A l'horizon 2025, le Dollar partagera la vedette avec le Yuan et l'Euro, selon la Banque mondiale. A l'horizon 2025, le Dollar partagera la vedette avec le Yuan et l'Euro, selon la Banque mondiale. L'hégémonie du Dollar sur le système monétaire international devrait s'effacer d'ici à 2025 pour laisser place à un système tripolaire du billet vert, de l'Euro et du Yuan, a affirmé la Banque mondiale dans un rapport sur la « Nouvelle économie mondiale». « Actuellement, l'Euro est une source croissante de concurrence internationale pour le Dollar», écrit l'institution de Washington dans ce rapport. Par ailleurs, « du fait que les économies émergentes représentent une part sans cesse croissante de l'économie mondiale et participent de plus en plus activement au commerce et à la finance transfrontaliers, force est de constater que leur monnaie, en particulier le Renminbi (le nom officiel de la monnaie chinoise), va inévitablement jouer un rôle plus important », poursuit-elle. « Le scénario le plus probable pour le système monétaire international est un système à devises multiples centré autour du Dollar, de l'Euro et du Renminbi», estime-t-elle. « Dans le cadre de ce scénario, le Dollar perdrait sa position incontestée de devise internationale dominante d'ici à 2025, laissant la place à un rôle international étendu pour l'Euro et en plein essor pour le Renminbi », ajoute la Banque mondiale. En réalité, « l'expansion rapide des pays émergents a modifié la répartition des pôles de croissance économique entre pays développés et pays en développement, créant un monde véritablement multipolaire», a déclaré l'économiste en chef de l'institution, Justin Yifu Lin, en dévoilant la semaine dernière la première édition du rapport destiné à devenir un événement annuel. «On s'attend à une transformation radicale de l'économie mondiale», a résumé Mansoor Dailami, principal auteur de l'étude de 174 pages. En effet, selon les projections de l'institution, d'ici à 2025, la moitié de la croissance de l'économie mondiale sera assurée par six économies émergentes: Brésil, Chine, Corée du Sud, Inde, Indonésie et Russie. Entre 2011 et 2025, ces économies émergentes vont croître de 4,7% en moyenne, contre 2,3% de croissance prévu dans les pays développés. Ces puissances tireront également la croissance dans des pays plus pauvres, en dopant les échanges Sud-Sud, via des opérations commerciales mais aussi financières bilatérales. Cependant, elles devront revoir la structure de leur développement économique, pour le rendre durable, en le faisant reposer davantage sur la demande intérieure et la hausse de la productivité. Actuellement, elles sont encore souvent dépendantes des investissements étrangers et des exportations. La Banque mondiale estime également que les institutions financières doivent s'adapter rapidement à cette nouvelle donne. De plus en plus de multinationales chinoises, indiennes, ou autres, iront investir dans les pays riches. Notons que de 1997 à 2003, les compagnies issues des économies émergentes ont représenté 4 % du total des investissements directs étrangers. Cette proportion est passée à 17 % entre 2004 et 2010. Selon le rapport, de plus en plus de ces entreprises pourraient s'imposer comme des leaders mondiaux de leur domaine, y compris dans des secteurs inhabituels, comme le secteur financier. En 2025, les voitures de luxe pourraient tout aussi bien être de marque Hyundai ou Tata que Mercedes ou Lexus. Elles ne feront probablement plus seulement le plein à des stations-service ExxonMobil ou BP, mais aussi Lukoil et Pertamina. On ne les aura pas nécessairement achetées grâce à un prêt d'une banque City ou BNP Paribas, mais peut-être ICBC (Industrial and Commercial Bank of China) ou Itaú Unibanco du Brésil. Néanmoins, cette croissance impressionnante, non seulement des pays asiatiques, mais aussi de l'Europe de l'Est, de l'Amérique latine et même de l'Afrique, n'est pas acquise, prévient la Banque mondiale. Elle nécessitera, pour durer, une poursuite des changements économiques, politiques et sociaux en cours afin, notamment, de réaliser des gains de productivité et d'augmenter la demande intérieure. Mais si tout va bien, elle pourrait aussi être plus forte qu'attendu. «Ces changements seront sans doute positifs, mais il reste à savoir si les normes et les institutions multilatérales actuellement en place sont suffisamment solides pour survivre dans un système multipolaire », a déclaré Mansoor Dailami. « Face aux difficultés que pose l'intégration mondiale entre les grandes puissances, il est essentiel que les pays coordonnent mieux leurs politiques pour réduire les risques d'instabilité économique.» La crise économique mondiale a montré, par exemple, comment le monde avait déjà du mal à encadrer le secteur financier mondial dans un contexte d'hégémonie occidentale. La tâche ne sera pas plus facile dans un monde multipolaire, bien au contraire. La création du G20 ainsi que la belle coordination affichée par les banques centrales durant la crise financière sont déjà un bon commencement, estime le rapport. En effet, il propose également de faire le ménage dans les 2275 accords bilatéraux sur l'investissement. Ce domaine est en effet, l'un des seuls à ne pas encore avoir de cadre multilatéral, déplore la Banque mondiale.