Suspendu depuis fin 2025, l'accord commercial AGOA, qui permet à une trentaine de pays africains d'exporter vers les Etats-Unis sans droits de douane, vient d'être réactivé rétroactivement. Un soulagement pour plusieurs économies du continent, mais aussi un rappel des tensions diplomatiques liées à cet outil devenu un levier politique majeur de Washington. Mis en pause à l'échéance de septembre 2025, l'accord commercial préférentiel entre les Etats-Unis et l'Afrique, AGOA (African Growth and Opportunity Act), a été officiellement réactivé mardi avec effet rétroactif, évitant ainsi une crise économique dans plusieurs pays du continent. Instauré en 2000, ce mécanisme exonère de droits de douane de nombreux produits africains exportés vers le marché américain, à condition que les pays bénéficiaires respectent certains critères de gouvernance. Une bouée de sauvetage pour des secteurs clés Durant l'année 2024, les exportations africaines sous AGOA ont totalisé 8,23 milliards de dollars, selon la Commission américaine du commerce international. L'Afrique du Sud en représente à elle seule la moitié, notamment dans les secteurs de l'automobile, des métaux précieux et des produits agricoles. Le Nigeria suit avec 20 % des échanges, dominés par le pétrole et l'énergie. L'accord couvre une large gamme de produits allant du textile aux équipements de transport, en passant par les produits agricoles. Sa suspension temporaire avait fait craindre des pertes économiques majeures. En Afrique du Sud, par exemple, le secteur automobile s'était retrouvé en première ligne, avec près de 86.000 emplois directement menacés, et 125.000 autres chez les sous-traitants. Au Lesotho, pays enclavé d'Afrique australe, des centaines de salariés du textile, pilier économique du pays, avaient manifesté après l'instauration soudaine de nouveaux droits de douane. Un outil de pression diplomatique Si l'AGOA a pour objectif déclaré le soutien au développement économique en Afrique, il est aussi devenu au fil des ans un levier diplomatique utilisé par Washington. L'administration américaine a à plusieurs reprises lié le renouvellement de l'accord à certaines exigences politiques. Le Ghana, par exemple, s'est vu proposer une prolongation de l'AGOA à condition d'accepter l'accueil de ressortissants expulsés des Etats-Unis. D'autres pays ont été appelés à ouvrir davantage leurs marchés aux produits américains. Cette posture a été renforcée sous l'administration Trump, qui affirme vouloir moderniser l'AGOA en l'alignant sur la politique « America First », donnant la priorité aux intérêts économiques américains dans toute négociation commerciale. Une relance sous conditions Malgré sa réactivation, l'avenir de l'AGOA reste incertain. Washington a signalé son intention de retravailler le cadre de l'accord avec le Congrès, afin d'y intégrer de nouvelles conditions, notamment en matière de réciprocité commerciale. En Afrique, cette relance est accueillie avec soulagement mais aussi prudence. Si l'AGOA a permis le développement d'industries stratégiques et la création de centaines de milliers d'emplois, son avenir demeure suspendu aux choix géopolitiques de Washington. À l'heure où les relations économiques internationales se complexifient, la pérennité de l'AGOA pourrait bien dépendre de sa capacité à évoluer en véritable partenariat équilibré, plutôt qu'en simple instrument de conditionnalité.