J'aime bien les nouvelles fraîches, ce sont mes préférées, mais j'aime bien de temps en temps revenir sur les anciennes. D'ailleurs, c'est comme les bons petits plats qu'on réchauffe : ils ont un petit arrière-goût de brûlé, pas vilain du tout. L'info que j'ai décidé de vous servir aujourd'hui n'est pas si vieille que ça. Elle date de la semaine dernière, et je sais qu'elle a fait couler beaucoup d'encre chez mes confrères les plumitifs, et, je l'espère, beaucoup de larmes chez les «victimes», les présumés plumeurs de deniers publics. Je veux parler du Rapport de la Cour des comptes «Cru 2008». Déjà, je voudrais m'arrêter sur l'année : pourquoi 2008, et pas encore 2009 ? Est-ce un problème d'abondance de bilans à décortiquer, ou bien de carence de personnel qualifié pour le faire ? Dans un cas comme dans l'autre, et à mon humble avis de contribuable pas totalement vertueux, je pense qu'étant donné l'importance des données qu'on peut récolter, on aurait pu faire un effort. J'ai bien peur que les «choses» ne s'accumulent tellement qu'on finisse par prendre beaucoup de retard sur le décorticage, et par voie de conséquence, sur les chances de mettre les mis en cause en cage. Si cage il y a, bien sûr. Car, au Maroc, on a tendance à oublier et, parfois, à tout pardonner avec le temps. Ne dit-on pas que la Nation est clémente et miséricordieuse ? Et encore, dans certains cas, je pourrais être d'accord. Par contre, pour la Cour des comptes, je suis plutôt contre. Je m'explique : quand j'apprends qu'on a découvert que certains comptes de gros organismes d'Etat étaient dans un sacré état avec des découverts outrageux et des dépenses outrancières, on ne peut se limiter à la seule mise à l'index. Comme vous, j'ai déjà eu l'occasion auparavant de lire ça et là qu'untel, Grand Patron d'un Grand Office de son état, s'est offert de bons moments, de beaux cadeaux, de merveilleux voyages, de succulents repas, et tout ça, à nos frais. Je dis «à nos frais», parce que j'estime que, quelque part, il y a un peu de mes sous, oh, pas beaucoup, je sais, dans tout ce qui a été dépensé. Que vous soyez un pauvre ou un riche contribuable, et même si personne ne vous a demandé forcément votre avis, vous avez contribué, malgré vous et à l'insu de votre plein gré, à offrir à certains la belle vie. Alors, justement, c'est là où le bât blesse et le haut stresse. D'une part, vous n'en profitez même pas un petit chouia, parce que ces grands argentiers devenus grands dépensiers, et réciproquement, piquent un peu dans la caisse où il y a un peu de vos sous, sans même penser à vous, mais, en plus, ils n'ont rien. Enfin, si, ils ont beaucoup, car ils ont beaucoup tapé, mais il ne leur arrive rien. Oui, d'accord, on les vire sans égard, on les gronde, ou, peut-être, également, on leur tire les oreilles, mais loin des regards, et puis, plus rien. Du moins à ce que je sache. D'ailleurs, comme me dit souvent un copain pour me taquiner, «Tu sais, tu as beau croire que tu sais, mais dans ce pays, on ne sait jamais». Mon copain a d'autant plus raison que, par exemple, je ne sais pas encore pourquoi deux grands commis de l'Etat, roulés aujourd'hui dans la farine pour avoir, dit-on, dilapidé du blé qui n'était pas tout à fait le leur, ont été «remerciés» bien avant la sortie de ce satané rapport. Il y a eu, en quelque sorte, libération avant inculpation et sentence avant délibération. Je ne sais pas, ils ont, peut-être, le droit de le faire, mais, moi, toi, lui, enfin, vous les citoyens, vous avez aussi le droit de vous poser des questions. Mais, comme dirait l'autre : c'est vous qui voyez.