À un moment charnière de son développement, le marché des capitaux marocain s'interroge sur son avenir, ses leviers de croissance et sa capacité à accompagner durablement la transformation économique du Royaume. C'est dans ce contexte que l'Association Professionnelle des Sociétés de Bourse (APSB) a réuni, lundi à Casablanca, l'ensemble de l'écosystème financier national autour d'une conférence stratégique placée sous le thème : « Le marché boursier marocain à l'aube d'une nouvelle ère : quels défis et quelles attentes ? » Régulateurs, pouvoirs publics, opérateurs de marché, investisseurs institutionnels et émetteurs ont ainsi pris part à un exercice de réflexion collective, marqué par un diagnostic lucide des acquis récents, mais aussi par une volonté affirmée d'accélérer les réformes structurelles pour renforcer l'attractivité, la liquidité et la profondeur de la place financière marocaine. Des fondamentaux solides, une dynamique retrouvée Ouvrant les travaux, la ministre de l'Economie et des Finances, Nadia Fettah, a souligné la solidité du socle macro-financier sur lequel repose aujourd'hui le marché boursier national. « Les fondamentaux sont solides. La confiance est revenue. Les réformes sont engagées », a-t-elle affirmé, insistant toutefois sur le rôle central que devra désormais jouer l'initiative privée dans la prochaine phase de développement. Pour la ministre, la Bourse dépasse largement le cadre d'un outil technique : « La Bourse n'est pas un sujet technique. C'est un choix de modèle économique. Et ce choix, le Maroc est en train de le faire, collectivement », a-t-elle déclaré, appelant les acteurs du marché à porter des ambitions entrepreneuriales à la hauteur des mutations économiques en cours. Une bourse au cœur d'une ambition nationale Même tonalité du côté de l'Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC). Son président, Tarik Senhaji, a rappelé que la dynamique actuelle dépasse la seule performance conjoncturelle. « Le marché boursier marocain n'est pas seulement à l'aube d'une nouvelle ère ; il est au cœur d'une ambition nationale », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité d'inscrire cette trajectoire dans une logique de long terme, au service de l'investissement productif et de l'économie réelle. Le régulateur a mis en avant les avancées notables enregistrées ces dernières années : redynamisation des introductions en Bourse, diversification sectorielle accrue, montée en puissance des investisseurs particuliers et institutionnels, ainsi qu'un rôle renforcé des sociétés de bourse dans l'animation du marché. Mais cette démocratisation de l'investissement, a-t-il prévenu, impose une exigence accrue en matière de transparence, de communication financière et d'éducation des investisseurs. « Protéger l'investisseur, c'est aussi lui donner les clés de compréhension nécessaires pour interagir avec le marché de manière responsable et pérenne », a insisté Tarik Senhaji, appelant à une mobilisation collective pour ancrer durablement une véritable culture boursière. Liquidité, profondeur et attractivité : les défis centraux Pour l'APSB, organisatrice de la rencontre, l'enjeu est désormais clair. « Le marché des capitaux marocain a franchi des étapes importantes ces dernières années. L'enjeu aujourd'hui n'est plus seulement la stabilité ou la taille du marché, mais sa capacité à gagner en profondeur, en liquidité et en attractivité », a déclaré son président, Amine Maamri. Dans son allocution, il a rappelé les performances enregistrées en 2025 : capitalisation boursière dépassant les 1.000 milliards de dirhams, volumes en hausse et regain d'intérêt pour les IPO. Désormais, la capitalisation de la Bourse représente plus de 60 % du PIB national, confirmant son rôle structurant dans le financement de l'économie. Mais, a-t-il prévenu, « un marché financier ne se mesure pas uniquement à sa stabilité. Il se mesure à sa capacité à créer du mouvement, à générer de la liquidité et à attirer durablement les investisseurs ». Une invitation explicite à accélérer les chantiers de modernisation et à diversifier les instruments financiers. Pour le président du Conseil d'administration de la Bourse de Casablanca, Brahim Benjelloun Touimi, l'enjeu central du marché marocain n'est pas la seule performance à court terme, mais sa capacité à offrir une liquidité durable et conforme aux standards internationaux. « Un marché attractif est avant tout un marché capable d'absorber les chocs, de garantir une formation saine des prix et de permettre aux investisseurs d'entrer, de sortir et de couvrir leurs risques dans la durée », a-t-il noté. Dans cette nouvelle configuration, l'intermédiaire boursier change de dimension. « Il devient l'architecte de la liquidité, le pilier de la confiance et le bâtisseur de l'attractivité internationale », a-t-il affirmé. Il a insisté également sur le rôle clé des nouveaux mécanismes – animation de marché, prêt-emprunt de titres, produits dérivés et ETF – appelés à renforcer l'attractivité internationale de la place casablancaise et à repositionner les intermédiaires boursiers comme acteurs centraux de la liquidité et de la confiance. Vers une nouvelle génération d'instruments Les deux panels organisés dans le cadre de la conférence ont précisément exploré ces leviers. Le premier s'est penché sur les conditions d'attractivité et d'intégration du marché marocain aux grands indices internationaux, à la lumière des pratiques observées sur les grandes places financières mondiales. Le second panel s'est résolument tourné vers l'avenir, en mettant en avant les instruments appelés à structurer la prochaine phase de développement : marché à terme, prêt-emprunt de titres, ETF, market making ou encore cotation des OPCI. Autant de mécanismes jugés indispensables pour améliorer la gestion des risques, diversifier les stratégies d'investissement et renforcer la sophistication du marché. Au terme des échanges, un consensus s'est dégagé : la transformation du marché des capitaux marocain ne pourra aboutir sans une action coordonnée entre régulateurs, opérateurs, pouvoirs publics et investisseurs. L'année 2026 s'annonce ainsi comme une étape charnière, faite de coopération renforcée, de montée en exigence et de responsabilisation accrue des acteurs.