Malgré les fortes précipitations enregistrées ces derniers mois et l'espoir d'une amélioration de la campagne agricole, le Maroc reste, pour l'heure, fortement tributaire des marchés internationaux pour son approvisionnement en céréales. Entre juin 2025 et fin février 2026, les importations ont poursuivi leur progression, tirées notamment par le blé tendre et le maïs. La dépendance du Maroc aux importations céréalières se confirme malgré l'espoir d'une meilleure campagne. Les précipitations exceptionnelles enregistrées ces derniers mois dans plusieurs régions du Royaume ont ravivé l'espoir d'une amélioration de la campagne agricole, après plusieurs années marquées par un stress hydrique prononcé. Si ces pluies tardives offrent un répit bienvenu pour certaines cultures, elles ne semblent toutefois pas en mesure de modifier, à court terme, la forte dépendance du pays aux marchés internationaux pour son approvisionnement en céréales et produits dérivés. Des importations céréalières en hausse Les dernières données de la Fédération nationale des négociants en céréales et légumineuses (FNCL), couvrant la période du 1er juin 2025 au 28 février 2026, confirment cette tendance structurelle. Les importations demeurent soutenues et continuent d'augmenter, reflétant l'ampleur des besoins du marché national. Ainsi, sur les neuf premiers mois de la campagne 2025-2026, les importations de céréales ont atteint 6.547.170 tonnes, contre 5.739.159 tonnes à la même période de la campagne précédente (+14%). Dans le détail, le blé tendre, pilier de la consommation nationale, s'est établi à 3.031.744 tonnes, en hausse de 19%. Le blé dur a également progressé, atteignant 435.342 tonnes, soit une augmentation de 21%. Les importations de blé fourrager ont suivi la même tendance avec 283.052 tonnes (+26%). Le maïs, largement utilisé dans l'alimentation animale, a enregistré l'une des plus fortes progressions, avec 2.387.834 tonnes, soit 24% de plus que l'année précédente. À l'inverse, les importations d'orge ont fortement reculé. Elles se sont limitées à 409.197 tonnes (-40%), une évolution qui pourrait refléter les ajustements opérés dans les filières d'élevage et les stratégies d'approvisionnement des importateurs. Les produits dérivés globalement stables Du côté des produits dérivés destinés principalement à l'alimentation animale, la dynamique apparaît plus modérée. Les importations se sont établies à 1.663.420 tonnes, en légère hausse de 1% par rapport à la campagne précédente. Les tourteaux de soja, composant essentiel de l'alimentation du bétail, ont progressé de 15% pour atteindre 593.395 tonnes. La graine de soja a connu une hausse particulièrement marquée, avec 21.700 tonnes importées (+281%). Les coques de soja ont également augmenté de 27% et les tourteaux de colza, de 32%. En revanche, certains produits ont reculé, notamment la pulpe de betterave (-26%) et le son de blé (-18%). Les importations de gluten de maïs et de coques de tournesol ont, quant à elles, totalement disparu sur la période. Céréales et produits dérivés confondus, les importations cumulées des membres de la FNCL ont atteint 8.210.590 tonnes entre juin 2025 et fin février 2026, contre 7.388.435 tonnes sur la même période de la campagne précédente, soit une progression globale de 11%. L'analyse des flux logistiques montre par ailleurs une forte concentration des débarquements dans les grands hubs portuaires. Le port de Casablanca domine largement les opérations, concentrant à lui seul près de 68% des importations, suivi par Jorf Lasfar (18%), Agadir (5%) et Nador (4,8%), les autres ports représentant des volumes plus modestes. Ces volumes confirment le rôle central des importations dans l'équilibre alimentaire national. Malgré les précipitations encourageantes observées récemment, la production locale reste fortement tributaire des conditions climatiques, ce qui rend difficile toute réduction significative des achats sur les marchés internationaux à court terme. Dans ce contexte, la diversification des origines et la gestion logistique des approvisionnements demeurent des éléments clés pour sécuriser l'approvisionnement du marché national et limiter l'impact des fluctuations des prix mondiaux. À noter que la France demeure le principal fournisseur en blé tendre, le Brésil en maïs et le Canada en blé dur. Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO