Face à la récurrence de dérives langagières à l'antenne, le Conseil supérieur de la communication audiovisuelle, relevant de la HACA, renforce son message à l'adresse des médias audiovisuels en rappelant que les mots employés à la radio et à la télévision participent directement à la construction du débat public et à la préservation de la dignité humaine. La question du langage n'est plus un simple enjeu de forme, dans un paysage médiatique en mutation rapide, marqué par la circulation massive des contenus et la porosité croissante entre médias traditionnels et réseaux sociaux. Elle devient un sujet de fond, au cœur de la responsabilité éditoriale. C'est dans cet esprit que le Conseil supérieur de la communication audiovisuelle (CSCA), relevant de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA), a adopté une recommandation relative à l'usage, dans les programmes radiophoniques et télévisuels, de termes et expressions respectueux de la dignité humaine et exempts de discrimination. Un rappel des fondements constitutionnels et juridiques La décision du CSCA s'inscrit dans le prolongement direct des principes consacrés par la Constitution, notamment ceux liés à la préservation de la dignité humaine, à l'égalité et à la lutte contre toutes les formes de discrimination. Elle s'appuie également sur les engagements internationaux du Royaume, en particulier les conventions relatives aux droits humains ratifiées par le Maroc, ainsi que sur les dispositions de la loi encadrant la communication audiovisuelle et le fonctionnement de la HACA. En rappelant ce socle normatif, le Conseil réaffirme que la liberté éditoriale, pilier fondamental du paysage médiatique, ne peut être dissociée de la responsabilité qui incombe aux opérateurs audiovisuels à l'égard des publics. Au cœur de la recommandation figure une conviction centrale : le lexique médiatique n'est jamais neutre. Les mots employés à l'antenne, volontairement ou non, façonnent les représentations sociales, influencent les perceptions collectives et peuvent contribuer soit à renforcer les valeurs d'égalité et de diversité, soit à banaliser des stéréotypes et des discours discriminatoires. Le CSCA souligne à cet égard le rôle déterminant des médias professionnels, dont les choix linguistiques bénéficient d'un écho massif. Dans un environnement communicationnel saturé, où prolifèrent contenus haineux, raccourcis stigmatisants et dérives éthiques, la vigilance éditoriale devient un impératif permanent. Renforcer l'autorégulation et la maîtrise de l'antenne La recommandation fait suite à la multiplication de plaintes et d'auto-saisines relatives à l'usage, dans certains programmes, de termes ou d'expressions porteurs de connotations péjoratives. Ces formulations, parfois banalisées par l'usage social, peuvent néanmoins véhiculer des stéréotypes fondés sur le genre, l'âge, l'état de santé, la condition sociale, le statut migratoire ou encore l'appartenance culturelle ou religieuse. Le CSCA insiste sur un point clé : l'absence d'intention discriminatoire explicite ne saurait exonérer les éditeurs de leur responsabilité. Même involontaires, ces pratiques peuvent fragiliser la cohésion sociale, affaiblir les valeurs du vivre-ensemble et porter atteinte à la dignité des personnes. Plutôt qu'une approche strictement répressive, le Conseil privilégie une démarche fondée sur la prévention et l'autorégulation. Il recommande aux opérateurs de radio et de télévision de renforcer leurs mécanismes internes de vigilance éditoriale, d'améliorer la maîtrise de l'antenne et de sensibiliser l'ensemble des équipes, rédactionnelles comme techniques, aux enjeux liés au choix des mots. Cette approche vise à inscrire durablement les pratiques médiatiques dans une culture professionnelle respectueuse des principes constitutionnels, de l'éthique journalistique et des valeurs démocratiques. Une responsabilité accrue dans un contexte international tendu L'adoption de cette recommandation intervient dans un contexte international marqué par un recul du consensus multilatéral et une montée des tensions identitaires. Face à ces évolutions, le CSCA rappelle que les médias audiovisuels ont un rôle structurant à jouer dans la consolidation des droits humains et la promotion d'un débat public apaisé. En plaçant la question du langage au centre de la réflexion médiatique, le Conseil envoie un signal clair : la qualité de l'information ne se mesure pas uniquement à la véracité des faits, mais aussi à la manière dont ils sont nommés, décrits et partagés avec le public.