La Foncière CMC SA lance un appel d'offres international pour évaluer la mise en œuvre des douze Cités des métiers et des compétences déployées sur l'ensemble du territoire. Cet audit de grande ampleur, qui couvre la période allant du lancement du programme jusqu'au 31 décembre 2024, doit passer au crible la gouvernance, la réalisation et l'impact de ce projet structurant pour la formation professionnelle au Maroc, fruit d'un investissement total de 3,6 milliards de dirhams. Elles sont douze, réparties d'Agadir à Dakhla, de Tanger à Errachidia. Les Cités des métiers et des compétences (CMC) incarnent l'ambition royale d'une formation professionnelle rénovée, capable de répondre aux défis de l'employabilité des jeunes et de la compétitivité des territoires. Présentée devant le Roi Mohammed VI le 4 avril 2019, la feuille de route pour le développement de la formation professionnelle a trouvé dans ce programme sa colonne vertébrale. Cinq ans après le début du déploiement, alors que les premières cités ont ouvert leurs portes à la rentrée 2021 et que la dernière est entrée en service en septembre 2023, vient le temps de l'évaluation indépendante. La Foncière CMC SA, société dédiée à la réalisation et à la détention de ces infrastructures, lance un appel d'offres international pour un audit de réalisation couvrant l'intégralité du programme, de sa conception à son exploitation initiale. Un montage financier et institutionnel inédit Le programme des CMC repose sur une architecture financière et institutionnelle complexe, associant étroitement secteurs public et parapublic. La Société Foncière, constituée au premier trimestre 2020, a été dotée d'un capital social initial de 600 millions de dirhams, réparti à parts égales entre l'OFPPT et le Fonds Hassan II pour le développement économique et social. Mais ce n'est là que la partie émergée de l'investissement. Le coût total de conception et de réalisation des douze cités, incluant l'ingénierie de formation, les études, les travaux de construction et l'équipement, est estimé à 3,6 milliards de dirhams TTC, hors mise à disposition du foncier assurée par les pouvoirs publics. Pour faire face à cet engagement, les deux actionnaires ont fixé leurs contributions respectives, à 1,6 milliard de dirhams minimum pour l'OFPPT et jusqu'à 2 milliards de dirhams pour le Fonds Hassan II. L'exploitation de chaque Cité est confiée à une société de gestion dédiée, constituée par l'OFPPT sous forme de société anonyme, pouvant associer les régions, l'Etat, les associations professionnelles et d'autres parties prenantes. Un montage qui vise à ancrer chaque établissement dans son écosystème territorial tout en garantissant une gestion professionnalisée. Trois missions L'audit programmé se déploiera selon trois axes complémentaires, confiés à un cabinet d'experts-comptables et de conseil qui devra justifier de compétences pointues et d'une expérience avérée dans l'évaluation de grands projets publics. Le premier volet portera sur la constitution et la gouvernance de la Foncière CMC et des sociétés de gestion. Les auditeurs examineront la conformité de ces structures avec la convention de financement signée entre les parties prenantes et avec les réglementations en vigueur. Ils analyseront les apports en capital, les processus de financement, et l'efficacité des instances de pilotage – notamment le Comité de pilotage réunissant les ministres chargés des Finances et de l'Education, le président du directoire du Fonds Hassan II et le directeur général de l'OFPPT, ainsi que le Comité de suivi présidé par le ministère des Finances. Le deuxième axe, le plus lourd en termes de travaux sur site, concernera la conception et la réalisation du programme. Les experts passeront au crible la qualité des infrastructures et des équipements des douze cités, leur conformité aux exigences initiales, le respect des coûts et des calendriers. Ils évalueront également la pertinence des formations proposées au regard des besoins du marché du travail et des spécificités de chaque région. Une attention particulière sera portée aux principes de conception qui ont présidé à la création de ces établissements nouvelle génération (polyvalence des formations, apprentissage renforcé des langues et des soft skills, inclusion numérique, culture de l'entrepreneuriat et respect des normes de durabilité environnementale). Le troisième et dernier volet évaluera l'engagement des parties prenantes, en l'occurrence les ministères, le Fonds Hassan II, l'OFPPT, les collectivités territoriales ainsi que les professionnels. L'objectif est de mesurer le respect des engagements contractuels de chacun et d'identifier les éventuels freins à une collaboration efficace. Seront notamment examinés les appuis apportés par les différents départements ministériels, la mise à disposition et l'apurement du foncier, les autorisations de création des sociétés de gestion, et les mécanismes de veille à l'équilibre financier du programme. Un programme au service de la souveraineté industrielle Derrière l'exercice technique de l'audit se joue un enjeu stratégique de premier plan. Les Cités des métiers et des compétences ne sont pas de simples établissements de formation supplémentaires. Elles sont conçues comme des centres de formation professionnelle multisectoriels, multifonctionnels, mutualisés et intégrés dans les écosystèmes régionaux. Chaque cité comprend des structures communes : centres de langues et de soft skills, career centers pour l'orientation et l'insertion, bibliothèques, espaces d'entrepreneuriat et d'incubation, internats et restaurants, terrains de sport et des équipements spécifiques adaptés aux filières à fort potentiel de chaque territoire (hôtels pédagogiques, mini-chaînes de production, maisons intelligentes, fermes pédagogiques, entreprises virtuelles, ateliers métiers). Ainsi, l'objectif affiché est de former une nouvelle génération de lauréats, dotés non seulement de compétences techniques pointues mais aussi de cette agilité et de cette capacité d'adaptation que requiert un marché du travail en mutation rapide. Dans un contexte où l'employabilité des jeunes et l'adéquation formation-emploi sont érigées au rang de priorités nationales, la réussite de ce programme conditionne en partie la capacité du Maroc à renforcer sa souveraineté industrielle et à attirer les investissements créateurs de valeur. Dix mois pour une feuille de route La mission d'audit s'étalera sur dix mois à compter de la notification de l'ordre de service. Au-delà de l'exercice comptable et juridique, cet audit porte l'ambition de s'assurer que les Cités des métiers et des compétences remplissent pleinement leur mission de formation de la jeunesse et de levier de développement économique territorial. Les conclusions de cet audit, attendues pour la fin de l'année 2026, alimenteront sans aucun doute les réflexions sur la suite du programme et, plus largement, sur l'évolution de l'offre de formation professionnelle au Maroc. Un exercice de vérité nécessaire pour que l'ambition initiale trouve sa pleine traduction sur le terrain, au bénéfice des milliers de jeunes qui fréquentent chaque année ces établissements nouvelle génération.