Les cours du pétrole repartent à la hausse sur les marchés internationaux, portés par les tensions géopolitiques et les incertitudes autour de l'offre mondiale. Avec un Brent au-dessus de 100 dollars le baril, le marché entre dans une nouvelle phase de nervosité, où chaque perturbation des flux peut rapidement se traduire par une pression sur les prix. Le pétrole est redevenu l'un des principaux baromètres du risque mondial. Sur les marchés internationaux, le Brent évolue autour de 107 dollars le baril, tandis que le WTI américain se rapprochait de 96 dollars, selon les dernières données de marché disponibles. Cette remontée traduit moins un simple mouvement spéculatif qu'un changement brutal de perception. Les opérateurs ne regardent plus seulement la demande mondiale, ils évaluent désormais la capacité réelle du marché à acheminer les barils disponibles vers les grands centres de consommation. Le retour du risque géopolitique La hausse récente des cours est alimentée par les tensions persistantes au Moyen-Orient et par les perturbations autour du détroit d'Ormuz, l'un des points de passage les plus sensibles du commerce pétrolier mondial. Dans un marché déjà nerveux, toute restriction des flux maritimes se répercute immédiatement sur les prix, car cette zone concentre une part stratégique des échanges d'hydrocarbures. Le mouvement est d'autant plus fort que le Brent, référence internationale, est directement exposé aux déséquilibres de l'offre mondiale. À l'inverse, le WTI reste davantage influencé par les fondamentaux américains, notamment les stocks, la production domestique et la logistique intérieure. L'écart entre les deux références s'est ainsi élargi, signe d'un marché international plus tendu que le marché nord-américain. Une offre mondiale fragilisée Les dernières prévisions de l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA) confirment cette pression sur l'offre. L'EIA anticipe un pic du Brent autour de 115 dollars le baril au deuxième trimestre 2026, avant un repli progressif si les interruptions de production se résorbent et si le trafic via le détroit d'Ormuz reprend graduellement. Cette hypothèse reste toutefois conditionnée à une normalisation des flux, ce qui laisse planer une forte incertitude sur les prochains mois. Cette tension se lit aussi dans le différentiel Brent-WTI. L'EIA prévoit un écart pouvant atteindre 15 dollars en avril, au moment où les perturbations de production sont les plus fortes. Un tel spread traduit une prime de risque élevée sur le brut international et une inquiétude plus marquée sur l'approvisionnement hors Etats-Unis. La demande commence à ralentir Mais la hausse des prix a aussi un revers. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) estime désormais que la demande mondiale de pétrole pourrait reculer légèrement en 2026, avec une contraction moyenne de 80.000 barils par jour. Il s'agit d'un net changement par rapport à ses prévisions précédentes, qui tablaient encore sur une progression de 730.000 barils par jour. L'AIE estime également que la demande aurait déjà reculé en mars et en avril, sous l'effet combiné de la flambée des prix, des perturbations logistiques et de politiques destinées à limiter la consommation. Ce point est central. Le marché pétrolier n'est pas seulement confronté à une crise d'offre. Il entre aussi dans une zone où les prix élevés commencent à peser sur les comportements de consommation, les coûts industriels, le transport et les arbitrages budgétaires des Etats importateurs. Des prévisions encore très divergentes Les grandes institutions ne lisent pas le marché de la même manière. L'OPEP continue d'anticiper une croissance de la demande mondiale de 1,4 million de barils par jour en 2026, portée principalement par les pays non membres de l'OCDE. L''EIA retient une prévision plus prudente, avec une hausse de 0,6 million de barils par jour. L'AIE, de son côté, envisage désormais une légère contraction. Sanae Raqui / Les Inspirations ECO