Les Bourses évoluaient dans le rouge et les taux d'intérêt restaient sous pression vendredi, au 14e jour de la guerre au Moyen-Orient qui voyait les cours du pétrole grimper encore un peu après une nouvelle flambée qui a porté le Brent au-delà du seuil de 100 dollars. «Les marchés restent dominés par les tensions autour du détroit d'Ormuz et les variations des prix du pétrole», résument les analystes de Natixis. L'armée israélienne a annoncé vendredi vers 07H00 GMT avoir lancé une nouvelle vague de frappes d'ampleur sur Téhéran, deux semaines après le déclenchement de cette guerre par l'attaque israélo-américaine sur l'Iran. «En l'absence de signes d'apaisement», le Brent de la mer du Nord, la référence mondiale du brut «clôturait au-dessus de 100 dollars le baril (jeudi) pour la première fois depuis 2022, entretenant l'aversion pour le risque», soulignent les analystes de Natixis. Dans la matinée la hausse des cours était cependant plus modérée que jeudi : le Brent prenait 2,04% à 102,51 dollars le baril et le WTI, son équivalent américain gagnait 1,97% à 97,62 dollars le baril. «La stratégie iranienne visant à désorganiser le marché de l'énergie se confirme, avec la fermeture de fait du détroit d'Ormuz depuis deux semaines et l'attaque de tankers dans le golfe Persique et de ports omanais au-delà du détroit», relève Xavier Chapard, Stratégiste de LBPAM. Le blocage du passage stratégique d'Ormuz contraint les pays du Golfe à réduire drastiquement leur production pétrolière, grevant l'offre mondiale de 7,5%, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Les Bourses cloturent la semaine dans le rouge, mais sans panique Dans les premiers échanges en Europe, la Bourse de Paris cédait 1,14%, Francfort 1,08%, Londres 0,76% et Milan 1,07%. À Tokyo, l'indice vedette Nikkei a clôturé en repli de 1,16%. A Séoul, l'indice phare Kospi a lâché 1,72%. Taipei a cédé 0,54% et l'indice hongkongais Hang Seng abandonnait 1,11% dans les derniers échanges. «Alors que la guerre fait rage au Moyen-Orient, le sentiment que les marchés actions restent trop calmes, et n'intègrent pas pleinement les risques géopolitiques et économiques liés au conflit, grandit», estime Kathleen Brooks, directrice de la recherche chez XTB. Sur le mois de mars, les principaux indices européens ont perdu entre 6 et 8%, de nettes baisses certes mais sans commune mesure avec les fluctuations sur le marché de la dette souveraine ou la flambée des prix de l'énergie. «Bien que la forte hausse des prix du pétrole et de l'énergie puisse être dommageable pour l'économie mondiale, il est encore trop tôt pour en mesurer les effets», estime Mme Brooks, rappelant que les marchés espèrent toujours que la flambée du brut sera temporaire. «L'aversion au risque domine actuellement», souligne-t-elle cependant. «Les marchés d'actions oscillent au rythme des nouvelles». Un nouveau scénario pour les taux d'intérêt Du côté des taux d'intérêt décidés par les banques centrales en revanche, «le choc géopolitique qui se propage depuis le Golfe a discrètement réécrit le scénario mondial en quelques jours», souligne Stephen Innes, gérant chez SPI AM. «Il y a seulement quelques semaines, les marchés anticipaient tranquillement deux baisses de taux de la Réserve fédérale américaine (Fed) en 2026», explique-t-il. Désormais, les investisseurs «n'intègrent même plus forcément une seule baisse cette année». Le rendement de l'emprunt américain à échéance deux ans, qui reflète le mieux les anticipations concernant la politique monétaire de la Fed, a dépassé les 3,76% jeudi, son niveau le plus élevé depuis août. «En Europe, le revirement est encore plus spectaculaire», note l'expert. «Alors que les marchés débattaient auparavant d'un assouplissement monétaire, ils anticipent désormais une hausse de taux en juillet par la Banque centrale européenne (BCE), avec des probabilités non négligeables d'une autre hausse avant la fin de l'année», poursuit-il. Le taux de l'emprunt allemand à 10 ans, référence européenne, a dépassé 2,98% vendredi, son plus haut depuis fin 2023. L'équivalent français a grimpé au-delà des 3,67%, son niveau le plus haut depuis 2011. La BCE, qui a laissé ses taux directeurs inchangés depuis sa dernière baisse de taux de juin 2025, se réunira jeudi, au lendemain de la décision de la Fed.