Le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger, M. Nasser Bourita, a reçu, vendredi à Rabat, le Président de l'Assemblée nationale de la République du Sénégal, M. El Malick Ndiaye.    Profession d'avocat : l'Association des barreaux déclenche un plan de mobilisation contre le projet de loi    Sécurité : Hammouchi accueille la réunion annuelle des Directeurs généraux de la police du Maroc, d'Espagne et d'Allemagne    Sánchez : «Le Maroc, l'une des priorités de la politique étrangère de l'Espagne et de l'UE pour 2026»    Projet de loi sur la profession d'avocat : Le gouvernement assure la poursuite du dialogue    Trafic aérien. Un record de 36,3 millions de passagers en 2025    Meknès : Un nouveau centre technique des oléagineux pour structurer la filière    À l'occasion de la nouvelle année... le président chinois appelle au renforcement du partenariat civilisationnel entre la Chine et l'Afrique    Réglementation des changes : Un pas décisif vers la flexibilité du dirham    Marché obligataire : Forte levée du Trésor sur la maturité 2 ans    La Bourse de Casablanca termine en hausse    Affaire des « Lions du califat » : 151 années de réclusion cumulées prononcées par la justice    Soudan du Sud: Plus de 700.000 déplacés en 2025 à cause du conflit et des inondations    Revue de presse de ce vendredi 9 janvier 2026    Indice arabe 2025 : 89 % des Marocains opposés à la reconnaissance d'Israël    Un arbitre mauritanien pour le choc Maroc–Cameroun en quarts de finale de la CAN    Invitation officielle du Maroc à « Lumumba » pour assister à la finale de la Coupe d'Afrique    CAN 2025: Mazraoui face à Mbeumo dans le duel Maroc-Cameroun    Aux tirs au but... le Paris Saint-Germain remporte le Trophée des Champions au Koweït    CAN 2025 / Arbitrage du Maroc-Cameroun : la CAF retire l'Egyptien (centre) et les Algériens (VAR) pour préserver l'équité après l'intervention de la FRMF    L'Hôpital Privé Ibn Yassine Rabat du groupe AKDITAL ouvre ses portes    Marrakech: Placement en garde à vue d'un individu pour usurpation d'identité et escroquerie    Alerte météo : Vague de froid, de vendredi à dimanche dans plusieurs provinces    Réforme de la santé : Amine Tehraoui fait le point sur la mise en œuvre des différents chantiers    BAFTA 2026 : « One Battle After Another » en tête des longlists    L'histoire des drapeaux marocains expliquée    CMG dévoile la bande-annonce du Gala du Nouvel An chinois 2026    Khalil Thiero : « La CAN, c'est aussi le terrain de jeu des entrepreneurs et créateurs africains»    Réformes économiques : le Nigeria passe à l'action    Quart de finale Mali - Sénégal : «Le Sénégal est favori, mais nous n'avons pas peur » (Saintfiet)    Sécurité routière : la Mauritanie adopte l'IA    CAN 2025 : plus de 150 infractions recensées dans les stades    Maroc - Cameroun : le duel des Lions pour une place en demi-finale    CAN Maroc 2025 : « La rencontre avec le Cameroun sera un vrai combat » (Regragui)    Barid Al-Maghrib rejoint le programme DATA-TIKA de la CNDP    « Ideas of Africa » : L'Afrique moderne s'expose à New York    « Confluences » à Rabat : L'artisanat marocain révèle ses échos africains    Lyon: Cantos argelinos contra judíos y marroquíes durante la CAN 2025    Le président Macron annonce la libération du ressortissant français Laurent Vinatier détenu en Russie    Baitas : "Attribution de 1.000 postes spécifiques aux enseignants de la langue amazighe en 2026"    Tanger: Les bâtiments historiques du Consulat général de France abriteront le nouvel Institut français    Le président français salue l'exceptionnelle qualité des relations avec le Maroc    Les Etats-Unis se retirent de 66 organisations internationales    Venezuela : Les décisions resteront "dictées" par Washington, selon la Maison Blanche    Barid Al-Maghrib rejoint le programme DATA-TIKA de la CNDP    Régionalisation avancée : le gouvernement adopte une feuille de route    Regragui sees Morocco–Cameroon as a true battle between African giants    Des fossiles humains vieux de 773.000 ans découverts à Casablanca    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Salim Jay : L'enfance volée d'Ahmed Zitouni
Publié dans Le Soir Echos le 09 - 04 - 2010

Ahmed Zitouni est un écrivain singulier, et parfois même outrancier. Peut-être faut-il le définir comme outrancièrement écrivain.
