Quant aux commandes brutes, elles sont au nombre de 310, «ce qui constitue 54% de la part de marché mondiale des appareils de plus de 100 sièges» souligne Airbus dans un communiqué. Les nouvelles commandes incluent 228 A320, 78 A330/340/350 ainsi que quatre A380. À Fin 2009, le carnet de commandes du constructeur totalisait 3.488 appareils, soit une valeur de 437,1 milliards de dollars (301,5 milliards d'euros) «ce qui représente six années de production à plein régime», selon Airbus. Cependant, lors de la conférence de presse annuelle du groupe à Séville, son PDG Tom Enders a ajouté que le programme militaire de l'A400M plombait la compétitivité de l'entreprise. Tout en soulignant qu'«Airbus avait été stupide d'accepter le contrat à prix fixe pour l'avion de transport militaire». Enders a fait plus fort en avançant que la situation actuelle du groupe, vis-à-vis du contrat A400M, pourrait mettre en danger Airbus, ainsi que sa compétitivité commerciale. «C'est pourquoi je tire la sonnette d'alarme et je dis que nous ne pouvons pas continuer ainsi, nous avons besoin d'une décision», commente Enders. En outre, Louis Gallois, PDG de la maison-mère d'Airbus, EADS, souhaite une résolution de cette problématique avant la fin janvier. Une facture salée Le programme A400M a été lancé en 2003. Cent quatre-vingt (180) commandes émanant de sept pays (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Luxembourg, Royaume-Uni et Turquie) avaient été enregistrées. Néanmoins, pour l'heure, les gouvernements concernés ne sont pas parvenus à se mettre d'accord sur qui devra payer la facture des retards et surcoûts accumulés par le projet d'avion de transport militaire. Selon les hautes instances du groupe, le programme engloutit pas moins de cent millions d'euros par mois. Il devait initialement coûter 20 milliards d'euros mais, selon un rapport préliminaire du cabinet d'audit Price Waterhouse, EADS aura probablement besoin de cinq milliards d'euros supplémentaires, ce qui aboutira à une facture encore plus salée de 25%. Des experts évoquent même un surcoût de onze milliards d'euros. Les ministres de la Défense concernés par le projet doivent se réunir jeudi à Londres, avant la deadline du 30 janvier. Pour ce qui est de l'A380, le PDG d'Airbus s'est dit grandement déçu. Il espère tout de même doubler la production cette année, pour atteindre les vingt livraisons. Quant aux perspectives pour 2010, le constructeur escompte 250 à 300 commandes brutes. La maison-mère EADS a, par ailleurs, estimé que son chiffre d'affaires devrait se déprécier de 3,6% à 41,7 milliards d'euros pour 2009. Un recul que Louis Gallois a imputé à la faiblesse du dollar. Même si la plupart de ses coûts sont calculés en euros, Airbus vend ses appareils en dollars.