Dans l'hémicycle, l'éducation ne se résume plus à une affaire de taux et de classes ouvertes. Elle renvoie à des choix territoriaux, à l'adhésion des familles, à la soutenabilité budgétaire et à la reconnaissance sociale des femmes et des hommes qui tiennent l'école au quotidien. Interpellé sur le développement du préscolaire, le fonctionnement des écoles communautaires et la mise en œuvre du nouveau statut des enseignants, le ministre de l'Education nationale, du Préscolaire et des Sports, Mohamed Saad Berrada, a livré devant les députés un plaidoyer structuré, mêlant chiffres, arbitrages et ajustements assumés, tout en reconnaissant les limites d'un chantier encore en construction. L'éducation de base, ses équilibres territoriaux et ses tensions sociales se sont invités au cœur de l'Hémicycle. Interpellé à la Chambre des représentants sur le développement du préscolaire, le fonctionnement des écoles communautaires et la mise en œuvre du nouveau statut des enseignants, le ministre de l'Education nationale, du Préscolaire et des Sports, Mohamed Saad Berrada, a livré un état des lieux détaillé, chiffres à l'appui, tout en reconnaissant les contraintes structurelles qui persistent sur le terrain. Le préscolaire rural en avance sur l'urbain Le taux de généralisation de l'éducation préscolaire en milieu rural atteint aujourd'hui 81%, un niveau supérieur à celui observé en zone urbaine. Une progression rapide comparée à 2018, année où le taux de scolarisation ne dépassait pas 35%. Pour Berrada, cette avancée s'explique par des facteurs très concrets. «Cette réalisation est due à l'absence de problèmes fonciers en milieu rural et au soutien de l'Initiative nationale pour le développement humain depuis 2018, notamment pour la construction des établissements et le développement des programmes du préscolaire», a-t-il affirmé devant les députés. Le ministre a rappelé que le lancement effectif du programme national de l'enseignement préscolaire remonte au 18 juillet 2018, à Skhirat, sous le Haut Patronage royal. «Sa Majesté le Roi a appelé à des partenariats solides entre les différents acteurs, en particulier pour le préscolaire», a-t-il souligné, précisant que le déploiement du programme repose sur une approche de délégation de gestion au profit de partenaires associatifs évalués régulièrement. À ce jour, le dispositif compte environ 50.000 éducatrices et éducateurs, dont 20.000 en milieu rural. Pour l'année en cours, 42.000 élèves supplémentaires ont été intégrés et 1.500 nouvelles classes ouvertes, ce qui devrait porter le taux national de préscolarisation à 85% d'ici la fin de l'année, avec un objectif de généralisation totale à l'horizon 2028. Pour consolider cette dynamique, le ministère a adopté une approche de micro-planification territoriale, fondée sur l'interconnexion des bases de données. «Nous avons intégré la base Masar du préscolaire à celle de l'enseignement primaire, ce qui nous permet d'identifier avec précision les enfants non scolarisés et les zones où persistent des déficits», a expliqué le ministre. «Quand on atteint 80, 85 ou 90%, il faut savoir exactement où placer la classe, l'éducatrice et l'établissement pour qu'aucun enfant ne reste sans éducation préscolaire», a-t-il insisté, ajoutant que tous les enfants sont désormais enregistrés dans les systèmes d'information du ministère. Sur le plan de la formation, Mohamed Saad Berrada a indiqué que chaque éducateur bénéficie d'environ 950 heures de formation initiale, un volume qu'il qualifie de structurant pour la qualité du dispositif. CDI, paiements sécurisés et couverture sociale L'un des axes centraux du chantier concerne la situation professionnelle des éducatrices et éducateurs du préscolaire. «Nous avons demandé à toutes les associations d'abandonner les contrats à durée déterminée au profit des contrats à durée indéterminée, afin que les éducateurs puissent bénéficier de leur ancienneté», a déclaré le ministre. Il a également assuré que le ministère veille au respect strict des délais de versement des subventions aux associations. «Toutes