Réunies à Rabat à l'occasion des premières Assises nationales sur les Archives, les parties prenantes du secteur ont plaidé pour un changement d'échelle. Au-delà de la conservation du patrimoine documentaire, les archives s'imposent désormais comme un enjeu de gouvernance, de transparence publique, de recherche et de valorisation de la mémoire nationale. Les archives changent aujourd'hui de statut au Maroc. Elles s'imposent de plus en plus comme un instrument de gouvernance, un socle pour la recherche et un ressort de transmission de la mémoire nationale. C'est le sens du message porté lors des premières Assises nationales sur les Archives au Maroc, où plusieurs responsables ont plaidé pour une approche plus ambitieuse, mieux structurée et davantage tournée vers les enjeux du numérique. Des archives au cœur de l'action publique À travers cette rencontre, le sujet archivistique est sorti du seul registre patrimonial pour entrer pleinement dans celui de l'action publique. La directrice des Archives du Maroc, Latifa Moftaqir, a insisté sur le fait que les archives sont désormais liées à la transparence de l'action publique, à la préservation de la mémoire collective et à la transmission du savoir aux nouvelles générations. Dans un contexte marqué par des mutations institutionnelles, technologiques et culturelles profondes, leur gestion ne peut plus relever d'une logique secondaire ou administrative. Elle devient un enjeu de souveraineté documentaire et de qualité de l'organisation publique. Vers une politique nationale structurée L'un des enseignements majeurs de ces assises tient à la nécessité de bâtir une véritable politique nationale des archives. Les échanges ont permis de mettre en lumière les fragilités du secteur, mais aussi les perspectives ouvertes par la transformation numérique, l'innovation technologique et la coopération internationale. Les recommandations issues de cette première édition doivent justement alimenter une vision stratégique à l'horizon 2036, avec en ligne de mire une feuille de route nationale pour la gestion des archives publiques. Derrière cet objectif, c'est toute la question de la modernisation de l'Etat qui est posée. La numérisation apparaît, dans cette perspective, comme un chantier décisif. La présidente du Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique, Rahma Bourqia, a souligné l'importance de renforcer les compétences humaines capables d'accompagner cette transition. Elle appelle les universités à créer des filières spécialisées afin de former les profils nécessaires à l'organisation, au traitement et à la valorisation des fonds archivistiques. Le défi n'est donc pas seulement technologique. Il est aussi académique, institutionnel et humain. L'intelligence artificielle comme accélérateur L'intelligence artificielle ouvre, elle aussi, de nouvelles perspectives. Utilisée de manière adaptée, elle pourrait faciliter la constitution d'une base numérique intégrée du patrimoine historique marocain, améliorer l'extraction de l'information et soutenir les travaux des chercheurs. Une telle orientation permettrait de passer d'une logique de conservation à une logique d'exploitation intelligente de la donnée historique, avec des bénéfices concrets pour la recherche, l'enseignement et la valorisation culturelle. Autre axe mis en avant, la coopération internationale. Nadia El Hnot a rappelé que les partenariats bilatéraux et multilatéraux jouent un rôle central dans l'échange d'expertises, l'accès aux documents et la protection des archives en période de crise. Elle a également insisté sur le renforcement des partenariats Sud-Sud, l'intégration de la culture archivistique dans l'éducation et la nécessité d'un meilleur suivi des cadres juridiques, avec en toile de fond l'ambition d'intensifier l'inscription de dossiers marocains sur les listes de l'UNESCO.