Beau livre de 292 pages, projet de l'Association Histoire Vivante du Maroc coédité par le CCME et Maha Editions, l'ouvrage signé par l'historienne Leila Maziane exhume une vérité trop longtemps enfouie : loin de tourner le dos à la mer, le Maroc a bâti son destin sur les flots. Des mouillages antiques aux hubs portuaires du XXIe siècle, une constante se dessine : l'élan d'ouverture. À la pointe nord du continent africain, le Maroc s'avance comme une proue entre trois mondes : l'Atlantique, la Méditerranée et le détroit de Gibraltar. À quelques encablures de l'Europe, irrigué par un réseau de routes plongeant au cœur du continent africain, le Royaume déploie près de 3 400 kilomètres de côtes et 34 ports, dont 14 véritables portes ouvertes sur le monde. Cette géographie exceptionnelle n'est pas un simple décor : elle a façonné, depuis l'aube de la navigation, une culture maritime singulière, profondément atlantique. C'est cette histoire au long cours que révèle « Quand l'Atlantique raconte l'histoire du Maroc », un ouvrage ambitieux et richement illustré qui interroge, éclaire et réhabilite le rapport fondamental des Marocains à la mer. Publié dans un élégant fourreau, ce beau livre de 292 pages est le fruit d'un projet porté par l'Association Histoire Vivante du Maroc, en coédition avec le Conseil de la Communauté Marocaine à l'Etranger (CCME) et Maha Editions. Une vocation maritime inscrite dans le temps long Avec une rigueur documentaire impressionnante, l'ouvrage démontre que le Maroc n'a jamais tourné le dos au grand large. Des mouillages antiques de la Maurétanie Tingitane aux arsenaux médiévaux, des cités corsaires de l'époque moderne aux hubs portuaires contemporains, se dessine une constante, un élan d'ouverture, d'adaptation et de dialogue avec le monde. Le moment contemporain, incarné par Tanger Med et le chantier stratégique de Dakhla Atlantique, ne constitue pas une rupture. Il marque, nous dit l'autrice, la renaissance consciente d'un héritage ancien, la réaffirmation d'une vocation maritime inscrite dans le temps long. Une lecture qui résonne particulièrement à l'heure où le Maroc, sous l'impulsion royale, fait du façades atlantique une priorité stratégique. Une traversée sensible et documentée Riche d'iconographies rares, parfois inédites, traversé de figures et de destins qui donnent chair au récit, l'ouvrage propose une traversée sensible où cartes, archives, images et parcours se répondent. Il affirme la mer non comme une frontière, mais comme un levier durable de prospérité, de souveraineté et d'ouverture. « La mer n'est pas une frontière, elle est une route. Elle ne sépare pas les hommes, elle les met en relation. » Cette intuition de Fernand Braudel irrigue l'ensemble du livre. L'Atlantique y apparaît comme un espace de circulation des hommes, des savoirs et des imaginaires. Dans son sillage, le Maroc se révèle acteur majeur d'un Atlantique des hommes, pleinement inscrit dans ses dynamiques historiques. En dessinant les axes de communication terrestres et maritimes, en analysant les rôles et les zones d'influence des ports d'hier à aujourd'hui, l'ouvrage montre combien le destin du pays s'amarre à ses rivages. Il restitue, dans toute sa profondeur, cette longue évolution du rapport des Marocains à la « mer océane » – un rapport fait d'audace, d'ingéniosité et de vision. Ce livre n'est pas seulement une fresque historique. Il est une clé de lecture pour notre temps. Une invitation à penser le Maroc depuis son horizon maritime, à comprendre que les grands chantiers d'aujourd'hui – Tanger Med, Dakhla Atlantique, le développement du littoral saharien – ne sont pas des ruptures mais des accomplissements. Leila Maziane, une historienne au long cours À la barre de cette somme, une historienne de premier plan. Leila Maziane, spécialiste des Temps modernes et actuelle doyenne de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines Ben Msik à l'Université Hassan II de Casablanca, signe ici un ouvrage qui synthétise des années de recherches. Auteure de nombreuses publications de référence, parmi lesquelles L'Oriental et la Méditerranée, au-delà des frontières (Casablanca, Croisée des Chemins, 2019) et surtout Salé et ses corsaires 1666–1727, un port de course marocain au XVIIe siècle (Caen, Presses Universitaires de Caen, 2008, rééd. 2026), elle a reçu pour ce dernier ouvrage le prestigieux Prix de la Corderie Royale Hermione. Par la rigueur de son approche et la richesse de ses sources, elle contribue à renouveler le regard porté sur l'histoire maritime du Maroc et sur son inscription dans les dynamiques atlantiques et méditerranéennes.