Le Brent évolue à 103,17 dollars le baril et le WTI à 94,16 dollars, dans un marché soutenu à la fois par les tensions autour du détroit d'Ormuz et par le recul des stocks américains d'essence et de distillats. Le marché pétrolier a renoué avec une nette poussée haussière. Jeudi 23 avril, le Brent de la mer du Nord s'échangeait à 103,17 dollars le baril, tandis que le WTI américain montait à 94,16 dollars. La veille, le Brent avait déjà terminé au-dessus de 100 dollars pour la première fois depuis plus de deux semaines, signe d'un marché à nouveau dominé par la prime de risque géopolitique. Une tension géopolitique redevenue centrale La hausse actuelle tient d'abord à l'enlisement des discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, dans un contexte de circulation maritime toujours perturbée dans le détroit d'Ormuz. Selon la presse internationale, l'Iran a saisi deux navires mercredi et les restrictions sur le transit maritime restent en place des deux côtés, alors même que cette voie faisait transiter environ 20% des approvisionnements mondiaux quotidiens de pétrole avant le début du conflit le 28 février. Le marché réagit d'autant plus vivement que toute perturbation durable sur ce passage stratégique renchérit immédiatement le coût du brut, notamment pour les flux à destination de l'Asie. Les fondamentaux américains renforcent le mouvement Cette tension géopolitique s'est ajoutée à des signaux de marché venus des Etats-Unis qui ont conforté le mouvement haussier. Selon l'Energy Information Administration, les stocks commerciaux américains de brut ont certes augmenté de 1,9 million de barils sur la semaine close le 17 avril, à 465,7 millions de barils, soit un niveau encore supérieur de 3% à la moyenne des cinq dernières années pour cette période. En revanche, les stocks d'essence ont reculé de 4,6 millions de barils et ceux des distillats de 3,4 millions, ces derniers se situant environ 8% sous leur moyenne quinquennale. En même temps, la demande apparente de produits pétroliers sur quatre semaines a progressé de 3% sur un an. Autrement dit, le marché a surtout retenu le resserrement sur les carburants, plus révélateur de la consommation immédiate que la seule hausse des stocks de brut. Les flux commerciaux confirment également ce repositionnement du marché. Les exportations américaines combinées de brut et de produits pétroliers ont atteint un record de 12,88 millions de barils par jour, preuve que les acheteurs en Europe et en Asie cherchent à compenser les perturbations liées au Golfe. Cette reconfiguration soutient les cours internationaux et aide à expliquer pourquoi le Brent reste plus exposé que le WTI aux tensions sur le transport maritime et aux coûts logistiques. Un marché toujours encadré par l'offre Du côté de l'offre, l'OPEP+ continue d'afficher une ligne prudente. Le 5 avril, huit pays de l'alliance ont annoncé la mise en œuvre en mai 2026 d'un ajustement de production de 206.000 barils par jour, tout en réaffirmant leur volonté de conserver une pleine flexibilité pour augmenter, suspendre ou inverser ce processus selon l'évolution des conditions de marché. Dans son rapport mensuel d'avril, l'OPEP maintient par ailleurs sa prévision d'une croissance de la demande mondiale de pétrole de 1,4 million de barils par jour en 2026, ce qui montre que les fondamentaux de consommation restent jugés solides malgré la nervosité actuelle. À ce stade, le marché pétrolier évolue donc à la croisée de deux forces. D'un côté, une demande qui reste bien orientée et des stocks de produits raffinés sous tension. De l'autre, un risque géopolitique élevé dans la zone la plus sensible du commerce mondial d'hydrocarbures. Tant que le détroit d'Ormuz ne retrouvera pas un fonctionnement normal et que les discussions entre Washington et Téhéran n'auront pas réellement progressé, le pétrole devrait rester installé à des niveaux élevés et particulièrement volatils. Sanae Raqui / Les Inspirations ECO