C'est un Conseil des ministres fondateur pour le Nouveau modèle de développement qui s'est tenu, jeudi dernier sous la présidence du Roi Mohammed VI. Il dessine une feuille de route cohérente : investir massivement dans les territoires, réformer en profondeur la gouvernance, donner aux régions les moyens de leurs compétences, renforcer la présence internationale du Maroc et consolider l'Etat social. Dans un contexte de sortie de crise climatique relative mais de persistance des défis structurels, ces annonces portent l'ambition de transformer l'essai pour faire du développement territorial le moteur d'un Maroc plus juste, plus efficace et plus résilient. Décryptage… Jeudi dernier, au Palais royal de Rabat, les contours d'un Nouveau modèle de développement territorial ont été tracés. Présidé par le Roi, le Conseil des ministres tenu avait une portée inédite. Au cœur des annonces, le lancement d'une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré dotée de 210 milliards de dirhams sur huit ans, une réforme profonde de la régionalisation avancée, la ratification de quinze conventions internationales et des nominations stratégiques dans le secteur de la santé. Ces mesures, qui interviennent après une saison agricole exceptionnelle et une amélioration spectaculaire des réserves hydriques, traduisent la volonté royale de placer la réduction des inégalités spatiales, la proximité décisionnelle et l'efficacité de l'action publique au cœur de la dynamique nationale. Les annonces de ce Conseil des ministres ne se limitent pas à une simple enveloppe budgétaire ou à des ajustements juridiques. Elles marquent un tournant dans la manière de concevoir et de mettre en œuvre les politiques publiques au Maroc. L'approche ascendante, qui part des besoins exprimés localement par les citoyens, inverse la logique traditionnelle des programmes descendants. L'enjeu est de sortir d'une logique de guichet et de saupoudrage pour bâtir des projets intégrés, co-construits avec les populations et mesurés par des indicateurs de performance et d'impact. La création de sociétés anonymes régionales, la mise en place d'audits conjoints en plus de la plateforme digitale de transparence visent à répondre à deux défis chroniques, ceux de la lenteur d'exécution et du déficit de redevabilité. Les enjeux d'une saison agricole exceptionnelle En ouverture du Conseil, le Roi a interrogé le ministre de l'Agriculture sur le déroulement de la campagne agricole. Le bilan est historique : 520 mm de précipitations en moyenne nationale, en hausse de 54% par rapport à la moyenne trentenaire ; des barrages remplis à 75% avec 12,8 milliards de m3; des productions records d'olives (2 Mt, +111%), d'agrumes (1,9 Mt, +25%) et de dattes (160.000 t, +55%). Ce que ces chiffres traduisent, c'est un enjeu de souveraineté alimentaire et de résilience face au changement climatique. Après des années de stress hydrique, ces pluies abondantes offrent un répit précieux, mais elles ne doivent pas masquer la nécessité de poursuivre les investissements dans l'irrigation durable, la reconstitution du cheptel conformément aux instructions royales et la modernisation des filières agricoles. Le ministre a par ailleurs souligné, en exécution des Hautes instructions royales visant la reconstitution du cheptel national, que l'abondance des pâturages a contribué à une nette amélioration de l'état du cheptel, un signal positif pour les éleveurs après plusieurs années de stress hydrique. 210 MMDH pour les programmes de développement territorial Le ministre de l'Intérieur a présenté les grandes lignes de la gouvernance de ces programmes, dont l'enveloppe de 210 milliards de dirhams sur huit ans en fait l'un des plus grands chantiers d'investissement territorial jamais lancés au Maroc. L'élaboration de ces programmes a reposé sur de larges concertations menées dans l'ensemble des préfectures et provinces du Royaume, aboutissant à un diagnostic territorial précis fondé sur l'analyse des indicateurs socio‐économiques, l'accès à l'emploi, à l'éducation, à la santé, à l'eau et aux programmes de mise à niveau territoriale. La finalité est donc de réduire les disparités entre régions, créer des emplois, améliorer l'accès aux services de base (santé, éducation, eau) et renforcer l'attractivité économique des territoires. La méthode repose sur trois innovations majeures. D'abord, une gouvernance décentralisée avec trois niveaux afin de concilier la proximité et la cohérence globale, tout en évitant l'émiettement des projets. Le premier de ces niveaux est local (comité présidé par le gouverneur), le second régional (comité présidé par le wali) et, puis, national (comité présidé par le chef du gouvernement). Deuxième innovation : des mécanismes d'exécution hybrides, via la transformation des agences régionales en sociétés anonymes présidées par les présidents des régions. Une manière d'allier le contrôle public et la flexibilité privée et, par-là, de sortir des lenteurs administratives pour accélérer la réalisation des projets sans sacrifier la transparence et d'en rehausser la qualité. Enfin, la troisième innovation consiste en le renforcement du contrôle par l'instauration d'un audit annuel conjoint des inspections générales des finances et de l'administration