les académies régionales sont tenues de payer les associations le 1er septembre et le 1er janvier pour éviter tout retard dans le paiement des salaires, et cette procédure est directement contrôlée par le ministère», a-t-il précisé. Sur le volet social, Mohamed Saad Berrada a insisté sur la régularisation de la couverture sociale. «Nous avons travaillé avec toutes les associations, notamment les plus petites, pour garantir la couverture sociale des éducatrices et éducateurs», a-t-il dit, ajoutant que l'objectif est que tous soient affiliés à la Fondation Mohammed VI de promotion des œuvres sociales de l'éducation-formation, «afin de bénéficier des mêmes droits que les enseignants». Ecoles communautaires, un modèle à ajuster Interpellé sur les écoles communautaires, le ministre a reconnu l'existence de contraintes multiples. «Pour qu'une école communautaire réussisse, il faut un transport scolaire efficace, l'adhésion des parents et un projet pédagogique solide», a-t-il expliqué, notant que ces conditions ne sont pas toujours réunies. «Dans certains cas, les familles ne sont pas convaincues, parfois la communauté locale n'est pas alignée, et sans projet pédagogique fort, l'école ne peut pas fonctionner correctement», a-t-il admis. Parmi les pistes envisagées, le ministre a évoqué une organisation plus progressive des parcours. «Il est possible que les enfants restent dans les écoles satellites en première et deuxième année du primaire, puis rejoignent les écoles communautaires en troisième et quatrième année», a-t-il avancé. Il a également insisté sur le rôle clé de la gouvernance pédagogique. «Les écoles communautaires doivent être dirigées par les meilleurs directeurs, avec un projet éducatif réussi, pour convaincre les familles d'y inscrire leurs enfants», a-t-il souligné, rappelant que 21 nouvelles écoles communautaires ont été ouvertes, portant leur nombre à 350, dont 329 sont actuellement opérationnelles. Le nouveau statut des enseignants et un effort budgétaire majeur Au-delà du préscolaire, Mohamed Saad Berrada est longuement revenu sur la mise en œuvre du nouveau statut des personnels de l'éducation, qu'il qualifie de «moment fort du dialogue social». «Le secteur de l'éducation bénéficie d'une attention particulière de Sa Majesté le Roi Mohammed VI», a-t-il rappelé. Dans le cadre des accords signés les 10 et 26 décembre 2023, la charge budgétaire globale dépasse 20 milliards de dirhams, selon le ministre. Ces accords prévoient notamment une augmentation générale de 1.500 dirhams nets, en deux tranches, au profit de 330.000 bénéficiaires, une revalorisation de l'indemnité de grade de 1.000 dirhams pour 12.000 enseignants, ainsi que la création d'un grade d'excellence, avec des augmentations allant de 2.500 à 3.000 dirhams pour environ 8.000 bénéficiaires entre 2024 et 2028. À cela s'ajoutent une prime annuelle de 10.000 dirhams pour 5.000 enseignants des établissements sportifs, des indemnités complémentaires pouvant atteindre 3.500 dirhams pour près de 100.000 fonctionnaires, la titularisation et la promotion de 115.000 agents, ainsi qu'une revalorisation des indemnités liées aux charges administratives, entre 2.200 et 3.000 dirhams, au profit de 16.000 cadres. Le ministre a également mis en avant le doublement du tarif des heures supplémentaires, «passé de 50 à 100 dirhams nets par heure», permettant aux enseignants d'atteindre jusqu'à 4.000 dirhams supplémentaires par mois, ainsi que la réduction des délais de promotion, désormais fixés à deux ans au lieu de trois à partir du septième grade. Au fil des échanges parlementaires, le ministre a ainsi défendu une vision globale, articulant généralisation du préscolaire, ajustements territoriaux, sécurisation sociale des éducateurs et revalorisation des carrières enseignantes. Un chantier de longue haleine, où la montée en puissance quantitative doit désormais s'accompagner, selon ses propres mots, d'«un projet pédagogique solide et partagé» pour garantir l'adhésion des familles et la pérennité des réformes. Faiza Rhoul / Les Inspirations ECO