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Barberousse d'Akira Kurosawa
Publié dans Le Soir Echos le 01 - 02 - 2013


Akira Kurosawa et Toshiro Mifune constituent l'un des duos réalisateur – acteur les plus mythiques de l'histoire du cinéma. L'immense réalisateur japonais et son non moins brillant acteur fétiche ont longtemps mené une collaboration de choc, donnant naissance ensemble à un nombre impressionnant de chefs-d'œuvres, de « Rashomon » à « La forteresse cachée », de « Sanjuro » aux « Sept samouraïs », de « L'ange ivre » à « Yojimbo ». De 1948 à 1965, ils vont tourner 16 films ensemble jusqu'au dernier, « Barberousse », qui signera la fin de leur idylle professionnelle et amicale. Une réconciliation aura bien lieu des années plus tard mais ils ne tourneront plus jamais de nouveau ensemble. Les tensions auraient eu pour origine un désaccord sur la nature même du personnage de médecin interprété par Mifune dans le film. Kurosawa le voyait comme une sorte de grand sage, Mifune comme un homme d'action, n'hésitant pas à recourir à une certaine violence. L'impossibilité aussi pour Mifune de tourner ailleurs pendant les deux longues années que dura le tournage (il était obligé de garder la barbe de son personnage), les difficultés financières que connût sa société de production de ce fait, auraient achevé de brouiller les deux hommes durablement. « Barberousse » fut donc le dernier chapitre de leur histoire artistique commune et n'en demeure pas moins un très très grand film. Un film somme, une fable humaniste dans la grande veine de Kurosawa, additionnant plusieurs petites histoires pour conter les maux physiques et mentaux des hommes et ce que l'extrême pauvreté et les traumatismes de certaines situations précoces peuvent induire. Début du 19ème siècle. De retour à Edo (ancien nom de Tokyo) après trois ans d'études à Nagasaki, le jeune docteur Noboru Yasumoto est décidé à y faire une brillante carrière. Il rêve d'une nomination dans l'hôpital du Shogunat. Sa connaissance de la médecine occidentale et ses origines le destinent aux plus hautes sphères médicales. Mais sa première affectation l'envoie dans un quartier très pauvre de Tokyo, à la clinique de l'intransigeant Dr Niide dit «Barberousse». Egoïste et arriviste, le docteur est mécontent d'être aux ordres d'un médecin dans un endroit qui ne correspond pas à son diplôme et à son ambition. Mais peu à peu, Yasumoto surmonte son amère déception et s'attache aux malades et à son étrange patron. Barberousse est un médecin atypique au coeur pur entièrement dévoué à la cause des plus pauvres. En fréquentant les laissés pour compte de la société, Noboru s'humanise… « Barberousse » frappe par son ampleur. Le réalisateur y a consacré deux années de tournage et le résultat est clairement visible à l'écran. Kurosawa évite tous les dangers d'une histoire pareille, tentation du misérabilisme et de l'écueil, pour livrer un grand film humaniste, fort, intelligent et profondément touchant. La quasi perfection de la mise en scène, la densité de son propos et la qualité de ses interprètes contribuent à en faire l'une des plus importantes réussites de son auteur.

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