En lançant une augmentation de capital, Risma ne se contente pas de renforcer ses moyens financiers, le groupe double son flottant à près de 20%. L'opérateur hôtelier ambitionne d'accroître durablement la liquidité de son titre, d'élargir sa base d'actionnaires et de s'ancrer davantage dans l'écosystème financier marocain. L'opération doit aussi soutenir une feuille de route de croissance ambitieuse, entre modernisation du parc existant, nouvelles implantations et préparation aux grands rendez-vous du tourisme national. Elargir durablement la base des actionnaires et fluidifier la vie boursière du titre apparaît comme le fil conducteur de l'augmentation de capital engagée par Risma. Derrière l'opération de 450 millions de dirhams ouverte au public et de 50 MDH destinée aux salariés, se dessine une stratégie de marché assumée, celle d'un groupe hôtelier qui entend s'installer plus profondément dans l'écosystème financier marocain tout en accompagnant l'essor du tourisme national. En doublant son flottant d'environ 10% à près de 20%, Risma ne cherche pas seulement à lever des fonds, mais à transformer son statut boursier, accroître la liquidité de son action et faire intégrer un plus grand nombre d'investisseurs dont les petits porteurs dans son capital. Pour le top management, cette ouverture élargie est une manière de renforcer la crédibilité du groupe, d'attirer davantage de capitaux institutionnels et de préparer le terrain pour de futurs appels au marché, dans un secteur où les besoins d'investissement restent considérables. Les projets visés Cette opération intervient dans un contexte de croissance soutenue pour le tourisme marocain et de transformation accélérée du parc hôtelier national. Risma, acteur historique du secteur, compte aujourd'hui à son actif 24 établissements répartis dans 11 villes du Royaume et dispose d'un portefeuille d'environ 3.700 chambres sous enseignes de renommée internationale. L'ambition affichée reste de porter ce parc à 28 hôtels et plus de 5.000 chambres d'ici 2030, tout en modernisant les actifs existants et en diversifiant les marques. L'augmentation de capital doit notamment permettre de refinancer l'acquisition stratégique du Centre multifonctionnel de Guéliz (CMG), propriétaire des murs du Radisson Blu Marrakech Carré Eden et du centre commercial attenant, ainsi que de financer un nouveau projet hôtelier à Tanger sur un terrain récemment sécurisé. Pour Amine Echcherki, président du directoire de Risma, «la logique n'est pas celle d'un recours systématique au marché mais d'un financement ciblé, calibré et responsable. À mon sens, éviter le surendettement et ne pas faire reposer la croissance exclusivement sur la dette est primordial, même si le taux d'endettement du groupe, proche de 50%, reste compatible avec nos ambitions». Sur le plan financier, Risma affiche des performances en nette amélioration, ce qui renforce la crédibilité de l'opération auprès des investisseurs. L'EBE est passé de 414 MDH en 2023 à 471 MDH en 2024, avec une marge autour de 35%, un niveau élevé pour l'hôtellerie. Le résultat net part du groupe ajusté s'est établi à 183 MDH en 2024 contre 138 millions l'année précédente, traduisant une progression structurelle de la rentabilité. Une trajectoire ascendante qui se poursuit durant l'exercice 2025, à en croire Sofia Benhamida, directrice générale du groupe. Une action plus liquide Parallèlement, le prix de souscription de 300 DH par action, pour 1.500.000 nouvelles actions à émettre, intègre une décote d'environ 25% par rapport aux cours moyens récents, rendant l'opération attractive pour le marché. Les multiples induits, notamment un PER légèrement supérieur à 17, se situent en dessous des standards attendus du marché, ce qui pourrait stimuler la demande lors de la période de souscription. Au-delà des chiffres, cette augmentation de capital s'inscrit dans une vision plus large du développement touristique marocain. Risma entend jouer un rôle structurant dans la montée en gamme de l'offre hôtelière, l'amélioration des standards de service, la digitalisation du secteur et le renforcement de l'attractivité internationale du Royaume, notamment dans la perspective de grands événements comme la Coupe du monde 2030. «Le choix de solliciter le public plutôt que de s'appuyer uniquement sur les actionnaires historiques envoie un signal fort de confiance dans le marché boursier marocain et dans la capacité de Risma à mobiliser des capitaux à chaque étape de son développement. À croire qu'il s'agit d'une deuxième introduction en bourse», souligne Lotfi Lazrek, directeur exécutif de CFG Finance, conseiller de l'opération, conjointement avec BMCE Capital Conseil et Attijari Finances Corp. Le règlement et la livraison des titres interviendront le 13 février selon les procédures en vigueur à la Bourse des valeurs. Par ailleurs, la gouvernance financière du groupe s'accompagne d'une distribution de dividendes plus régulière. Depuis 2022, Risma distribue un dividende annuel et entend pérenniser cette pratique, avec une trajectoire haussière progressive. Une seconde augmentation de capital de 50 millions de dirhams, réservée aux dirigeants et cadres clés, viendra compléter l'opération une fois la première tranche finalisée, afin d'aligner davantage les intérêts du management sur ceux des actionnaires. Au total, Risma ne se contente pas de lever des fonds, elle cherche à redéfinir sa relation au marché, à renforcer sa structure financière et à asseoir sa place parmi les grands acteurs de l'hôtellerie marocaine cotée. Amine Echcherki Président du directoire de Risma «La logique n'est pas celle d'un recours systématique au marché mais d'un financement ciblé, calibré et responsable. À mon sens, éviter le surendettement et ne pas faire reposer la croissance exclusivement sur la dette est primordial, même si le taux d'endettement du groupe, proche de 50%, reste compatible avec nos ambitions». Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO