Face à un stress hydrique durable et à la nécessité d'améliorer le pilotage national de l'eau potable, l'ONEE engage un chantier stratégique visant à moderniser la gestion technique et digitale de ses infrastructures. Cette initiative ambitionne de centraliser les données issues des systèmes de télégestion afin d'offrir une supervision unifiée, plus fiable et davantage orientée vers l'anticipation et la performance opérationnelle. Le Maroc est confronté à un stress hydrique structurel, et la gestion de l'eau potable devient un enjeu national qui dépasse largement la seule logique d'infrastructure. La sécurisation de la ressource, la performance des réseaux et la fiabilisation des données sont plus que jamais au cœur des politiques publiques. Dans ce contexte, l'Office national de l'électricité et de l'eau potable – Branche Eau engage un nouveau chantier d'ampleur, destiné à transformer en profondeur le pilotage opérationnel de l'eau potable sur l'ensemble du territoire. L'objectif est de bâtir un système unifié, réactif et intelligent, capable de soutenir les impératifs de continuité de service et d'anticipation, au moment où la pression climatique et démographique s'intensifie. Un contexte marqué par l'urgence hydrique Depuis plusieurs années, la rareté de l'eau impose une réorganisation profonde des modes de gestion. Le Maroc a engagé d'importantes réformes, parmi lesquelles la création des Sociétés régionales multiservices, la diversification des sources d'approvisionnement, l'intégration progressive du dessalement ou encore la mobilisation accélérée des ressources non conventionnelles. Dans ce paysage en recomposition, l'ONEE conserve un rôle central, consistant à garantir, dans toutes les régions, une distribution fiable de l'eau potable et un pilotage cohérent des infrastructures existantes. Or, ce pilotage repose aujourd'hui sur des systèmes hétérogènes : automates industriels, équipements de télégestion, plateformes de supervision, applications de télérelève, systèmes d'information géographique ou encore outils analytiques. Leur coexistence, fruit d'investissements successifs réalisés sur plusieurs décennies, crée autant de richesses de données que de défis d'intégration. Le nouveau chantier de l'ONEE vient précisément répondre à cette complexité. Vers un pilotage national centralisé et intelligent L'ambition est de doter le pays d'une plateforme digitale capable de centraliser, structurer et fiabiliser l'ensemble des données issues des réseaux d'adduction et de distribution. Ce futur dispositif devra agréger en temps réel les informations de télégestion, croiser les historiques, renforcer les capacités de prévision, générer des alertes intelligentes et permettre une lecture rapide de l'état des infrastructures, depuis les stations de traitement jusqu'aux réservoirs et points de livraison. Il s'agit d'un tournant majeur, celui de passer d'un pilotage fragmenté à une gouvernance unifiée de la donnée, au service de l'efficacité opérationnelle. La plateforme visera aussi à harmoniser les pratiques entre les régions, à renforcer la traçabilité des opérations et à sécuriser les systèmes industriels face aux risques croissants de cyberattaques. La fiabilisation des échanges entre environnements IT et OT fait partie des priorités, tout comme l'intégration de normes internationales de cybersécurité pour protéger les installations critiques. Un chantier national aux retombées structurelles Ce projet se distingue par son ampleur géographique et technique. Il couvre l'ensemble des zones d'intervention de l'ONEE-Branche Eau, des régions du Nord aux provinces du Sud, en passant par les grands bassins hydrauliques du centre. L'étude préalable devra dresser un état des lieux complet, identifier les défaillances, cartographier les infrastructures et proposer une architecture cible capable d'accompagner les évolutions futures du secteur. Au-delà de la technologie, l'enjeu est profondément stratégique. Le pays a besoin d'une vision consolidée de ses ressources, de ses équipements et de leurs performances. Cette vision permettra d'améliorer la planification des investissements, de réduire les pertes en réseau, d'optimiser les consommations énergétiques et de renforcer la continuité d'alimentation, même dans les périodes de tension. Elle constitue également une réponse concrète aux exigences de transparence et d'efficience imposées par les réformes institutionnelles en cours. Un pas décisif dans la modernisation du service public de l'eau En engageant ce chantier, l'ONEE confirme sa volonté de placer l'innovation et la maîtrise de la donnée au cœur de sa stratégie. L'amélioration du pilotage de l'eau potable ne dépend plus uniquement des infrastructures physiques, mais de la capacité à les superviser, les analyser et les anticiper avec précision. Le Maroc se dote ainsi des fondations d'un système moderne, capable de soutenir sa résilience hydrique et d'accompagner les mutations profondes de son modèle de gestion de l'eau. Ce projet marque une étape importante dans la construction d'une gouvernance hydrique plus robuste et plus agile, alignée sur les défis du présent et sur les exigences de demain. En renforçant la capacité d'anticipation et la cohérence nationale des opérations, l'ONEE ouvre une nouvelle phase de modernisation qui contribuera durablement à sécuriser l'alimentation en eau potable pour des millions de citoyens. Sanae Raqui / Les Inspirations ECO