«Facilité de caisse», un terme qui donne l'impression que le fait de passer dans le rouge relève d'un simple coup de pouce, d'un service rendu entre gens de confiance. Or, la réalité est plus crue. Pour les classes moyennes, vivant avec 6.800 dirhams par mois selon la classification officielle, le découvert n'est plus un accident. C'est aujourd'hui une roue de secours permanente, à la différence près qu'elle a un coût élevé : 13,36% hors TVA, le taux maximum autorisé, auquel viennent s'ajouter commissions et frais divers. Autrement dit, quand on n'a pas d'argent, on paie l'accès à la liquidité plus cher que n'importe quel crédit immobilier. Résultat : quatre comptes sur dix seraient ponctuellement ou structurellement débiteurs et l'encours des découverts grimpe en moyenne de 400 MDH chaque année. Mais le plus inquiétant est que les créances en souffrance des ménages ont bondi de 7,2% en 2024, avec un taux de risque désormais à 10%. Décryptage : la machine du surendettement est en train de gripper et les premiers à en payer les frais ne sont pas seulement les ménages, mais bientôt la stabilité du système bancaire lui-même. Le découvert est souvent présenté comme une faveur, une tolérance, une marque de confiance. Dans les faits, il est régi par une convention de compte que peu de clients lisent, créant un déséquilibre d'information que les banques comme les clients gagneraient à réduire. Pour nombre de clients, le découvert n'est pas un coup de mou passager, mais une situation récurrente. Pourquoi ne pas transformer ce découvert structurel en véritable crédit amortissable, avec un taux plus adapté ? Une telle évolution supposerait que la banque repense un modèle où l'immédiateté des agios prime parfois sur la prévention. Car cet état de fait est une bombe sociale à retardement et les autorités monétaires ont bien raison de s'inquiéter. Mais, surtout, il faut agir en imposant une vraie transparence, en encourageant les banques à proposer au client «récurrent» des solutions de sortie et en rappelant que le découvert n'est ni un droit ni une faveur. C'est un crédit comme un autre. Quand une partie significative de la population ne peut plus boucler ses fins de mois sans s'endetter au taux maximum, ce n'est pas seulement une mauvaise gestion individuelle. C'est le signe que notre modèle économique a besoin d'un sérieux réglage. Meriem Allam / Les Inspirations ECO