Le public casablancais s'est délecté ce dimanche, à la fabrique culturelle (anciens abattoirs), d'un spectacle inédit au Maroc et unique en son genre. Une performance pluridisciplinaire mêlant cinéma en plein air et musique live. Le spectacle est conçu et réalisé par le Collectif 47, une compagnie franco-marocaine. Pendant la projection d'un film sur écran géant, sur scène un orchestre de 9 musiciens (batterie, percussions, guitare, tubas, trompettes, clarinette, saxophone…), s'applique à faire parler ces images muettes. Une histoire émerge, où s'entremêlent contes et légendes, sur les traces d'un homme traqué dont on ne sait presque rien. Les musiciens/comédiens, n'hésitent pas à s'interposer entre le public et l'écran, tantôt pour une improvisation, tantôt pour une théâtralisation, réorientant ou complétant le récit. Ils interprètent un socle musical composé par Sinkhkéo Panya, directeur artistique de la création. Est-ce du rock ? Est-ce du jazz ? Une musique de film ? De la Word Music ? Peut-être est-ce tout cela à la fois avec ici et là des rythmes traditionnels ou des résonnances électriques, donnant lieu à des contrastes inattendus. Images inédites Le film est réalisé par Simohammed Fettaka, à partir des images issues d'une sélection de 28 films, datant des années 1940 aux années 1970, prêtées par le Centre cinématographique marocain (CCM), partenaire de la manifestation. La trame filmique instaure une atmosphère tantôt drôle, tantôt joyeuse, tantôt lugubre ou inquiétante. Fettaka a volontairement préservé à ces images, peu connues finalement du public et pour la plupart inédites, une certaine esthétique propre à ces années là. Le spectacle est conçu et réalisé par le Collectif 47, une compagnie franco-marocaine, mêlant plusieurs disciplines artistiques, dans le cadre de la saison culturelle de l'Institut français du Maroc. INTERVIEW EXPRESS Sinkhkéo Panya Directeur du Collectif 47 et directeur artistique du ciné-concert. D'où vient l'idée de ciné-concert ? L'Institut français m'a commandé un spectacle musical avec des images du CCM. Je pense que le travail Isli d'Tslit qui a tourné pas mal au Maroc a plu au Directeur de l'Institut français de Rabat, François Xavier Adam. Je pense aussi que c'est l'envie de retravailler avec moi mais également l'envie de montrer ces images. Notre objectif c'était de prendre ce travail comme matière première, de le montrer, mais surtout d'en faire un objet de divertissement. Il y a dans votre spectacle des extraits de pas moins de 28 films, quel était le fil directeur de ces images ? Je crois que les plus vieux films datent des années trente et les plus récents datent des années 70, ce qui embrasse quand même une cinquantaine d'années de cinéma marocain. L'idée c'était de vraiment montrer la diversité à travers un axe conducteur. Cet homme qu'on ne nomme pas spécialement, ses images, ce qu'on raconte sur lui,les péripéties par lesquelles il est passé vont être les traces qu'il a laissées. La performance musicale du coup suit une trame filmique. Est-ce une grosse contrainte ? C'est clair qu'il y avait une contrainte mais en même temps plus qu'une contrainte, c'est des rails qu'il faut suivre pour arriver tous ensemble au même endroit. Il y a le film qui avance, il y a les musiciens qui avancent et là on est synchronisé, on a des tops ... Il y a une dimension technique assez importante. Vu que c'est de la musique live, on ne joue jamais exactement à la même vitesse, il y a des choses ... des interférences. Y a-t-il de l'improvisation ? Il y a beaucoup d'improvisation là-dedans. La structure est carrée, mais il faut arriver au mot FIN au même moment. Plus qu'un concert, la vocation de ce spectacle était vraiment multidisciplinaire, on voulait mélanger image et musique live ce qui veut dire aussi spectacle vivant, Hagar et Hicham qui sont comédiens voulaient qu'il y ait aussi une dimension théâtrale. Là où les films sont muets, là où il n y a pas de paroles et bien. C'est le live qui prend la parole. Les musiciens se sont amusés aussi à faire des formes théâtrales courtes, un peu de burlesque... Venons-en aux paroles et au texte, spécialement le morceau « si j't'attrape' qui est très violent » Finalement jamais on ne l'entend parler notre homme de l'Ouest, ce sont les autres qui parlent de lui, ce sont les autres qui l'annoncent dès le prologue. On ne le voit jamais vraiment mais on peut imaginer que c'est lui qui se trouve parmi la foule. Du coup, il va rencontrer la ville, l'amour, la violence et ... tout ce passage qui commence avec « si j't'attrape et qui finit un peu plus tard, avec un texte qui est vraiment violent et des extraits de trois films qui sont très durs aussi, ce sont des choses qu'il a pu rencontrer, ce sont des témoignages aussi c'est une manière de parler de lui ou peut-être de ce qu'il a fui. Il y a un côté violence gratuite, c'est dur d'en parler sans raconter le film. C'est une violence qui est recherchée, il est comme un air de provocation . A travers le montage et notre interprétation on a rendu ces images encore plus violentes… La première phrase qui est très violente, elle est tirée d'un vieux livre, je crois que c'est un manuel arabe qui parle des premières conquêtes arabes. On est allé chercher aussi des formes de violence qu'on a retrouvée dans l'histoire. Par exemple les images de guerre qu'on montre. Il n'est pas question de désigner le gentil et le méchant; la violence elle est toujours gratuite et il n'y a rien qui puisse la justifier.» * Tweet * *