Quand les données agricoles deviennent un outil de pilotage, l'agriculture change de nature. En signant le mémorandum Jazari road au SIAM de Meknès, le ministère de l'Agriculture franchit un pas vers une gestion intelligente du secteur, adossée à l'IA et portée par une vingtaine d'administrations déjà engagées dans la dynamique nationale. C'est en marge de la 18e édition du SIAM, la grand-messe annuelle de l'agriculture au Maroc, que deux ministères ont scellé un partenariat appelé à redessiner les contours du secteur. À Meknès, Ahmed El Bouari et Amal El Fallah Seghrouchni ont signé un Mémorandum d'entente officialisant l'adhésion du ministère de l'Agriculture au Groupement d'intérêt public «Jazari road», cadre interministériel dédié au déploiement de l'intelligence artificielle (IA) au Maroc. Derrière cet accord se pose une question de fond : comment un secteur soumis à des contraintes climatiques et économiques croissantes peut-il tirer parti du numérique et de l'IA pour gagner en performance et en résilience ? 13 secteurs prioritaires, Un accord structurant Lancée en janvier 2026 dans le cadre de la feuille de route «AI Made in Morocco», l'initiative Jazari road regroupe déjà une vingtaine d'administrations et de ministères. Son périmètre d'action a été défini lors des Assises nationales de l'intelligence artificielle, tenues les 1er et 2 juillet 2025, au cours desquelles 13 secteurs prioritaires ont été identifiés, parmi lesquels figure l'agriculture. La ministre Amal El Fallah Seghrouchni a rappelé à ce propos que l'agriculture est un champ où on peut appliquer énormément de techniques du numérique mais aussi de l'IA, que ce soit pour la production, la gestion ou l'élevage du bétail. L'accord signé au SIAM concrétise ainsi l'inscription du secteur agricole dans cette dynamique nationale, en alignant les orientations du ministère de l'Agriculture avec celles de la stratégie Digital Morocco 2030 et de la stratégie Génération Green 2020-2030. Le mémorandum constitue une première étape formelle, à laquelle succédera un accord plus détaillé portant sur les modalités opérationnelles de coopération. Agriculture 4.0 : un GIP, cinq engagements clés Sur le plan des engagements, le ministère de l'Agriculture s'est formellement engagé à contribuer aux travaux du GIP Jazari road, à développer et expérimenter des cas d'usage d'IA appliqués au secteur, ainsi qu'à valoriser les données agricoles pour améliorer les processus de prise de décision. Le renforcement des capacités techniques et humaines dans les domaines du numérique et de l'IA figure parmi les axes prioritaires retenus, de même que la promotion de l'innovation ouverte, en partenariat avec les acteurs publics, privés et académiques. De son côté, le ministère de la Transition numérique s'est engagé à coordonner l'intégration du ministère de l'Agriculture dans la gouvernance du GIP, à accompagner l'identification des cas d'usage agricoles prioritaires et à assurer la cohérence des initiatives avec les orientations nationales en matière de digitalisation. Le ministre a tenu à souligner que «le digital s'impose comme un levier de la transformation agricole», ajoutant que la signature traduit «une volonté commune de développer des solutions utiles, de mieux valoriser les données agricoles, de renforcer les capacités et de favoriser l'innovation». Un pôle Digital pour piloter l'agriculture intelligente Le contexte institutionnel de cet accord n'est pas récent. Dès 2023, le ministère de l'Agriculture avait créé un pôle Digital spécifiquement chargé de coordonner la transition vers l'agriculture 4.0. Depuis lors, plusieurs initiatives ont été lancées en direction de l'écosystème agri-tech national, dont l'organisation d'un hackathon agro-alimentaire destiné à identifier des solutions innovantes portées par des startups et des jeunes porteurs de projets. Pour El Bouari, l'enjeu dépasse désormais les initiatives ponctuelles. «Au-delà de ces initiatives, l'enjeu est de structurer durablement cette dynamique», a-t-il précisé. L'adhésion au GIP Jazari road répond précisément à cet objectif, en dotant le ministère d'un cadre de coopération interministérielle formalisé couvrant des domaines variés. Parmi ceux-ci, on peut citer la gestion des ressources hydriques, le suivi du bétail, l'optimisation de la production et l'aide à la décision pour les agriculteurs. Dans un contexte de pression climatique accrue et de concurrence internationale renforcée, la digitalisation du secteur agricole s'impose progressivement comme un axe incontournable de la politique agricole nationale, portée désormais par une architecture institutionnelle renforcée. Mehdi idrissi / Les Inspirations ECO