Le paiement mobile, le virement instantané et les plateformes Agritech restent, pour nombre d'agriculteurs marocains, des réalités abstraites. Pourtant, c'est précisément sur ces outils que repose désormais la stratégie nationale d'inclusion financière rurale, présentée lors d'un side-event du SIAM 2026 qui a réuni décideurs publics, régulateurs et acteurs privés autour d'engagements concrets. En marge de la 18e édition du Salon international de l'agriculture au Maroc (SIAM), organisée du 20 au 28 avril 2026 à Meknès sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI, un side-event consacré à l'inclusion financière rurale a réuni, jeudi 23 avril, les représentants des institutions publiques et financières les plus influentes du Royaume. Placée sous la thématique de la durabilité de la production animale et de la souveraineté alimentaire, cette rencontre a débouché sur la signature d'une convention-cadre entre le ministère de l'Agriculture et l'Association professionnelle des établissements de paiement, acte fondateur d'une nouvelle architecture de la finance agricole au Maroc. Une stratégie à deux voix : 54 milliards de dirhams mobilisés en 2025 La Stratégie nationale d'inclusion financière, pilotée conjointement par le ministère de l'Economie et des Finances et Bank Al-Maghrib (BAM) depuis 2019, constitue le cadre de référence de l'ensemble des actions présentées lors de cet événement. Mohammed Tarik Bchir, directeur du Trésor et des Finances extérieures, a rappelé que l'économie marocaine affiche des prévisions de croissance frôlant les 5% pour 2025 et attendues au-delà en 2026, avec une progression de 15% de la valeur ajoutée agricole. Dans ce contexte de reprise, Tamwilcom a mobilisé 54,2 MMDH de crédits en 2025, appuyé par des programmes ciblés tels qu'Intelaka (11 MMDH), Tamwil El Fellah (5 MMDH au bénéfice de 100.000 producteurs), et celui relatif à la reconstitution du cheptel ayant touché plus de 1,15 million de personnes, avec un taux de bancarisation atteignant 94%. Ces résultats témoignent d'un effort de financement soutenu, bien que des disparités territoriales persistent. 450 communes sans accès financier : l'équation territoriale à résoudre Abderrahim Bouazza, directeur général de Bank Al-Maghrib, a présenté un bilan nuancé des progrès accomplis. Il a indiqué que si le taux de couverture en milieu rural atteint désormais 60%, 450 communes rurales ne disposent toujours d'aucun point d'accès financier. Face à cette réalité, BAM entend poursuivre une politique d'extension du réseau bancaire, laquelle est conditionnée au développement des infrastructures routières et de télécommunications. En parallèle, le virement instantané, introduit en 2023, et la solution nationale de paiement mobile, lancée dès 2018 en collaboration avec l'ANRT et les opérateurs télécoms, constituent des outils de substitution aux réseaux physiques. La gratuité des services bancaires de base, inscrite par directive, vise à garantir l'accessibilité tarifaire pour les populations à faibles revenus. 40 MMDH comme levier de bancarisation en 2026 Au-delà des outils bancaires classiques, la généralisation de la protection sociale, portée par la vision royale, représente un levier indirect mais structurant de l'inclusion financière. Mohammed Tarik Bchir a indiqué que l'enveloppe allouée à la protection sociale atteindra près de 40 MMDH en 2026, soit 2,3% du PIB. La digitalisation des transferts monétaires de l'Etat permet d'intégrer dans les circuits financiers formels des populations qui en étaient jusqu'alors exclues, en faisant de l'accès au compte bancaire une porte d'entrée vers l'épargne et le crédit. Ahmed El Bouari, ministre de l'Agriculture, a confirmé, lors de cette rencontre, que le département travaille en ce sens à travers la promotion de l'éducation financière, la digitalisation des services et l'élargissement de l'assurance agricole inclusive, notamment en direction des femmes rurales et des jeunes agriculteurs. 50 coopératives équipées en TPE et trois projets pilotes lancés La dimension opérationnelle de la conférence s'est concrétisée par l'annonce de trois projets structurants portés conjointement par le ministère de l'Agriculture et BAM. Le premier porte sur l'autonomisation économique des femmes rurales. Le second vise à construire un modèle de financement adapté aux petits agriculteurs, en partenariat avec la Société financière internationale (IFC) et des plateformes Agritech. Le troisième, déjà en phase opérationnelle lors de la 18e édition du SIAM, consiste en l'équipement de 50 coopératives agricoles en terminaux de paiement électronique (TPE). Mohamed Ouhssain, directeur financier du ministère de l'Agriculture, a précisé que la deuxième feuille de route de la stratégie nationale s'inscrit dans une logique plus ambitieuse, non plus axée sur la simple détention d'un compte mais sur l'usage effectif et quotidien des outils financiers. La Fondation marocaine pour l'éducation financière, dont 25% des programmes bénéficient directement au monde rural, sera également associée à cet effort par la signature prochaine d'un accord de partenariat avec le ministère de l'Agriculture.