Derrière un chantier d'urbanisation du système d'information, l'Office des changes engage une transformation de fond de ses modes de pilotage, de contrôle et de production de la donnée financière. Un projet structurant, à la croisée des enjeux de régulation, de souveraineté de l'information et de modernisation de l'Etat financier. L'Office des changes (OC) a engagé un chantier stratégique d'urbanisation de son système d'information et d'élaboration d'un plan global de transformation. Cette démarche, en apparence technique, se veut une mutation profonde de la manière dont l'institution exerce ses missions, pilote les flux financiers internationaux et accompagne l'ouverture progressive de l'économie marocaine. En effet, comme beaucoup d'administrations à forte intensité réglementaire, l'OC s'appuie sur un système d'information construit par couches successives, au fil des réformes du régime des changes, de la diversification des opérations financières et de la montée en puissance des obligations déclaratives. Cette évolution incrémentale a permis d'absorber les changements, mais a aussi produit une architecture fragmentée, marquée par des applications hétérogènes, des interfaces multiples et une circulation de l'information parfois complexe. L'urbanisation du système d'information vise précisément à sortir de cette logique d'empilement pour passer à une vision structurée, cohérente et orientée long terme. L'enjeu dépasse largement la rationalisation informatique. Il s'agit de repenser le système d'information comme un socle stratégique au service des missions régaliennes de l'Office, en termes de contrôle des opérations de change, suivi des flux financiers, de production de données fiables pour l'analyse macroéconomique et de contribution à la stabilité financière. Dans un contexte de digitalisation accélérée des échanges, d'augmentation des volumes de données et de sophistication croissante des montages financiers, la qualité du système d'information devient un facteur déterminant de crédibilité et d'efficacité institutionnelle. Concrètement, l'urbanisation recherchée repose sur plusieurs objectifs structurants. D'abord, clarifier l'architecture globale du système d'information en définissant des blocs fonctionnels lisibles, interopérables et évolutifs. Ensuite, améliorer la qualité, la traçabilité et l'exploitation de la donnée, qui constitue désormais un actif stratégique pour l'OC. Enfin, renforcer la capacité d'adaptation du système face aux évolutions réglementaires, aux nouveaux usages numériques et aux attentes croissantes des opérateurs économiques en matière de services dématérialisés. Facteurs critiques Ce chantier s'inscrit également dans une transformation plus large de la relation entre l'administration et ses usagers. La dématérialisation des procédures, la simplification des déclarations et l'amélioration des délais de traitement supposent un système d'information robuste, fluide et centré sur les parcours utilisateurs. À terme, l'urbanisation doit permettre de réduire les frictions administratives tout en renforçant les capacités de contrôle et d'analyse de l'Office, dans une logique de régulation plus intelligente et moins exclusivement fondée sur des traitements a posteriori. Mais la réussite de ce projet repose sur des facteurs critiques bien identifiés. Le premier concerne la gouvernance. L'urbanisation d'un système d'information n'est pas un projet purement technique : elle implique des arbitrages stratégiques entre métiers, réglementation et technologies. Sans une gouvernance forte, transverse et portée au plus haut niveau de l'institution, le risque est de voir coexister, à terme, de nouveaux silos sous une apparente modernisation. Le deuxième facteur clé est la conduite du changement. L'urbanisation transforme les processus, les méthodes de travail et les responsabilités internes. Elle suppose une montée en compétences des équipes, une appropriation progressive des nouveaux outils et une capacité à faire évoluer les pratiques managériales. À défaut, la transformation resterait limitée à une refonte de l'architecture informatique, sans impact réel sur la performance opérationnelle. Enfin, la question de la sécurité et de la résilience du système d'information est centrale. L'OC traite des données sensibles, au cœur des équilibres financiers et économiques du pays. L'urbanisation devra intégrer dès sa conception des exigences élevées en matière de cybersécurité, de protection des données, de continuité d'activité et de conformité aux standards nationaux et internationaux.