Dans un contexte de transformation rapide des métiers et des organisations, les responsables des ressources humaines expriment des besoins de plus en plus marqués en compétences opérationnelles et transversales. Au-delà des diplômes, les entreprises recherchent des profils capables de s'adapter, de résoudre des problèmes concrets et de travailler en environnement complexe. Entre montée des soft skills, évolution des métiers techniques et exigence d'agilité, l'apprentissage par l'expérimentation prévaut. L'apprentissage par l'expérimentation s'impose progressivement comme un modèle de référence dans les réflexions sur l'enseignement supérieur. Plébiscité par les recruteurs, il demeure pourtant encore marginal dans de nombreux systèmes de formation, où dominent des approches fondées sur la mémorisation et la restitution des savoirs. Quelques initiatives tentent néanmoins de donner le change. Cette approche, encore peu répandue, vise à favoriser un état d'esprit entrepreneurial et une capacité d'adaptation jugée essentielle dans un marché du travail en recomposition. Pour de nombreux recruteurs et responsables des ressources humaines, ce type de formation reste toutefois encore élitiste et insuffisamment généralisé. Le constat récurrent est que l'écart entre les compétences acquises à l'université et celles attendues en entreprise demeure significatif. Au-delà des contenus disciplinaires, c'est la manière d'apprendre et de penser qui est interrogée. Le lien formation-emploi Dans un contexte marqué par la montée en puissance de l'intelligence artificielle et l'automatisation de nombreuses tâches, les compétences purement techniques ne suffisent plus. Les entreprises recherchent désormais des profils capables de faire preuve d'esprit critique, de créativité, de collaboration et d'agilité intellectuelle. Les soft skills deviennent ainsi un facteur majeur de différenciation, tandis que certains métiers manuels et techniques continuent de présenter de fortes perspectives d'emploi durable. Comme le souligne Asmaa El Kohen, DRH à l'Office national des aéroports (ONDA), «les besoins des entreprises évoluent à un rythme soutenu, sous l'effet de la transformation digitale et des exigences de performance. Les profils les plus recherchés se concentrent aujourd'hui dans les filières d'ingénierie, de data et de systèmes d'information, mais aussi dans les métiers liés à l'exploitation d'infrastructures critiques, comme le transport aérien». À ces compétences techniques s'ajoutent des aptitudes transversales devenues incontournables : adaptabilité, intelligence émotionnelle, sens des responsabilités et capacité à travailler en équipe. Des avancées notables ont été réalisées ces dernières années pour rapprocher le monde académique de l'entreprise. De nombreux établissements ont intégré davantage de stages, de projets pratiques et de partenariats industriels dans leurs cursus. Toutefois, un décalage structurel persiste entre la formation et les besoins réels du marché du travail. Ce fossé concerne particulièrement les compétences opérationnelles et comportementales, ainsi que l'exposition des étudiants aux réalités du terrain. Dans ce cadre, l'expérience professionnelle devient un élément central du parcours de formation. Stages, alternance, projets collaboratifs ou engagement associatif sont désormais perçus comme des composantes essentielles de l'employabilité. Des parcours à penser comme des trajectoires de compétences Dans un environnement économique en mutation rapide, le choix d'un parcours post-bac ne peut plus se limiter à la sélection d'un métier. Il s'agit désormais de construire un socle de compétences évolutives. Pour Fouzia El Koufi, ancienne DRH, les jeunes sont appelés à privilégier des formations qui développent des fondamentaux solides en analyse, en raisonnement et en maîtrise des outils numériques. Ils doivent également s'inscrire dans une logique d'apprentissage continu, les métiers d'aujourd'hui n'étant pas nécessairement ceux de demain. Cette approche repose sur trois piliers : la consolidation de compétences transversales, l'ouverture à des secteurs en croissance et la multiplication des expériences concrètes. Plus que jamais, la capacité à apprendre, désapprendre et se réinventer devient déterminante dans les trajectoires professionnelles. À l'échelle internationale, les mutations en cours sont d'une ampleur inédite. Selon le World Economic Forum, près de 39% des compétences devraient évoluer d'ici 2030, tandis que 59% des actifs nécessiteront une requalification. Dans ce contexte, les systèmes d'orientation et de formation sont appelés à se transformer en profondeur. Au Maroc, la diversification de l'offre de formation, entre public, privé et établissements internationaux, traduit une dynamique réelle, mais elle complexifie également les choix d'orientation pour les étudiants. Avec plus de 50% de la population âgée de moins de 35 ans, le pays dispose d'un potentiel démographique important, mais confronté à un défi majeur d'insertion professionnelle. Les entreprises, de leur côté, recherchent de plus en plus des profils hybrides combinant compétences digitales, maîtrise des environnements industriels et soft skills. Selon plusieurs études, une large part des recrutements valorise désormais autant les compétences comportementales que les savoirs techniques. D'ici 2030, les projections internationales estiment que 170 millions d'emplois seront créés et 92 millions transformés. Dans ce contexte, les priorités pour les systèmes de formation apparaissent claires, renforcer les compétences fondamentales, développer l'apprentissage continu et multiplier l'exposition au monde professionnel. Le Maroc dispose d'atouts structurants, notamment dans les secteurs de l'automobile, de l'aéronautique et des énergies renouvelables. L'enjeu central réside désormais dans l'alignement entre orientation, formation et besoins économiques. Asmaa El Kohen DRH à l'ONDA «Les besoins des entreprises évoluent à un rythme soutenu, sous l'effet de la transformation digitale et des exigences de performance. Les profils les plus recherchés se concentrent aujourd'hui dans les filières d'ingénierie, de data et de systèmes d'information, mais aussi dans les métiers liés à l'exploitation d'infrastructures critiques, comme le transport aérien.» Fouzia El Koufi Ancienne DRH «Les jeunes sont appelés à privilégier des formations qui développent des fondamentaux solides en analyse, en raisonnement et en maîtrise des outils numériques. Ils doivent également s'inscrire dans une logique d'apprentissage continu, les métiers d'aujourd'hui n'étant pas nécessairement ceux de demain.» Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO