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« L'honneur de la femme est réduit à son hymen » | Le Soir-echos
Publié dans Le Soir Echos le 26 - 03 - 2012

La conférence organisée, samedi, par Al Massae sur l'affaire Amina El Filali a mis à nu les paradoxes de loi. Le Soir échos a interview Rachid Aït Belarbi, l'avocat de la famille, qui a suivi de A à Z le cas de l'affaire Amina
Il y a plusieurs versions sur l'affaire d'Amina El Filali. Que s'est-il vraiment passé ?
D'après la famille de la défunte et certains responsables du gouvernement, les parents avait déposé une plainte contre le violeur qui été dans un premier temps, convoqué par la justice. Il avait ensuite convaincu les juges qu'entre lui et Amina, existait une vraie histoire d'amour. Le parquet, après avoir présenté les faits à la famille de la victime, la mère sous la pression du tabou et du scandale, a accepté « la solution du mariage «. Le procureur du roi a sur le champ demandé de lancer la procédure pour établir légalement cette union.
Comment se fait-il que la justice marocaine n'ait pas pris en considération l'agression subie par Amina de la part de Mustapha, son présumé violeur ?
Le problème ne réside pas ici dans la décision du parquet mais dans l'application d'une loi désuète. Nous sommes devant un crime grave de viol et de violences physiques à l'égard d'un mineur. La loi, au lieu de punir l'accusé, l'a protégé. Ce qui est encore plus dangereux, c'est le communiqué du ministère de la justice qui a annoncé que le parquet considère ce dossier clos. Le seul espoir qui nous reste, c'est le procureur général du roi à Tanger qui, lui, considère que ce dossier est toujours en cours d'examen.
Marier une fille à son violeur…qu'est-ce que cela vous inspire-t-il ?
Tout simplement le summum de la schizophrénie et de l'hypocrisie de toute une société. Certaines mentalités considèrent encore que la perte de virginité, avec le sentiment de honte qu'elle génèrerait, est un scandale à dissimuler à son entourage. Donner sa fille à son violeur parce qu'elle n'est plus vierge relève de l'ignorance. Ce qui est dramatique dans l'affaire Amina est que l'article 20 de la Moudawana a été totalement oublié.
Qu'est-ce qui bloque l'affaire à présent ?
Le procureur du roi Tanger nous a informé, récemment, de la possibilité qu'Amina aurait été victime d'empoisonnement. Cette version a été avancée par la mère d'Amina, sans que celle-ci précise le ou les personnes qui seraient derrière son empoisonnement.
Mustapha est-il le seul à être coupable ?
Pas du tout. Il faut sérieusement se pencher sur la question du viol et le mariage des mineurs au Maroc pour en finir une fois pour toute. Les coupables sont l'Etat, la justice, le parquet, les forces de l'ordre, les juges et cette mentalité qui réduit l'honneur de la femme à son hymen.
Quels sont les articles de loi qu'il faudrait revoir ?
L'article 20 de la Moudawana qui autorise le mariage des mineurs doit être supprimé. Par contre, je tiens à préciser que l'article 475 a été considéré par beaucoup comme un texte qui lèse la femme violée alors que ce n'est pas vrai. L'article 475 soulève un autre problème qui est celui de l'intolérance du Telwat (la drague en darija. Ndlr). Le texte dit que si l'on surprend un homme et une femme dans une relation amoureuse ou sexuelle hors mariage, la solution proposée par la loi serait de les marier, si l'homme en question veut éviter d'être poursuivi. Cette article doit lui aussi être revu, puisqu'il puni le droit d'aimer !


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