territoriale, avec une plateforme digitale ouverte aux citoyens. L'enjeu est de restaurer la confiance des populations dans la gestion des fonds publics et de permettre un suivi citoyen des engagements. Ces audits permettront d'apprécier les performances et de s'assurer du respect des procédures d'exécution. Par ailleurs, une plateforme digitale dédiée sera créée pour permettre à tous les citoyens et acteurs institutionnels d'accéder en temps réel à l'ensemble des informations relatives à la programmation, à l'état d'avancement des travaux et à la réalisation des projets, garantissant ainsi une transparence maximale et un suivi régulier des actions engagées. Réforme de la loi organique des régions Dans la foulée des décisions actées lors du Conseil des ministres, l'approbation du projet de loi organique modifiant le statut des régions. Ce pas s'inscrit dans le prolongement direct des programmes de développement territorial. Trois axes majeurs sont réformés. D'abord, la transformation des Agences régionales d'exécution en sociétés anonymes, déjà évoquée, est inscrite dans la loi. Ensuite, une redistribution des compétences propres et partagées de la région, avec un recentrage sur le développement économique. Enfin, le renforcement des ressources financières des régions par l'augmentation du plafond des transferts de l'Etat. Il s'agit d'une manière de donner aux régions les moyens juridiques et financiers d'être de véritables acteurs du développement, et non de simples relais administratifs. En clair, cette nouveauté réglementaire vient concrétiser la régionalisation avancée voulue par le Roi, après des années de montée en puissance. Les réformes annexes Par ailleurs, le Conseil a également adopté une loi organique modifiant les nominations aux fonctions supérieures, avec trois apports significatifs. L'ajout de l'Agence nationale pour la protection de l'enfance à la liste des établissements stratégiques dont les responsables sont nommés en Conseil des ministres élève la protection de l'enfance au rang de priorité nationale. Le changement de dénomination de la Fondation Mohammadia des œuvres sociales des magistrats et fonctionnaires de la Justice a été modifiée pour devenir la «Fondation Mohammadia des œuvres sociales des fonctionnaires de la justice» élargit le champ d'action de l'institution. En outre, l'ajout des conservateurs judiciaires généraux aux fonctions soumises au Conseil du gouvernement renforce, quant à elle, la transparence des nominations dans le secteur judiciaire. Dans le domaine militaire, un décret complète la liste des attachés militaires, de leurs assistants ainsi que des autres militaires affectés à leur service. Ce décret vise à élargir la liste des postes d'attachés militaires accrédités à l'étranger, telle que prévue par le décret 2.65.046 du 7 mai 1965, leur accordant une indemnité mensuelle pour charges spécifiques, afin de leur permettre d'exercer leurs missions de représentation et de coopération dans les meilleures conditions. L'enjeu est de renforcer la présence diplomatique et de défense du Maroc à l'international, en phase avec la politique étrangère active du Royaume. 15 conventions internationales actées Dans le cadre de la politique étrangère clairvoyante du Royaume, fondée sur la coopération fructueuse et responsable, le Conseil a adopté quinze conventions internationales, dont onze bilatérales et quatre multilatérales. Ces accords couvrent le transport aérien, ainsi que la coopération judiciaire, douanière et militaire. Ils comprennent un protocole d'amendement de l'accord de Marrakech instituant l'Organisation mondiale du commerce (OMC), la Constitution et la Convention de l'Union africaine des télécommunications, ainsi qu'un accord avec le Réseau africain des autorités de cybersécurité pour la création d'un Centre d'appui et de coordination régionale de réponse aux incidents cybernétiques au Maroc. Enfin, un accord d'accueil a été signé avec l'Agence de développement de l'Union africaine – Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), visant à établir son bureau national dans le Royaume. L'enjeu est triple : ancrer le Maroc dans les instances multilatérales africaines et mondiales, renforcer sa souveraineté numérique par la cybersécurité, et confirmer son rôle de hub continental. Nominations stratégiques dans les groupements sanitaires territoriaux Enfin, conformément à l'article 49 de la Constitution, le Roi a nommé cinq directeurs généraux de groupements sanitaires territoriaux. Ont ainsi été nommés : Hicham Afif à la tête du Groupement sanitaire territorial de la région de Casablanca‐Settat ; Brahim Lekehal pour la région de Rabat‐Salé‐Kénitra ; Abdelkrim Daoudi pour la région de Fès‐Meknès ; Brahim El Ahmadi pour la région de Laâyoune‐Sakia El Hamra ; et Tarik El Harti pour la région de Souss‐Massa. L'enjeu est de déployer la réforme du système de santé dans le cadre de la généralisation de la protection sociale, en confiant à des cadres expérimentés la gestion de proximité des hôpitaux et des réseaux de soins. Ces nominations, qui interviennent après la création des groupements, visent à accélérer la mise à niveau du secteur hospitalier et à réduire les disparités territoriales en matière d'accès aux soins. Hatim Khelladi / Les Inspirations ECO