Le Maroc paie une facture très lourde chaque année pour ses importations de produits énergétiques. Avec la crise du Golfe, cette charge devrait encore une fois se renforcer si toutefois cette perturbation était appelée à durer dans le temps. La montée des tensions au Moyen-Orient et le blocage du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz ravivent la volatilité des marchés pétroliers. Pour le Maroc, fortement dépendant des importations d'énergie, cette nouvelle flambée des cours constitue un risque économique immédiat. La hausse du baril devrait se traduire, dans les semaines à venir, par une augmentation de la facture énergétique nationale, avec des répercussions potentielles sur l'inflation, les finances publiques et la compétitivité des entreprises. Ce sont les prix à la pompe qui devrait d'abord donner le signal. Ces derniers jours, une première hausse qui n'est pas liée à la situation au Moyen-Orient est déjà constatée. Selon les régions, le prix du gasoil par exemple, se vent au niveau des stations à partir de 10,60 DH. Dès les prochains jours, une nouvelle hausse risque de se faire sentir. Depuis le début de l'escalade militaire dans la région, le prix du baril de Brent a atteint les 115 dollars, contre environ 70 dollars au début de l'année. Volatilité Pour le Maroc, cette hausse des cours internationaux est particulièrement sensible. Le Royaume importe plus de 90 % de ses besoins énergétiques, ce qui rend son économie très exposée aux fluctuations des marchés mondiaux. Selon les données récentes de l'Office des changes, la facture énergétique du pays s'est établie autour de 110 MMDH en 2024, grâce à la baisse relative des cours du pétrole. La crise actuelle pourrait inverser cette tendance. Chaque augmentation de 10 dollars du baril se traduit par plusieurs milliards de dirhams supplémentaires sur la facture énergétique nationale. Pour un pays qui consomme environ 12 millions de tonnes de produits pétroliers par an, l'impact budgétaire peut rapidement devenir significatif. La transmission des hausses internationales vers les prix des carburants reste rapide au Maroc, où les prix sont libéralisés depuis 2015. Lorsque les cours du brut augmentent, les importateurs répercutent progressivement cette hausse sur les prix de l'essence et du diesel. Or ces carburants jouent un rôle central dans l'économie nationale. Hausse mécanique Le gasoil représente à lui seul plus de 70 % de la consommation de carburants dans le pays, car il alimente à la fois le transport routier, la logistique et une grande partie de l'activité industrielle. Une augmentation durable des prix du diesel se répercute donc rapidement sur l'ensemble de la chaîne économique : transport de marchandises, agriculture, pêche ou encore distribution. À terme, cette hausse finit par se traduire par une pression inflationniste sur les produits alimentaires et les biens de consommation. La flambée des hydrocarbures pèse également sur l'équilibre extérieur du Maroc. L'énergie constitue traditionnellement l'un des principaux postes d'importation du Royaume. Lorsque les prix du pétrole augmentent, le déficit commercial a tendance à se creuser mécaniquement. Dans les périodes de tension pétrolière, la facture énergétique peut représenter près du quart des importations totales du pays. Une situation qui accentue la dépendance aux devises et rend l'économie plus vulnérable aux chocs externes. Rappel La crise du Golfe rappelle ainsi la fragilité énergétique des économies importatrices. Tant que les tensions persisteront dans cette région stratégique, les marchés pétroliers resteront exposés à des mouvements brusques. Pour le Maroc, chaque choc pétrolier agit comme un révélateur : celui d'une dépendance énergétique encore importante, mais aussi d'une transition en cours vers un modèle plus diversifié. Dans un contexte international instable, accélérer cette transformation devient plus que jamais un enjeu économique et stratégique. Hydrocarbures : D'où proviennent les importations marocaines ? Les produits pétroliers représentent la part la plus importante de cette facture énergétique. Le Royaume importe chaque année environ 11 à 12 millions de tonnes de carburants et de produits pétroliers, essentiellement du diesel, de l'essence et du fuel industriel. Ces approvisionnements proviennent majoritairement des marchés européens, notamment l'Espagne, l'Italie et les Pays-Bas, qui disposent d'importantes capacités de raffinage et servent de plateformes de redistribution vers l'Afrique du Nord. Une autre part des importations marocaines provient directement des grands pays producteurs du Golfe, en particulier l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, qui exportent du pétrole brut et certains produits raffinés vers le marché marocain. Le charbon constitue également une composante majeure du mix énergétique national. Utilisé principalement pour alimenter les centrales thermiques, il est importé en grande partie d'Afrique du Sud, mais aussi des Etats-Unis et de la Russie selon les fluctuations du marché international. Depuis l'arrêt du gazoduc Maghreb-Europe en 2021, le Maroc a également diversifié ses sources d'approvisionnement en gaz naturel. Le pays importe désormais du gaz naturel liquéfié (GNL) acheté sur les marchés internationaux, principalement via l'Espagne, avant d'être réacheminé vers les centrales électriques marocaines Abdellah Benahmed / Les Inspirations ECO