OCP Group pourrait bientôt être appelé à jouer un rôle de premier plan pour répondre, en partie, à une potentielle crise d'engrais dans le monde. Celle-ci pourrait se poser si la guerre au Moyen-Orient perdure. Explications. La guerre en cours au Moyen-Orient n'en finit pas de bouleverser l'économie mondiale. Ayant gravement perturbé le transport aérien et maritime, ainsi que les cours mondiaux du pétrole et du gaz, le conflit risque de provoquer une grosse pénurie dans un secteur vital, à savoir la production d'engrais dans le monde. Les pays en développement pourraient particulièrement être concernés, d'après un rapport de la CNUCED (ONU Commerce et développement), publié le 10 mars. Pour sa part, le Centre international de développement des engrais (IFDC) voit le Maroc comme une solution à ce problème qui risque d'entraîner le monde dans une nouvelle crise économique et alimentaire. Et selon l'IFDC, c'est le statut de producteur d'engrais phosphatés qui place le Maroc dans une position très enviable à l'heure actuelle. Dans un appel publié également le 10 mars, l'IFDC Sustain Africa et AfricaFertilizer recommandent ainsi de «sécuriser dès maintenant des volumes stratégiques grâce à des accords-cadres avec des producteurs régionaux (par exemple, le Nigéria, l'Egypte et l'Afrique du Nord pour l'urée ; le Maroc pour les phosphates)». D'après ces institutions, il devient urgent, pour les économies en développement, de «constituer des réserves stratégiques». Et le Maroc, grâce à l'OCP, fait partie des rares pays auxquels il est possible de s'adresser dans la situation actuelle. Ceci d'autant plus que le marché des engrais apparaît particulièrement exposé. Relais Environ un tiers des volumes échangés par voie maritime, soit près de 16 millions de tonnes par an, transite par le détroit d'Ormuz. De ce volume, les données font ressortir que l'urée en représente à elle seule 67%, le phosphate diammonique (DAP) 20%, le phosphate monoammonique (MAP) 9%. Ces trois produits constituent l'ossature de la fertilisation azotée et phosphatée dont dépend l'agriculture mondiale. Autre élément à noter : selon «AfricaFertilizer», 19% des engrais importés dans 18 pays d'Afrique subsaharienne entre 2020 et 2022 provenaient du Moyen-Orient. Autant d'éléments qui placent le Maroc en excellente posture face à la crise qui se profile. Les commandes pleuvent déjà pour OCP Dans le contexte actuel, tous les regards se tournent vers les pays producteurs d'engrais comme le Maroc. C'est dans ce contexte que l'Inde annonce avoir sécurisé 2,5 millions de tonnes d'engrais phosphatés auprès du groupe OCP, renforçant ainsi un partenariat stratégique avec le Maroc, pour garantir l'approvisionnement de son agriculture. L'annonce en a été faite par le ministre indien des Produits chimiques et des Engrais, Jagat Prakash Nadda, dans le cadre d'un plan global visant à sécuriser près de 8,6 millions de tonnes d'engrais importés pour la campagne agricole. Cette stratégie répond notamment à la baisse des exportations chinoises de phosphate diammonique (DAP), qui a poussé New Delhi à diversifier ses fournisseurs. Dans ce contexte, le Maroc s'impose comme un partenaire clé grâce à la puissance industrielle du groupe OCP et à l'importance de ses réserves de phosphate. Au-delà de cet accord d'approvisionnement, la coopération entre Rabat et New Delhi repose également sur des investissements industriels conjoints en Inde, confirmant le rôle du Maroc comme acteur central du marché mondial des engrais et de la sécurité alimentaire. Par ailleurs, du côté indien, on rappelle que OCP détient désormais une participation de 28% dans Paradeep Phosphates, l'un des principaux producteurs indiens d'engrais, ainsi que des coentreprises avec Chambal Fertilizers et Tata Chemicals. Handicaps Toutefois, la situation actuelle pose un double défi. Si l'opportunité de forte hausse de la demande se présente actuellement, le Royaume ne semble, toutefois, pas encore en mesure de satisfaire l'ensemble de cette ruée vers l'engrais phosphaté, car les capacités de production d'urée sont limitées et la hausse attendue des prix du soufre, intrant clé de sa propre production, pèsera sur ses coûts. Autre point important, les perturbations actuelles dans la production et la disponibilité du gaz et des autres intrants, dont l'OCP a besoin pour sa production, pourraient entraver l'amont de la chaîne. Tout ceci implique soit de trouver d'autres sources d'approvisionnement en cas de très forte dépendance des pays du Moyen-Orient, soit de sécuriser rapidement des stocks auprès des fournisseurs, afin d'éviter une flambée qui pourrait rendre la facture plus salée. Ces priorités pour limiter la crise des engrais L'IFDC, Sustain Africa et AfricaFertilizer ont émis une série de solutions pour sécuriser les approvisionnements en engrais. L'une des priorités consiste à mettre en place un mécanisme international de coordination associant institutions financières, organisations agricoles et acteurs privés. Ainsi, plusieurs institutions de divers domaines pourraient harmoniser les politiques d'approvisionnement, de financement et de logistique. Il est également recommandé de considérer les engrais comme des produits stratégiques, bénéficiant temporairement d'exemptions de TVA et de droits de douane, ainsi que de procédures douanières simplifiées afin de fluidifier les échanges. En Afrique, la ZLECAF pourrait jouer un rôle déterminant pour stimuler le commerce intra-africain d'engrais et réduire les contraintes logistiques entre pays du continent. Parallèlement, la sécurisation des volumes stratégiques via des accords avec des producteurs régionaux est jugée essentielle. Enfin, le déploiement de financements à grande échelle apparaît indispensable, notamment à travers des garanties de crédit, des facilités de trésorerie pour les importateurs et un soutien au transport et à l'assurance des cargaisons. L'objectif est clair : éviter que la crise des engrais ne se transforme en crise alimentaire. Abdellah Benahmed / Les Inspirations ECO