Après les textes, place à l'exécution. Lors du sommet «ZLECAF of trade finance», les opérateurs institutionnels et privés ont scellé une alliance stratégique pour transformer la plus grande zone de libre-échange au monde en réalité opérationnelle. À la clé, des mécanismes concrets de financement, de garantie et d'accompagnement afin de faire du commerce intra-africain un véritable levier de croissance, avec un Maroc qui entend renforcer son rôle de hub continental. Le constat est sans appel. L'intégration économique de l'Afrique ne peut plus se contenter de cadres législatifs, elle exige désormais une exécution formelle sur le terrain. C'est le message qui se dégage des travaux du ZLECAF of Trade Finance Summit, co-organisé par la Confédération marocaine des exportateurs (ASMEX) et le Club Afrique Développement d'Attijariwafa bank. En réunissant décideurs publics, institutions financières et opérateurs privés, l'événement a cherché à transformer la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), la plus vaste au monde avec ses 54 pays membres, en un moteur de croissance immédiat pour le secteur privé. Le pari d'un commerce intra-africain Dans une conjoncture internationale sous haute tension, marquée par les perturbations géopolitiques au Moyen-Orient, l'Afrique tente de tracer sa propre voie en misant sur une solidarité économique renforcée. Paradoxalement, alors que l'économie mondiale ralentit, le continent africain affiche, en 2025, une trajectoire positive avec une croissance de 4,2%, dépassant nettement la moyenne mondiale établie à 3%. Cette vitalité se lit dans le détail des performances nationales. En effet, 22 pays du continent ont franchi la barre des 5% de croissance, et six d'entre eux ont même dépassé les 7%. Signe de cet optimisme des investisseurs, les investissements directs étrangers (IDE) ont bondi de 75% pour atteindre près de 100 milliards de dollars. Pourtant, cette dynamique reste à la merci des équilibres mondiaux. Selon les projections de la Banque africaine de développement (BAD), une persistance des crises internationales pourrait coûter 20 points de base à la croissance continentale en 2026. Pour Mohamed Kettani, président du groupe Attijariwafa bank, ce contexte impose une rigueur nouvelle mais révèle des opportunités souvent sous-estimées. «Le groupe bancaire, qui célèbre ses 120 ans cette année sans avoir pris une ride, capitalise sur son histoire pour accompagner cette transition. Forte de 12 millions de clients dans 27 pays, dont 15 en Afrique, l'établissement bancaire déploie son expertise pour bâtir des corridors commerciaux fiabilisés et sécuriser les exportations», précise Kettani. Le Maroc, dont les prévisions de croissance frôlent les 4% pour 2026, entend jouer un rôle de hub régional de plus en plus affirmé. Cette ambition s'appuie sur une rupture du paradigme économique actuel, illustrée par des projets d'envergure comme l'Initiative Afrique Atlantique via le port de Dakhla. Dans son allocution, le président du groupe bancaire rappelle que ce repositionnement stratégique cible des secteurs d'avenir tels que l'économie numérique, les énergies propres et la transformation agricole, tout en mobilisant les ressources locales pour réorienter les flux d'exportation. Sur le terrain, l'adhésion est manifeste. Les entrepreneurs égyptiens et tunisiens figurent parmi les plus réactifs aux missions multisectorielles du Club Afrique Développement, cherchant des réponses concrètes à la reconfiguration de leurs échanges. Un élan que l'institution aspire voir s'étendre à d'autres pays. Une approche intégrée Pour soutenir ce dynamisme, trois conventions stratégiques ont été signées entre le ministère délégué chargé de l'Investissement, Maroc PME, l'ASMEX et Attijariwafa bank. Ce partenariat scelle une approche intégrée qui mobilise des leviers financiers et non financiers. Concrètement, le dispositif prévoit des solutions de financement adaptées, des mécanismes de garantie et de sécurisation des transactions, ainsi qu'un accompagnement renforcé dans la gestion des risques liés au commerce international. Il s'agit également de favoriser la montée en compétences et le partage d'intelligence économique pour faciliter l'accès aux marchés. Sur la même lancée, Karim Zidane, ministre délégué chargé de l'Investissement, a rappelé que la ZLECAF ne se limite pas à un simple accord de protocoles. Elle incarne une ambition majeure visant à dynamiser l'investissement à travers une intégration plus inclusive et durable. Cette convergence entre mobilisation publique et dynamisme privé est devenue, selon les acteurs du sommet, un véritable devoir. Pour Omar Hjira, Secrétaire d'Etat chargé du commerce extérieur, le commerce intra-africain reste encore en deçà de son potentiel. D'où l'importance de lever les obstacles persistants, à savoir l'accès limité aux financements, l'insuffisance des instruments de garantie et la perception élevée des risques. Ces contraintes ne sont pas une fatalité. «Le développement du commerce intra-africain ne pourra se concrétiser sans un écosystème financier solide, inclusif et adapté aux réalités de notre continent», insiste-t-il. Du côté de l'ASMEX, ce consensus appelle à mieux organiser la circulation du capital sur le continent et à mieux appréhender et partager le risque afin de mobiliser davantage d'investissements et de réduire durablement le coût du financement en Afrique. Cette initiative est d'autant plus encensée par le comité de pilotage de la ZLECAf. Cynthia Gnassingbé, conseillère principale à la ZLECAF, bien que la dynamique soit entamée depuis près de deux ans, des efforts sont à consentir davantage. Sous le régime de la ZLECAf, seulement 12 pays opèrent des échanges commerciaux. S'ajoutent à cela 40 listes tarifaires qui ont été adoptées dès lors. Dans le même temps, 10 certificats d'origine ZLECAF ont été émis. Et ce sont l'Afrique du Sud, l'Egypte, la Tanzanie et le Nigeria qui demeurent les pays les plus actifs. À noter que le prochain jalon de cette coopération panafricaine est d'ores et déjà fixé. Les opérateurs économiques se retrouveront les 18 et 19 juin prochain à Nouakchott, en Mauritanie, pour poursuivre le tissage de ces liens de confiance qui constituent le socle de la souveraineté économique du continent. Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO