Avec près de 1.800 kilomètres d'autoroutes, des milliers d'usagers quotidiens et des équipes de terrain dispersées entre péages, patrouilles et centres de gestion, ADM est une entreprise où le facteur humain est essentiel. Mais comment mesurer la fierté d'appartenance, la charge mentale ou les risques de désengagement d'un agent de péage à Tanger ou d'un patrouilleur à Marrakech ? La réponse passe par la donnée. À l'heure où la question du bien-être au travail est devenue un enjeu de performance et d'attractivité, les 3.000 salariés du gestionnaire autoroutier national sont à la veille d'un changement majeur. La Société nationale des autoroutes du Maroc (ADM) prévoit, en effet, la mise en place d'un «baromètre social digital». L'objectif est de mesurer en continu le climat social, l'engagement et le bien-être de ses quelque 3.000 collaborateurs. Concrètement, ce baromètre est bien plus qu'une simple enquête de satisfaction annuelle. Il s'agit plutôt d'un dispositif permanent, anonyme et interactif, qui permettra à la direction des ressources humaines de disposer d'indicateurs en temps réel afférents au moral des équipes, la perception de la reconnaissance, la qualité du dialogue social, les intentions de départ, etc. Globalement, il s'agit d'une plateforme digitale intégrée, qui permet de sonder régulièrement les salariés sur des thématiques précises, comme la qualité de vie au travail, la charge de travail, la reconnaissance, l'égalité de traitement, la sécurité psychologique ou encore l'adhésion aux décisions stratégiques. Les résultats sont restitués de manière anonyme et agrégée via des tableaux de bord, avec des alertes en cas de signaux faibles. Pour ADM, qui doit gérer des équipes souvent isolées et exposées aux contraintes du terrain liées aux horaires décalés ou encore la pression liée à la sécurité routière, cet outil est un moyen de ne pas laisser les tensions s'installer sans réaction. Dans le secteur public et parapublic, ce type de dispositif reste encore rare. ADM pourrait ainsi faire figure de pionnière, à condition que le baromètre soit accepté par les équipes et que la direction s'engage à agir sur les résultats. Un enjeu de dialogue social Au-delà de l'aspect technique, le baromètre social digital est un outil de dialogue social. Dans une entreprise publique de la taille d'ADM, les relations avec les syndicats peuvent être complexes, ce qui rend un outil objectif, anonyme et régulier, une solution à même de désamorcer les conflits, d'objectiver les revendications et de construire des politiques RH fondées sur des données réelles. Ceci étant, «le succès d'un tel projet repose sur plusieurs conditions», souligne un expert RH. Il cite, d'abord, la garantie d'anonymat. Selon lui, les salariés doivent être certains que leurs réponses ne seront pas traçables individuellement. «La communication interne est également une question clé, car il faut expliquer pourquoi cet outil est mis en place, comment il sera utilisé, et quelles suites seront données», ajoute notre interlocuteur. Un troisième point est relevé par l'expert, relatif à la capacité à agir. «Un baromètre sans plan d'action est un outil mort-né. Il est important de démontrer que les résultats alimentent de véritables décisions», conclut-il. Un calendrier décalé à plusieurs reprises Un appel d'offres international a été lancé par ADM pour mettre sur pied cette initiative, un marché estimé à 1,3 million de dirhams (HT). Soulignons que le calendrier de ce projet stratégique a connu plusieurs reports, le dernier avis en date fixant la date limite de dépôt des offres au 8 avril 2026. Initialement, donc, la date limite de remise des offres était fixée au 11 mars 2026. Mais trois avis de report ont successivement repoussé l'échéance, d'abord au 26 mars, puis au 1er avril, et enfin au 8 avril 2026 à 12h00. Des reports qui peuvent avoir plusieurs explications. Mais, en tout cas, selon les termes de référence du projet, les prestataires potentiels (cabinets de conseil spécialisés en ressources humaines, éditeurs de logiciels de sondage, sociétés de data analytics) devront proposer une solution sécurisée, conforme aux lois sur la protection des données personnelles et capable de s'intégrer dans le système d'information d'ADM, est-il spécifié.