Lors de l'ouverture de sa 12e session à Rabat, le Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique a annoncé le lancement d'une recommandation ambitieuse sur l'intelligence artificielle dans l'éducation, la formation et la recherche scientifique. Parallèlement, le chef du gouvernement a saisi l'instance pour avis consultatif sur la révision de la carte universitaire publique. Deux dossiers majeurs pour l'avenir du système éducatif national. L'intelligence artificielle bouscule déjà les façons d'apprendre, de produire et de transmettre les savoirs. Face à cette révolution silencieuse mais profonde, le Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) ouvre une voie nouvelle, celle d'une politique publique spécifique à l'Intelligence artificielle (IA). Réuni, mardi 14 avril pour l'ouverture de la 12e session de son Assemblée générale, le Conseil a annoncé le lancement d'une recommandation ambitieuse, intitulée «Pour l'adoption d'une politique publique dans le domaine de l'intelligence artificielle en éducation, formation et recherche scientifique». Dans son allocution d'ouverture, la présidente du Conseil, Rahma Bourqia, a tenu à rappeler que «ladite recommandation s'inscrit dans la mise en œuvre des contenus de la note d'orientation relative à la deuxième moitié de l'actuel mandat du Conseil, laquelle a défini les thématiques qui seront traitées au cours de l'année en cours, dont celle de l'intelligence artificielle». Ce texte répond à une double urgence : celle des mutations technologiques accélérées et celle de leurs effets déjà visibles sur les apprentissages, les métiers et la production des savoirs. La présidente a souligné que cette recommandation constitue «une réponse vigilante du Conseil face aux mutations accélérées que connaît la technologie de l'IA, ainsi qu'aux effets de plus en plus marquants qui en découlent dans les divers domaines de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique, et à leurs répercussions sur les métiers». Deux révolutions numériques à affronter ensemble Selon Rahma Bourqia, le monde traverse aujourd'hui deux révolutions numériques simultanées. «La première est liée à la transition numérique qui a entraîné dans son sillage les réseaux sociaux, avec les changements qu'ils ont induits dans les modes de communication des adolescents et des jeunes, ainsi que leur impact sur les relations sociales. Quant à la seconde, elle concerne la révolution de l'intelligence artificielle, qui a profondément reconfiguré les modes de production et de circulation des connaissances». Leur impact ne se limite plus à l'accès à l'information : il touche l'économie, la culture, les relations humaines et la nature même des métiers. «Force est de constater que les effets de ces deux révolutions sont en train de transcender le simple accès au savoir pour s'étendre aux divers aspects de la vie, y compris l'économie, la société, la culture, les relations humaines, les métiers, etc.», a-t-elle ajouté. L'IA générative, un acteur influent du système éducatif La présidente du CSEFRS a particulièrement insisté sur le rôle désormais incontournable de l'intelligence artificielle générative. «Dans un tel contexte, l'intelligence artificielle générative s'impose désormais en tant qu'acteur influent dans le système d'éducation et de formation, tant au niveau des connaissances qu'à celui des modalités d'apprentissage et d'interaction avec le savoir». Face à ce constat, le système éducatif ne peut se contenter d'équiper les établissements en infrastructures numériques. L'enjeu est bien plus fondamental : «intégrer l'éducation numérique et les compétences en IA parmi ses cursus, afin de permettre la formation des jeunes aux exigences éthiques, au sens critique et à une capacité de réflexion éclairée, en vue d'évaluer les productions des algorithmes et d'en limiter les dérives, tout en favorisant l'exploitation des opportunités qu'ils offrent». Au-delà des infrastructures : une politique publique intégrée La présidente du Conseil a par ailleurs mis en garde contre une approche trop technique. «Cependant, il est essentiel de souligner qu'une telle orientation ne se limite pas au développement des infrastructures numériques. Elle appelle, essentiellement, l'élaboration d'une stratégie et d'une politique publique dûment intégrée et couvrant spécifiquement les divers secteurs de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique». Cette démarche devra concerner à la fois «la préparation de curricula pédagogiques clairs, la définition d'objectifs précis destinés au développement de compétences numériques, le renforcement des capacités de production des savoirs, le comportement adéquat avec les applications de l'IA, ainsi que le respect rigoureux des règles éthiques en vigueur». Elle a également proposé la création d'un mécanisme approprié pour superviser ce projet, rappelant que «si nous assistons aujourd'hui à l'expansion accélérée des usages liés à l'IA, son encadrement demeurera cependant conditionné par les mesures que notre système éducatif est censé entreprendre afin de garantir une appropriation responsable et sécurisée des opportunités de l'IA». Une saisine urgente du Chef du gouvernement sur la carte universitaire Autre temps fort de cette session : la réponse à la saisine adressée au Conseil le 6 avril 2026 par le Chef du gouvernement. Celui-ci sollicite un avis consultatif sur le projet de révision de la carte universitaire publique marocaine, dans le cadre plus large du système de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Comme l'a expliqué Bourqia, «les travaux du jour porteront, d'une part, sur la prise de connaissance du contenu du projet qui fera l'objet de l'avis à venir, et, d'autre part, sur la mise en place d'une commission ad hoc chargée de son élaboration, dans un délai n'excédant pas un mois, conformément au caractère urgent souligné par le Chef du gouvernement dans sa lettre, et en application des dispositions de l'article 2 de la loi relative au Conseil».