Le secrétariat d'Etat chargé de la Pêche maritime a adopté deux nouvelles décisions ministérielles redéfinissant le zoning des chalutiers côtiers et des palangriers, une réorganisation spatiale qui vise à garantir une gestion durable des ressources halieutiques dans le cadre du Plan Halieutis. Ces mesures, qui entreront en vigueur dès la campagne 2026, ne constituent toutefois qu'une première phase d'un processus progressif de réorganisation des plans d'aménagement et de gestion des pêcheries, d'autres mesures complémentaires devant être mises en œuvre ultérieurement. Pêche maritime : le zoning, une «révolution spatiale» pour enrayer la surexploitation des stocks Le secrétariat d'Etat chargé de la Pêche maritime réalise une belle avancée dans la réorganisation de la flottille côtière. Deux nouvelles décisions ministérielles, adoptées fin janvier et début février 2026, redéfinissent en profondeur le zoning des chalutiers côtiers et des palangriers. Une formalité administrative, certes, mais cette refonte spatiale constitue le premier levier concret d'une stratégie de long terme visant à concilier viabilité économique et préservation des ressources, dans un contexte où les alarmes scientifiques et institutionnelles se multiplient. Cinq unités, un navire, un port Concrètement, la mesure phare est portée par la décision n°PC CHAL-01/26 du 03 février 2026. Désormais, les eaux maritimes marocaines sont subdivisées en cinq unités d'aménagement pour les chalutiers côtiers. À compter de la campagne 2026, chaque navire sera tenu d'opérer exclusivement dans l'unité pour laquelle il a opté, et de débarquer l'intégralité de ses captures dans les ports rattachés à cette zone, lesquels seront expressément mentionnés sur sa licence de pêche. Parallèlement, la décision n°PC PAL-01/26 du 26 janvier 2026 vient amender le zoning des palangriers (artisans de la pêche à la ligne) pour ajuster leurs trois zones d'intervention et leurs ports de débarquement, en quête d'une «meilleure cohérence» entre l'activité de cette flottille et la capacité d'accueil des infrastructures portuaires. Une réponse aux alertes de la Cour des comptes Ces textes répondent à une urgence écologique maintes fois documentée. Dans son rapport annuel 2024-2025 publié fin janvier 2026, la Cour des comptes avait tiré la sonnette d'alarme sur une surexploitation «préoccupante» des stocks halieutiques, touchant particulièrement les petits pélagiques (sardines, anchois), les céphalopodes (poulpe, seiche) et les poissons démersaux (merlus, pageots). L'institution pointait du doigt l'inefficacité du précédent découpage géographique, jugé «trop large» pour permettre une gestion fine et différenciée des pressions de pêche. Elle déplorait également une absence de continuité stratégique depuis l'échéance du plan Halieutis et les «insuffisances persistantes» des dispositifs de contrôle et de suivi à quai. En fixant des limites spatiales strictes et des ports d'attache dédiés, ces nouvelles décisions visent précisément à instaurer une gestion plus rigoureuse et traçable. L'objectif est de lutter contre la surcapacité de pêche dans les zones les plus fragiles et de faciliter les contrôles des débarquements. Un processus concerté mais exigeant Le secrétariat d'Etat insiste sur la méthode : ces mesures, est-il expliqué, ont été adoptées après un «processus de concertation et de consultation avec les professionnels». Il s'agissait de préparer les armateurs à cette contrainte spatiale nouvelle et d'affiner, avec eux, les limites des unités pour éviter des ruptures trop brutales dans les zones de pêche traditionnelles. Ces zonings constituent en réalité la «première phase» d'une réorganisation bien plus vaste des plans d'aménagement des pêcheries . D'autres mesures complémentaires, qui pourraient inclure des limitations de temps de pêche ou des quotas plus stricts, seront mises en œuvre ultérieurement. L'enjeu des «permis transférables» en arrière-plan Cette refonte spatiale intervient alors que le Maroc cherche à consolider sa réputation de pêche responsable. Le Royaume a obtenu fin 2025 la certification NOAA des Etats-Unis, garantissant la conformité de ses pêcheries avec les normes environnementales américaines jusqu'en 2029 , un sésame indispensable pour l'exportation vers ce marché exigeant. Dans ce sillage, la refonte du zoning pourrait préfigurer un passage plus généralisé aux quotas individuels transférables (QIT), un système évoqué par les professionnels comme par les experts. En effet, une délimitation précise des zones est un préalable technique à l'attribution de droits de pêche individualisés par zone. Mais ce n'est pas tout, car ces nouvelles règles spatiales s'inscrivent aussi dans une dynamique plus large de «planification spatiale maritime», un chantier soutenu par la Banque mondiale, comme l'a récemment rappelé la secrétaire d'Etat Zakia Driouich lors d'une rencontre à Rabat. L'équation est complexe : il s'agit de garantir une exploitation durable des ressources marines tout en assurant la viabilité économique des armements, dans un secteur qui fait vivre près d'un million de Marocains . En fixant des zones de pêche claires, l'administration espère réduire les conflits d'usage entre flottilles et stabiliser l'activité sur le long terme. Les professionnels, bien que conscients de la nécessité de préserver la ressource, restent vigilants quant aux modalités de contrôle et aux compensations éventuelles pour les navires qui devront parcourir de plus grandes distances pour rejoindre leur port d'attache. Les prochains mois diront si cette «révolution spatiale» parvient à concilier les impératifs écologiques et les réalités du terrain.