L'économie marocaine ressemble à un navire qui tient bien la mer. C'est le verdict du Fonds monétaire international, qui loue une croissance solide (4,9% en 2025), une inflation maîtrisée, un déficit sous contrôle et des réserves confortables. En somme, le Maroc continue de remplir les critères d'éligibilité à la ligne de crédit modulable, cet instrument de précaution réservé aux pays aux fondamentaux irréprochables. Une fierté, une assurance, un signal adressé aux marchés. Pourtant, cette brillante partition macroéconomique cache une dissonance qui finit par couvrir la mélodie. Le chômage reste «un défi majeur», écrivent les experts de Washington, sous la plume desquels ces trois mots valent une alerte. La croissance ne crée pas assez d'emplois, en particulier pour les jeunes et les non-diplômés. C'est là le cruel paradoxe, avec une économie qui résiste aux chocs externes, mais qui peine à résoudre ses fractures internes. Et pour cause, le modèle qui a porté le Maroc depuis deux décennies a montré ses limites. La dynamique est intense, mais l'emploi durable, lui, ne suit pas. Et lorsque le secteur public pèse si lourd, que les établissements étatiques accumulent des risques budgétaires silencieux, la neutralité de la concurrence s'en trouve altérée. Le privé, seul véritable créateur net d'emplois, peine à émerger dans un espace parfois encombré par l'Etat entrepreneur. La bonne nouvelle est que le FMI a confiance, mais la vraie question est de savoir si les Marocains ont confiance dans un modèle qui leur offre des routes flambant neuves, mais pas toujours un avenir professionnel ? La crédibilité internationale ne vaut que si elle se double d'une crédibilité domestique. Or, sur le front de l'emploi, le retard s'accumule. La fenêtre est ouverte. Les réserves sont pleines, les marges de manœuvre existent, la conjoncture est favorable. Saisir cette opportunité pour accélérer les réformes structurelles devient donc une nécessité. Pour qu'elle ait un sens, la résilience doit protéger l'avenir des jeunes Marocains. Un enjeu auquel devront répondre les prochains budgets et les prochaines réformes. Meriem Allam / Les Inspirations ECO