Le secrétariat d'Etat chargé de l'Artisanat et de l'Economie sociale et solidaire et l'Agence nationale de lutte contre l'analphabétisme ont scellé un nouveau partenariat visant à renforcer la qualification des artisans. Longtemps cantonnée à une logique de rattrapage scolaire, l'alphabétisation change ici de fonction. Avec la convention signée en date du 13 avril, à Rabat, entre le secrétariat d'Etat chargé de l'Artisanat et de l'Economie sociale et solidaire et l'Agence nationale de lutte contre l'analphabétisme (ANLCA), elle est désormais pensée comme un levier direct de professionnalisation. Placé sous le signe «Pour un artisan instruit», ce partenariat se propose de faire de la maîtrise de la lecture, de l'écriture et du calcul un socle de montée en compétences pour les artisans. L'ambition affichée dépasse de loin l'apprentissage de base. Les deux institutions veulent articuler alphabétisation fonctionnelle et formation par apprentissage dans une même logique de qualification. Autrement dit, il ne s'agit plus seulement d'aider des bénéficiaires à acquérir des savoirs fondamentaux, mais de les inscrire dans un parcours plus large, capable de déboucher sur une meilleure transmission des métiers, une plus grande autonomie professionnelle et une insertion économique plus solide. Un changement d'échelle dans l'approche publique Pour Lahcen Essaâdi, secrétaire d'Etat chargé de l'Artisanat et de l'Economie sociale et solidaire, cette convention reflète une transformation profonde dans la manière d'aborder la lutte contre l'analphabétisme. L'enjeu est clairement lié à l'investissement dans le capital humain, présenté comme un levier de développement. Dans cette lecture, l'artisan n'est plus seulement considéré comme détenteur d'un savoir-faire traditionnel, mais comme un acteur économique qui doit aussi maîtriser les outils élémentaires de gestion, de compréhension et de transmission. Cette orientation s'inscrit dans le prolongement des Hautes orientations royales en faveur d'une mobilisation nationale autour du capital humain. Elle marque aussi une nouvelle étape dans le partenariat entre le département de l'Artisanat et l'ANLCA, avec l'objectif de renforcer davantage les compétences des artisans et de consolider l'encadrement au sein du secteur. Préserver les métiers en les rendant plus transmissibles Au-delà de la qualification individuelle, le dispositif porte une autre ambition, celle de sécuriser la transmission intergénérationnelle des savoirs. Dans un secteur où une grande partie de la richesse repose sur des gestes, des techniques et des traditions souvent transmis hors des circuits formels, la question de l'encadrement devient centrale. Le modèle défendu par les signataires vise justement à former une génération d'artisans qualifiés, capables à la fois de produire, d'accompagner et de transmettre. Cette dimension patrimoniale n'est pas secondaire. Le partenariat met explicitement en avant la préservation et la valorisation du patrimoine immatériel lié aux métiers de l'artisanat. La montée en compétences est donc pensée comme un moyen de consolider un tissu productif, mais aussi de protéger des savoir-faire qui participent de l'identité économique et culturelle du pays. Des résultats déjà tangibles Le programme ne part pas de zéro. Selon Lahcen Essaâdi, plus de 96.000 bénéficiaires ont été recensés entre 2014 et 2025 dans le cadre du programme d'alphabétisation fonctionnelle appliqué au secteur de l'artisanat. Sur les cinq dernières années, l'ANLCA fait état d'environ 3.000 bénéficiaires par an, pour un budget global de 15 millions de dirhams. Pour Abdelouadoud Kharbouch, directeur de l'ANLCA, cette nouvelle convention s'inscrit dans une dynamique nationale visant à renforcer la cohérence des politiques publiques et à améliorer l'efficacité des programmes dédiés au développement du capital humain. Il y voit aussi une étape charnière pour assurer la continuité et la pérennité des acquis, en cohérence avec la Stratégie nationale d'alphabétisation 2023-2035. Son approche repose sur la figure de «l'artisan alphabétisé», qui ne limite pas l'effort public à l'apprentissage des fondamentaux, mais l'étend à la formation professionnelle et à la gestion de l'entreprise. En filigrane, c'est bien la place de l'artisan dans l'économie qui se redessine. Plus formé, mieux outillé et davantage inséré, il devient non seulement gardien d'un savoir-faire, mais aussi acteur à part entière de la modernisation du secteur.