La dynamique des relocalisations industrielles commence à profiter au Maroc. C'est principalement le cas dans la région méditerranéenne de Tanger-Tétouan-Al Hoceima où des entreprises asiatiques, surtout chinoises, multiplient les implantations, et ce, dans divers secteurs. Le Nord du Maroc entend plus que jamais renforcer sa place de pôle industriel de premier plan pour le Royaume. Pour cela, cette région méditerranéenne peut compter sur les entreprises asiatiques, principalement chinoises. Et pour cause, celles-ci sont dans une logique de rapprochement de leurs principaux clients occidentaux, notamment européens, et ce, après la pandémie de covid. Elles ont ainsi décidé de rapatrier une partie de leurs productions vitales, ou de les implanter à proximité de ces marchés. Depuis, les annonces s'enchaînent concernant les implantations de grands leaders mondiaux dans le Nord du Maroc. Située à proximité de l'Union Européenne, cette région dispose des infrastructures adéquates pour assurer l'opérationnalisation rapide de ces grands acteurs mondiaux. Tout récemment, l'équipementier automobile chinois Jiangsu Yunyi Electric s'est signalé avec un investissement de 66 millions de dollars (environ 660 MDH). L'investissement est destiné à la création d'une filiale au Maroc détenue à 100% ainsi qu'à la mise en place d'une base de production. Cette unité devrait être située dans la Zone Tanger Tech. Cette nouvelle implantation donnera davantage de compétitivité au secteur automobile national, tout en faisant émerger davantage la ville du Détroit comme une place forte des délocalisations et relocalisations industrielles. La China State Construction Overseas Development (CSCOD) a entamé pour sa part, quelques semaines plus tôt, des travaux qui permettront, à terme, de réaliser un complexe industriel consacré à la production de matériaux cathodiques pour batteries électriques. C'est un premier pas important pour concrétiser un investissement global estimé à 3 MMDH du géant chinois BTR New Material Group, avec une capacité annuelle prévue de 50.000 tonnes. On citera aussi l'annonce de l'arrivée d'autres acteurs chinois dans l'industrie automobile, à l'instar de Century Tire qui a décidé de réorienter à Tanger son unité initialement prévue en Galice, en Espagne. C'est également le cas d'un autre géant chinois, Shanshan, spécialisé dans les anodes en graphite synthétique. En outre, un autre leader chinois de production de fils d'acier pour pneus, à savoir Shandong Daye, a récemment confirmé son investissement de plus de 1 MMDH, pour une usine à Tanger, dénommée Daye Morocco. Tabac Outre les chinois, c'est le japonais Japan Tobacco International qui a inauguré récemment une usine de production de cigarettes à Tétouan, au sein de la zone industrielle Tetouan Park. Ce site de nouvelle génération a mobilisé un investissement de près de 100 millions de dollars, soit plus de 930 MDH. Cette usine, d'une capacité initiale de production de cinq milliards de cigarettes par an, est pour le moment destinée au marché marocain. À moyen terme, une extension à dix milliards d'unités est envisagée, avec un potentiel d'exportation vers l'Afrique de l'Ouest. Depuis 2011, JTI a fait du Maroc le centre de pilotage de ses opérations en Afrique du Nord, étendues à l'Afrique de l'Ouest en 2022. L'entreprise commercialise, notamment, les marques Camel, Winston, Monte Carlo, Glamour et LD. Elle a été classée Top Employer au Maroc pour la huitième année consécutive, en 2025, et occupe, pour la quatrième fois, la première place du classement national. Extension Cette attractivité croissante gagnée par les zones industrielles du Nord du Maroc, à travers l'intérêt des grands opérateurs mondiaux, avait d'ailleurs poussé le gouvernement à élargir le périmètre de Tanger Automotive City (TAC). Objectif : renforcer l'activité dans les différentes zones industrielles du Nord du Maroc. Déjà, en 2024, Tanger Med Zones, filiale du Groupe Tanger Med, indiquait avoir validé quelque 95 nouveaux projets industriels, pour un investissement global de 3,63 MMDH et la création de 11.239 emplois. Une certaine accélération des investissements est attendue dans ces différentes zones, surtout avec la décentralisation de certaines décisions relatives aux investissements, et une montée en gamme des Centres régionaux d'investissements. Le Royaume se met surtout en pôle position pour attirer les investissements européens (en quête de relocalisation) et chinois (en quête de rapprochement des marchés européens et américains), en raison des surtaxes américaines. Il s'agit aussi, depuis les décisions des entreprises occidentales de dépendre moins des marchés asiatiques, d'éviter le piège de l'éloignement, comme ce fut le cas lors de la pandémie de Covid.