115 milliards de dirhams. C'est le chiffre que le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a posé sur la table dans son avis sur le projet de loi n° 29.24. Ce n'est pas le déficit d'une caisse ni le coût d'un stade. C'est le manque à gagner annuel des jeunes Marocains de 15 à 34 ans qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. 9,6% du PIB qui s'évapore chaque année. Le projet de loi n° 29.24 entend stopper cette hémorragie silencieuse. Si l'on s'en tient à la volonté de création d'une Agence nationale de protection de l'enfance et à celle de procéder à la refonte des centres d'accueil et des institutions de protection sociale, l'intention sur le papier est louable. Mais l'avis rendu par le CESE est sans concession. Pas d'étude préalable, alors que la loi l'exige. Un périmètre trop étroit, qui ne concerne que les enfants déjà placés, sans toucher à la prévention ni au soutien aux familles. Une absence de consultation des associations de terrain. Un flou persistant sur les peines alternatives pour les mineurs en conflit avec la loi. Le gouvernement a mis la charrue avant les bœufs. On veut créer une agence sans savoir si elle est vraiment nécessaire. On veut réformer les centres sans associer ceux qui les tiennent au quotidien. On veut protéger les enfants sans s'attaquer aux causes profondes de leur vulnérabilité. Une réforme qui ignore la prévention est une réforme vouée à l'échec. Et sans l'adhésion des acteurs de terrain, elle risque de rester lettre morte. Aujourd'hui, le CESE a rendu son avis, renvoyant la balle dans le camp du législateur. Mais il ne faut pas oublier que le prix de l'inaction est de l'ordre de 115 milliards. Une lourde dette humaine. Payer maintenant pour protéger les enfants, ou payer beaucoup plus cher pour gérer les dégâts sociaux et économiques. Il faut choisir ! Meriem Allam / Les Inspirations ECO