Pétrole en reprise, gaz sous extrême tension, or fragilisé par les anticipations de taux et agriculture déjà affectée par le renchérissement des intrants, les matières premières internationales entrent dans une nouvelle phase dominée par le choc énergétique. Le marché international des matières premières a retrouvé, entre mercredi 25 mars et jeudi 26 mars, un centre de gravité très clair. Ce n'est ni l'or, ni les céréales, ni les métaux industriels qui imposent aujourd'hui le rythme, mais bien l'énergie. Le pétrole repart, le gaz se tend beaucoup plus vite encore, et cette nouvelle poussée rejaillit sur le reste du complexe des matières premières, des métaux précieux jusqu'aux arbitrages agricoles. À ce stade, le facteur déterminant reste la perturbation durable des flux énergétiques mondiaux, en particulier autour du détroit d'Ormuz. Le pétrole repart à la hausse Après une séance de détente, mercredi, le brut a de nouveau progressé jeudi. Le Brent gagnait environ 2% pour atteindre 104,30 dollars le baril, tandis que le WTI montait à 92,25 dollars. Ce rebond intervient après un repli de plus de 2% la veille, ce qui traduit un marché extrêmement nerveux, balloté entre espoirs de désescalade et crainte d'un conflit plus long que prévu. Le point le plus sensible reste le détroit d'Ormuz, passage stratégique qui transporte habituellement environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié. D'autres éléments aggravent la tension, notamment l'arrêt d'une partie des capacités d'exportation russes, la baisse de la production irakienne et la remontée des stocks américains de brut de 6,9 millions de barils sur une semaine. Cette tension est telle que le Japon a demandé à l'Agence internationale de l'énergie de préparer, si nécessaire, une nouvelle libération coordonnée de stocks pétroliers. Reuters rappelle que l'opération décidée le 11 mars portait déjà sur 400 millions de barils, soit 20% des stocks coordonnés par l'AIE. Autrement dit, le marché pétrolier reste soutenu non seulement par le risque géopolitique, mais aussi par la perspective que les Etats doivent encore intervenir pour limiter la flambée des prix. Le gaz devient le vrai point de tension Si le pétrole concentre l'attention, le gaz apparaît comme le segment le plus fragile. En Europe, le prix de référence a bondi de plus de 60% depuis le début du conflit pour repasser au-dessus de 50 euros par MWh, selon Reuters. Le choc est d'autant plus sensible que, malgré la progression des renouvelables, le gaz représente encore environ 20% de la consommation énergétique totale de l'Union européenne. Reuters souligne aussi que l'Europe tire désormais près de 60% de ses importations de GNL des Etats-Unis, ce qui réduit sa dépendance à la Russie mais ne la protège pas d'un choc mondial d'approvisionnement. Sur le marché mondial du GNL, la tension est encore plus spectaculaire. Les prix spot asiatiques ont grimpé de 143% depuis fin février, à 25,30 dollars par million de BTU, après les dégâts subis par les infrastructures qataries et le blocage d'Ormuz. Plusieurs cabinets ont abaissé leurs prévisions d'offre mondiale jusqu'à 35 millions de tonnes. Dans ce contexte, des pays européens cherchent déjà à diversifier davantage leurs approvisionnements. L'or recule sous l'effet des anticipations de taux Le mouvement des métaux précieux montre bien que le marché raisonne désormais à travers le prisme inflation-taux d'intérêt. Jeudi, l'or spot reculait de 1,2% à 4.451,47 dollars l'once, après deux séances de hausse. L'argent perdait 2,7%, le platine 2,3% et le palladium 2,5%. La logique est connue. La hausse du pétrole ravive les craintes inflationnistes, ce qui pousse les investisseurs à anticiper un resserrement monétaire plus marqué. Le marché attribuait jeudi 37% de probabilité à une hausse de taux de la Réserve fédérale américaine d'ici décembre, alors qu'avant le conflit les anticipations portaient plutôt sur des baisses de taux. Dans cet environnement, l'or conserve son rôle refuge, mais il subit aussi la concurrence de taux plus élevés. L'agriculture encaisse le choc des intrants L'agriculture n'est pas encore au cœur du choc en matière de prix internationaux visibles, mais elle commence à en absorber les effets à travers les coûts de production. Des agriculteurs français envisagent de réduire les surfaces de maïs au profit du tournesol, culture moins gourmande en engrais et en énergie. La hausse du carburant, du gaz et des fertilisants pèse déjà sur les choix de semis dans le premier producteur céréalier de l'Union européenne. Ce signal est important, car il montre que la crise énergétique ne reste pas cantonnée au pétrole et au gaz. Elle commence à modifier les arbitrages agricoles, donc potentiellement l'offre future.