La commande publique entre dans une nouvelle phase. L'Observatoire marocain de la commande publique montre que l'enjeu ne se limite plus au suivi des procédures, mais s'étend désormais à la production de données fiables, à l'évaluation de la performance et à l'intégration progressive des exigences de transparence et de durabilité dans l'acte d'achat public. Le rapport d'activité 2025 de l'Observatoire marocain de la commande publique (OMCP) montre qu'un déplacement est en cours. Ce qui se construit désormais, c'est une capacité d'observation, de mesure et d'analyse destinée à faire de l'achat public un véritable outil de pilotage. L'année 2025 apparaît, de ce point de vue, comme une année fondatrice. Le rapport insiste sur le fait qu'il ne s'agit pas encore d'un observatoire arrivé à maturité, mais d'une institution qui a commencé à poser ses bases de gouvernance, ses méthodes et ses premiers chantiers. Cette phase de mise en place n'a rien d'administratif au sens étroit du terme. Elle répond à plusieurs impératifs stratégiques clairement assumés, depuis l'exigence constitutionnelle d'accès à l'information jusqu'aux recommandations appelant à une plus grande transparence de la commande publique, en passant par la volonté de faire de celle-ci un levier de création de richesse et de réduction des inégalités. Installé auprès de la Trésorerie générale du Royaume et doté d'une composition pluridisciplinaire réunissant administrations, collectivités territoriales et organisations professionnelles, l'OMCP se présente d'emblée comme un lieu d'interface entre production de données, dialogue institutionnel et aide à la décision. Une institution conçue pour produire de l'intelligence publique La portée de l'OMCP tient d'abord à la définition qu'il donne de lui-même. L'Observatoire veut devenir à la fois un centre de connaissance et une instance d'action, au service d'une commande publique plus transparente et plus efficace. Cette ambition n'est pas restée théorique. Elle a été traduite en feuille de route, en règlement intérieur, en charte d'éthique et en vision stratégique structurée autour de quatre piliers : le cadre de gouvernance, la conduite et le pilotage stratégique, la coordination et le partenariat, ainsi que le renforcement des capacités des acteurs. Les missions assignées à l'Observatoire confirment ce positionnement. Il s'agit d'abord de mesurer et de suivre (donc de collecter, traiter et valoriser les données relatives à la commande publique), de mettre en place une base nationale et d'élaborer des indicateurs de performance. Il s'agit ensuite d'analyser et d'informer, à travers la production d'informations économiques, comptables et financières, la publication de rapports et la réalisation d'études thématiques. Il s'agit enfin de mobiliser et de partager, en croisant les expertises, en diffusant les bonnes pratiques et en accompagnant les acteurs. La donnée comme colonne vertébrale Le cœur du projet se situe sans doute dans le chantier de la donnée. Le rapport le dit explicitement, la constitution d'une base de données de l'OMCP est un prérequis fondamental. Pour cela, l'Observatoire s'appuie sur la base de données des marchés publics, conçue comme un entrepôt centralisé apte à agréger les informations issues du portail des marchés publics et du système de gestion intégrée des dépenses. L'enjeu n'est pas seulement technique. En consolidant les données relatives à la publication, à l'attribution, à la contractualisation, aux paiements et à l'exécution financière, l'OMCP se donne les moyens de produire des statistiques agrégées fiables et des tableaux de bord utiles au pilotage. Le rapport va jusqu'à qualifier cette infrastructure de véritable « data factory », ce qui en dit long sur la centralité du chantier. Mais la donnée n'a de valeur que si elle est exploitable. C'est pourquoi l'année 2025 a aussi été marquée par un travail de fiabilisation et d'harmonisation. L'Observatoire a entrepris de corriger les incohérences, de renforcer les référentiels et d'aligner les nomenclatures pour sécuriser les analyses futures. Dans le même temps, il a lancé la définition d'un premier socle d'indicateurs de suivi de la commande publique, avec l'objectif d'aller vers des mesures plus avancées de performance économique et d'intégration des considérations environnementales. Le verdissement des achats publics sort du registre déclaratif L'autre enseignement majeur du rapport concerne la place prise par la dimension environnementale. En 2025, l'OMCP a conduit une étude de marché sur les achats publics écologiques dans le cadre des engagements du Maroc avec l'Agence française de développement. Le sujet est important car il déplace le débat du registre du principe vers celui des conditions concrètes de mise en œuvre. L'étude a retenu trois segments prioritaires : les équipements informatiques, le mobilier de bureau et les services de nettoyage des bâtiments administratifs, après une priorisation fondée sur le niveau des dépenses publiques, les impacts environnementaux et sociaux, la disponibilité d'alternatives vertes et l'existence de normes et certifications. Les constats sont nuancés et donc utiles. Sur les équipements informatiques, la demande publique progresse, mais les critères écologiques restent encore peu intégrés dans les cahiers des charges. Le marché demeure dépendant des importations, même si des initiatives locales d'assemblage et de reconditionnement commencent à émerger, avec un surcoût des produits certifiés estimé entre 5% et 10%. Pour le mobilier de bureau, le rapport souligne une demande soutenue, une offre nationale limitée et des produits écologiques souvent importés, avec des écarts de prix de 20% à 30%. Quant au nettoyage des bâtiments administratifs, il s'agit d'un segment où le potentiel de verdissement paraît élevé, même si l'adoption de solutions plus propres suppose un accompagnement et une adaptation des cahiers des prescriptions. Le rapport indique que ces travaux ont nourri la préparation de modèles de cahiers des prescriptions spéciales et de règlements de consultation types intégrant les considérations environnementales. Un guide des achats publics verts est également en cours de finalisation, avec une publication prévue au premier trimestre 2026. Vers une commande publique plus lisible et plus comparable L'autre étude structurante menée en 2025 porte sur l'introduction des Open Contracting Data Standards au Maroc. Derrière cet intitulé technique se joue une question centrale, celle de la manière de publier l'information relative à la commande publique selon des standards ouverts, structurés et comparables. L'étude, conduite avec l'appui du CNEA et de la coopération allemande, a analysé les conditions juridiques, techniques et organisationnelles d'une telle évolution. Elle conclut à la pertinence d'un scénario de conformité avancée, considéré comme le plus équilibré, car il limite les impacts sur les systèmes existants tout en permettant des gains concrets en qualité de données et en transparence. C'est là un point décisif. L'OMCP ne travaille pas seulement sur la quantité d'information disponible, mais sur sa structuration future. Le projet d'arrêté relatif à la communication des données, également engagé en 2025, participe de cette logique. Une fois publié, il devra encadrer la transmission des informations à l'Observatoire et permettre, à terme, la production de rapports statistiques couvrant l'ensemble du périmètre de la commande publique.