Après deux années marquées par le resserrement monétaire, le secteur bancaire marocain entre dans une phase plus faste, soutenue par l'assouplissement de la politique de Bank Al-Maghrib et la reprise graduelle de l'investissement. L'analyse de M.S.IN met en lumière une amélioration des fondamentaux du secteur, portée par la croissance des encours, la montée en puissance des activités de marché et une meilleure maîtrise des risques. Après une séquence 2022–2023 dominée par les tensions inflationnistes et le resserrement monétaire, le secteur bancaire semble avoir franchi un point d'inflexion. La stabilisation progressive des prix a permis à Bank Al-Maghrib (BAM) d'amorcer un assouplissement de sa politique monétaire, redonnant de l'oxygène à l'activité de crédit et améliorant la visibilité des établissements financiers. Cette évolution marque le début d'un cycle plus favorable pour les banques, à la fois sur le plan commercial et financier. Dans ce nouveau contexte, la dynamique des ressources constitue un premier signal fort. Les dépôts bancaires poursuivent leur progression, traduisant un retour de la confiance des agents économiques envers le système financier. Cette évolution reflète également une meilleure capacité du secteur à capter l'épargne, dans un environnement où les besoins de financement de l'économie restent élevés. La transformation de ces ressources en crédits demeure au cœur du modèle bancaire, confirmant le rôle structurant des banques dans l'accompagnement de la croissance économique du pays. Une activité de crédit soutenue par les grands chantiers nationaux La trajectoire des encours de crédits s'inscrit dans une logique de soutien à l'investissement productif. Les perspectives mises en avant par M.S.IN reposent sur la poursuite des programmes publics d'infrastructures, liés notamment à la transition climatique et à la préparation des échéances internationales prévues à l'horizon 2030. Dans ce cadre, les banques apparaissent comme des acteurs clés du financement de ces chantiers structurants, tout en maintenant une approche sélective du risque. Cette dynamique se reflète directement dans l'évolution du produit net bancaire. La marge d'intérêts bénéficie à la fois de la croissance des encours et de conditions monétaires plus accommodantes, tandis que les commissions progressent, en lien avec la reprise de l'activité économique et des services financiers. Parallèlement, les activités de marché occupent une place de plus en plus importante dans la structure des revenus, profitant de la détente des taux, de la bonne orientation des marchés actions et de la montée en puissance des opérations de change. Rentabilité et discipline opérationnelle au cœur du modèle Au-delà de la croissance des revenus, l'amélioration de la rentabilité repose sur une meilleure maîtrise des charges et des risques. Le coût du risque amorce une tendance baissière, soutenue par un environnement macroéconomique plus favorable et une gestion plus prudente des portefeuilles. Cette évolution contribue à renforcer les résultats opérationnels et le résultat net part du groupe, confirmant la résilience du secteur bancaire marocain après une période de fortes incertitudes. La discipline opérationnelle constitue un autre levier déterminant. La montée en puissance de la banque digitale permet de contenir les charges générales d'exploitation et de stabiliser les coefficients d'exploitation à des niveaux compatibles avec une croissance rentable. Cette transformation structurelle améliore l'efficacité des réseaux, tout en renforçant la capacité des banques à répondre aux nouveaux usages de la clientèle. Des perspectives favorables mais encadrées par de nouveaux enjeux À moyen et long terme, les perspectives demeurent orientées positivement. M.S.IN anticipe une croissance soutenue du produit net bancaire et des résultats sur la période 2025–2030, portée par la continuité de l'investissement public, la solidité des activités de marché et la consolidation du rôle des banques dans le financement de l'économie. La présence panafricaine des grands groupes bancaires offre également des relais de croissance, dans un contexte marqué par le retrait progressif de certains acteurs internationaux du continent. Ces opportunités s'accompagnent néanmoins de défis structurels. Le renforcement des exigences prudentielles liées à Bâle III et la gestion des risques dans certains marchés africains imposent une allocation rigoureuse du capital ainsi qu'une gouvernance renforcée. Dans ce contexte, la capacité des banques marocaines à conjuguer croissance, rentabilité et maîtrise des risques constituera un facteur clé de différenciation. Au final, le secteur bancaire national aborde une nouvelle phase de son cycle avec des fondamentaux assainis, une rentabilité en amélioration et un positionnement central dans la transformation économique du pays. Une trajectoire qui conforte son rôle de pilier de la stabilité financière et de moteur durable de la croissance. Les indicateurs clés de la reprise bancaire Sur la période 2025–2030, M.S.IN anticipe une croissance annuelle moyenne de 6,7% du produit net bancaire consolidé pour le secteur bancaire, tandis que le résultat net part du groupe progresserait à un rythme proche de 6,7%, confirmant l'entrée dans un cycle de création de valeur plus favorable. Cette trajectoire repose sur la progression des encours de crédits, soutenue par l'investissement public, et sur la montée en puissance des activités de marché, dont la contribution au PNB devrait continuer de se renforcer dans un contexte de détente des taux. À fin septembre 2025, Attijariwafa bank affiche un PNB consolidé de 26,35 milliards de dirhams (MMDH), en hausse de 4,7% sur un an, avec des dépôts atteignant 505,9 MMDH (+8,6%) et des crédits à 425,9 MMDH (+5,4%). Le RNPG progresse de 14,9%, porté par une baisse du coût du risque de 18,7%, illustrant l'amélioration de la qualité des actifs. De son côté, la BCP enregistre un PNB de 20,4 MMDH à fin septembre 2025, en progression de 4,15%, tandis que le résultat d'exploitation bondit de 18,45%, soutenu par un recul du coût du risque de 16,44%. Les dépôts atteignent 395,1 MMDH (+4%) et les crédits 286,7 MMDH (+2%), confirmant une reprise graduelle mais maîtrisée de l'activité de financement . Sanae Raqui / Les Inspirations ECO