En ouverture de «Manosque, aller-retour» paru en 1998 aux éditions Autres Temps, Ahmed Zitouni citait Jean Giono dont le nom est inséparable de Manosque. L'auteur du «Hussard sur le toit» écrivait : «…ce piégeur de grives est dans l'histoire arabe de Tabari ; ce marchand de porcs de Draguignan a la ruse d'Ulysse ; ce fanfaron de Naples insulte comme Achille ; ce charretier andalou boit à la cruche d'argile comme buvait Haroum al Rachid.» 
A Manosque, Zitouni  repense à une enfance volée, la sienne et celle de Houria : «Un dernier sourire figé sur une foule compacte,  parquée dans un port d'angoisse. Oran pour mémoire. Le début de la fin d'une débâcle annoncée.»
Le «dernier jour de guerre (où) la violence des hommes s'autorisait toutes les outrances, tous les outrages», Parmi les images qui défilent, Saïda et «le lancinant cliquetis des blindés en maraude.»
Aucun autre livre d'Ahmed Zitouni n'a le tremblé de «Manosque aller retour». Jamais il n'était parvenu à un tel rendu des émotions fondatrices, «le sentiment de subir l'épopée malheureuse des enfants de la guerre, d'appartenir à la même barbarie.»
La famille d'Ahmed quitte Saïda pour Oran que Zitouni nomme «pucelle boulimique, étagée en gifles de pierre». «Fille de harki, Houria appartenait au camp des vaincus. Fils d'un résistant de l'ombre, j'étais de l'autre bord, celui des vainqueurs aiguisant les lames de la revanche» nous explique Zitouni. Pour l'heure, tous fuyaient. 
Le narrateur imagine Houria à Manosque, à moins qu'elle n'ait jamais quitté le camp : une de ces réserves néocoloniales où, après la grande débâcle de juillet 1962, furent entassés les «Français musulmans», car c'est ainsi que les crucifie encore le vocabulaire administratif.»
Le 19 mars 1962, l'enfant Zitouni avait failli espérer. Croire à une enfance pacifiée. Espérance bafouée par une «tuerie à ciel ouvert». Adulte, l'écrivain guette la cambrure de Manosque lorsqu'elle «s'arrondit comme une ville orientale», selon l'expression de Giono. 
Le 25 juin 1962, «les réservoirs de mazout du port venaient d'être éventrés au bazooka et au fusil-mitrailleur», Ahmed sait que, plus jamais ses mains ne se poseront sur Houria. Il assiste longtemps après à un concert de Cheb Mami, lui aussi natif de Saïda. Zitouni est persuadé que Houria se trouve dans la salle. Persuadé enfin qu'une petite fille,
«réplique miniaturisée de Houria», ferme, pour lui, les portes de la guerre. 
«Manosque aller-retour» est un livre de seulement 47 pages dont plusieurs lectures n'épuisent pas la clameur entêtante. Un livre de révolte et de paix, de guerre et d'amour qui file comme une flèche et vous atteint au cœur. 
«Y a-t-il une vie avant la mort ?» (La Différence, 2007) est le dixième livre de Zitouni qui déteste les nuances et adopte naturellement un ton d'imprécateur hanté. Ecrivain né, il se raconte avec une sorte de fureur non exempte d'humour. Cet amoureux du langage en acte, ce prosateur foisonnant avait, à l'automne 1983, emprunté à Verlaine le titre de son premier roman «Avec du sang déshonoré d'encre à leurs mains» (chez Robert Laffont).
Vingt-cinq ans plus tard, Zitouni dialogua une nouvelle fois  avec Impermastic, le héros de son premier roman. Incapable  d'oublier le bidonville de saint Barthélémy à Marseille et la cité de transit de Bassens. A la colère et à la révolte, il ajoute des ratiocinations de pochard, la description d'une errance et de l'impossible désertion de soi. Il serait faux de prétendre que le narrateur    nous est furieusement sympathique, mais il est furieusement doué pour la dénonciation de l'hypocrisie qui prétend faire tenir debout la société, les gens, le malheur et le bonheur.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.