À fin 2025, deux dynamiques opposées marquent le commerce extérieur marocain. Le secteur automobile, premier pourvoyeur de devises, marque le pas avec un léger recul des exportations, affecté par la baisse du segment construction, tandis que certaines activités à plus forte valeur ajoutée résistent. À l'inverse, la facture énergétique diminue grâce à un effet prix favorable, malgré la hausse des volumes importés, contribuant à limiter le creusement du déficit commercial. À fin décembre 2025, les indicateurs mensuels des échanges extérieurs publiés par l'Office des changes mettent en lumière une évolution contrastée entre deux piliers majeurs de l'économie marocaine : l'automobile et la facture énergétique. D'un côté, un secteur exportateur stratégique qui marque le pas ; de l'autre, une facture énergétique en repli, portée par un effet prix favorable malgré des volumes importés en hausse. Deux dynamiques distinctes, mais étroitement liées aux équilibres macroéconomiques du pays. Automobile : un léger recul des exportations, des signaux internes contrastés En 2025, les exportations du secteur automobile s'établissent à 154,5 milliards de dirhams, contre 157,6 milliards un an auparavant, soit un recul de 2%. Cette évolution négative reste toutefois modérée au regard du poids du secteur dans les exportations nationales, qui atteignent 469,1 milliards de dirhams sur l'ensemble de l'année. Elle n'empêche pas non plus ce secteur de maintenir sa position de premier pourvoyeur de devises du Royaume. Le principal facteur explicatif de ce repli réside dans la baisse marquée du segment de la construction automobile, dont les exportations reculent de 13,6%, passant de 71,0 à 61,3 milliards de dirhams. Ce repli pèse lourdement sur la performance globale du secteur. À l'inverse, certaines composantes affichent une dynamique plus favorable. Les exportations de câblage automobile progressent de 7,7%, à 57,8 milliards de dirhams, tandis que le segment de l'intérieur de véhicules et sièges enregistre une hausse de 6,7%, atteignant 9,7 milliards de dirhams. Ces évolutions traduisent une recomposition interne du secteur, avec une meilleure résilience des activités à plus forte valeur ajoutée industrielle. Du côté des importations, la tendance est nettement orientée à la hausse. Les achats de voitures de tourisme atteignent 39,4 milliards de dirhams, en progression de 37,7% sur un an. Les voitures utilitaires affichent une hausse encore plus marquée, à 10,8 milliards de dirhams, soit +66,3% par rapport à 2024. Ces évolutions contribuent à l'augmentation globale des importations de biens, qui progressent de 8% en 2025. Elles traduisent à la fois une demande intérieure soutenue et un recours accru aux véhicules importés, dans un contexte où la production locale destinée à l'export marque le pas. Facture énergétique : un recul porté par l'effet prix À l'opposé de la dynamique automobile, la facture énergétique recule en 2025. En effet, les importations d'énergie et lubrifiants s'établissent à 107,6 milliards de dirhams, contre 113,8 milliards en 2024, soit une baisse de 5,5%, correspondant à un allègement de 6,26 milliards de dirhams. Il s'agit en fait de la seule rubrique d'importations marocaines qui a baissé en 2025. Cette diminution s'explique principalement par la contraction des achats de gas-oils et fuel-oils, en recul de 9,7% à 51,5 milliards de dirhams, ainsi que par la baisse des importations de gaz de pétrole et autres hydrocarbures (-8,8%, à 19,4 milliards de dirhams). Selon l'Office des changes, cette évolution est largement imputable à un effet prix négatif de 14,5%, malgré une hausse des quantités importées de 5,6%. À noter toutefois la forte progression des importations d'énergie électrique, qui bondissent de 43,4 à 2,5 milliards de dirhams, signalant une évolution du mix des approvisionnements énergétiques. Deux trajectoires, un même enjeu d'équilibre En 2025, l'automobile et l'énergie suivent donc des trajectoires opposées. Le premier reste un pilier industriel et exportateur, mais confronté à des ajustements sectoriels internes. La seconde bénéficie d'un contexte international plus favorable sur les prix, contribuant à contenir la dégradation du déficit commercial, qui s'élargit néanmoins à 353,1 milliards de dirhams. Ces évolutions confirment le rôle central de la structure des importations et des exportations dans l'équation macroéconomique marocaine, où la performance industrielle et la maîtrise de la facture énergétique demeurent des leviers déterminants pour la soutenabilité des équilibres extérieurs. Abdelhafid Marzak / Les Inspirations ECO