Le dernier rapport de l'OMTPME met en lumière un tissu productif en mouvement, mais encore vulnérable. L'économie entrepreneuriale affiche une bonne dynamique en 2024, principalement tirée par la reprise des activités non agricoles. Mais derrière des indicateurs encourageants, des fragilités structurelles persistent. Les dissolutions d'entreprises se poursuivent à un rythme accéléré, tandis que la progression de l'emploi demeure marquée par une forte précarité salariale et une concentration du financement au profit des grandes entreprises. L'Observatoire marocain de la Très petite, petite et moyenne entreprise (OMTPME) a franchi, en une décennie, un cap décisif. Le renforcement continu de ses outils technologiques et méthodologiques a progressivement transformé l'institution en un véritable centre de données de référence, spécialisé dans l'exploitation des micro-données au service de l'inclusion économique et financière. Si l'accès à l'information demeure partiel, l'Observatoire a néanmoins posé les jalons nécessaires à l'amélioration de la qualité, de la cohérence et de la pertinence de ses productions. Fiabilisation des données À l'occasion de la présentation de la 6e édition du rapport annuel, sa directrice générale, Amal Idrissi, a détaillé cette évolution méthodologique. «Nous avons d'abord sécurisé la donnée en termes de fiabilité, d'interopérabilité et de méthode, avant de la transformer en connaissances utiles à travers des rapports, des analyses et des tableaux de bord», indique-t-elle. Pour y parvenir, l'Observatoire a développé trois outils propriétaires de fiabilisation des données. L'objectif, à terme, est de dépasser le cloisonnement institutionnel afin que la donnée circule entre les administrations en vue d'éclairer, de manière coordonnée, les politiques publiques et les stratégies économiques. Dans ce sillage, l'OMTPME a contribué à l'élaboration de la nouvelle charte de l'accompagnement et du financement des TPE ainsi qu'à celle de l'investissement. Sur le plan international, il collabore avec la Banque mondiale, l'IFC et la BERD sur plusieurs études portant, notamment, sur l'entrepreneuriat féminin, la productivité, la digitalisation et les industries culturelles. Les conclusions de ces différents travaux seront dévoilées au premier semestre 2026. Une dynamique entrepreneuriale en croissance Le rapport 2024 met en évidence une reprise progressive du tissu productif national, portée par la croissance des activités non agricoles et par des signaux positifs sur le marché du travail. Le Maroc comptait à son actif, en 2024, 380.230 entreprises personnes morales, soit une progression annuelle de 1,3%. La concentration géographique demeure marquée au niveau de l'axe Tanger–El Jadida, lequel regroupe à lui seul 65% des entreprises. Le commerce reste l'activité dominante dans huit régions avec 28,3% de part nationale, tandis que la construction s'impose ailleurs avec 23%, suivie des activités spécialisées, scientifiques et techniques (9,4%) et de l'industrie manufacturière (6,4%). Le chiffre d'affaires confirme cette tendance. Les entreprises réalisant moins de 10 millions de dirhams (MDH) concentrent 94% du tissu économique. Les PME (10 à 175 MDH de CA) représentent 5,5%, et les grandes entreprises, au-delà de 175 MDH, seulement 0,5%. La SARL demeure la forme juridique dominante (52%). En termes de création, près de 96.000 entreprises ont vu le jour en 2024, dont 68.000 personnes morales, soit une hausse globale de 2%. Cette croissance est portée par les personnes morales (+5,5%), tandis que les personnes physiques reculent de 5,7%. La région Casablanca-Settat concentre 36,8% des nouvelles entreprises, devant Marrakech-Safi (13,1%) et Rabat-Salé-Kénitra (13%). Mais cet élan est freiné par des dissolutions en progression. En 2024, ce sont 11.596 entreprises qui ont mis la clé sous le paillasson, soit 6,3% de plus que lors de l'exercice précédent. La hausse est particulièrement marquée dans les secteurs les plus créateurs d'entreprises, à savoir le commerce (30,5%) et la construction (18,3%). Les autres activités de services enregistrent le taux le plus élevé (56,7%). Export, valeur ajoutée et emploi Après une croissance modérée en 2023, le chiffre d'affaires à l'export des EPMA progresse fortement en 2024 (+12,7%), atteignant 520,5 MDH. Les grandes entreprises concentrent près de 80% de cette valeur. L'industrie manufacturière domine l'export (56,5%), en hausse de 42,7%, tandis que les industries extractives accusent un recul sévère (–62,8%). La valeur ajoutée des EPMA s'élève à 536,5 MDH, en augmentation de 16,6%, tirée principalement par les grandes entreprises (64,7%). Trois secteurs génèrent plus de la moitié de la richesse nationale : l'industrie manufacturière (22,1%), le commerce (21,4%) et la construction (11,7%). L'emploi salarié poursuit sa progression avec 4,07 millions d'emplois déclarés à la CNSS en 2024, soit une évolution de 2%. La masse salariale atteint 221,8 MMDH (+8,6%). Néanmoins, 72,7% des salariés perçoivent toujours moins de 4.000 dirhams. Parmi les femmes salariées, 51,6% perçoivent un salaire inférieur au SMIG, contre 44,2% des hommes. Les entreprises dirigées par des femmes représentent 15,5% du total. Quant à l'accès au financement, le constat est sans appel. En 2024, 150.584 entreprises ont bénéficié de crédits bancaires pour un encours global de 630,4 MMDH, confirmant la poursuite du soutien financier au secteur productif, bien que fortement concentré au profit des grandes entreprises. Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO