Environnement des affaires: ce qu'il faut retenir de la politique nationale 2021-2025    Message de condoléances de SM le Roi à la famille de feu Béchir Ben Yahmed, fondateur de "Jeune Afrique"    Météo: le temps prévu ce jeudi 6 mai au Maroc    Coupe du Trône: les Faraouis font tomber le Raja en demi-finales (VIDEO)    Afrique du Sud : M. Youssef Amrani présente dans un panel la perspective marocaine d'une diplomatie post-covid    Coupe du Trône: le Wydad bat le Chabab Mohammédia et file en finale (VIDEO)    L'avenir de Mohamed Ihattaren, entre PSV et tanière des Lions ?    Classement mondial de la bonne gouvernance : Le Maroc 61e mondial et 4e en Afrique    Chelsea-Real (2-0) : Les Blues se hissent vers Manchester City en finale de la LDC !    Cette semaine en Liga...    Liberté sous caution pour Bouhlel et son acolyte ?    Cinéma/Maroc : Un réseau d'acteurs pour la promotion des droits de l'Homme voit le jour    Le Maroc et la Serbie veulent renforcer davantage leurs relations économiques    La terre a tremblé dans la région de Ouarzazate    Affaire Brahim Ghali: les Marocains d'Espagne se mobilisent    Le Maroc dans le Groupe B    Concours «Street Art Casablanca»    LA BAD APPUIE LE MAROC AVEC PRÈS D'UN MILLION DE DOLLARS    Le plaidoyer du Maroc pour une OMC plus efficace    Mahrez envoie Manchester City en finale    Le Djibouti réitère son attachement «résolu et constant» à l'intégrité territoriale du Maroc    Nizar Baraka : "Il est temps de revoir la répartition des richesses"    Covid-19/Maroc : 5 décès et 371 nouvelles contaminations ces dernières 24 heures    AGROALIMENTAIRE/Agropoles: des plateformes intégrées avec des incitations pour les investisseurs    Madrid: Manifestation massive devant l'Audience Nationale pour réclamer l'arrestation du dénommé Brahim Ghali    Ce qu'il faut retenir des études relatives au développement du cannabis    USA: Facebook maintient l'interdiction du compte de Donald Trump    La Bourse de Casablanca clôture dans le vert    Le 11ème Festival International de Meknès du Cinéma des Jeunes se déroulera du 25 au 28 mai    Quand la pandémie pérennise son lexique dans la langue française    Le dirham devrait s'apprécier face au dollar de 0,1%    « Mon histoire avec les médicaments », une autobiographie de feu Omar Tazi [Chapitre 1]    Hôtellerie : l'Israélien Fattal lorgne le Maroc    Ramadan/Tanger: un restaurant sert un Ftour express, couvre-feu oblige (reportage)    Larbi Tourak expose ses œuvres à Fès    Nuits ramadanesques : Le groupe Tarwa N-Tiniri se produira le 6 mai    Coupe du Trône: voici le premier qualifié au dernier carré (VIDEO)    Le Premier secrétaire de l'USFP s'entretient avec l'ambassadeur du Pakistan au Maroc    Covid-19: deux cas du variant indien détectés en Espagne    Au Musée Reina Sofia à Madrid : «Trilogie marocaine : 1950-2020»    Jazz au Maroc: vivement le live !    Santé : Des médecins cubains au Maroc ?    Simplification des procédures administratives : La CMR se conforme à la nouvelle loi    Covid-19 : Deux cas du variant indien détectés en Espagne    Ministère: Près de 4 millions d'Espagnols au chômage    Maroc/météo : Nuages instables sur plusieurs régions avec des averses par endroits, ce mercredi 5 mai    Bill et Melinda Gates continueront à gérer ensemble leur fondation après leur divorce    Le leader de Podemos, Pablo Iglesias, se retire de la vie politique    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Quand le passé nous rattrape
Publié dans Le Soir Echos le 22 - 07 - 2013

Vous êtes ici : Actualités / A La Une / Quand le passé nous rattrape
Dans son nouvel opus « Les nuits du Caire », l'auteur franco-égyptien Gilbert Sinoué décrypte le rapport à la terre et la résurgence du passé dans la vie d'un expatrié. Le roman de Sinoué s'empare d'une thématique universelle où le déracinement revient comme une rengaine entêtante. L'auteur, de retour au Caire sous les traits du sexagénaire Karim, déroule son roman avec une absolue tendresse pour ce pays, devenu cependant étau malgré lui. Sans se détourner de ses fresques littéraires tournées vers l'histoire du monde arabe, il déroule une prose subtile, sensible, simple, accessible, comme à son accoutumée. La trame : Karim décide sur un coup de tête de revenir en Egypte, son pays natal et entreprend une action folle, celle de retrouver un amour qu'il a perdu il y a quarante-cinq. Son retour se teinte vite de déception et le héros se retrouve happé par un pays cabossé, à la veille d'une des plus grandes révolutions du monde arabe. Lorsqu'il atterrit le 29 janvier 2011 au Caire, le taxi le mène en direction de la Place Tahrir, là où la colère populaire gronde. Il est témoin malgré lui du basculement historique du pouvoir du « Rayess ». Très vite, ses retrouvailles avec sa ville natale réveillent d'heureux souvenirs, et aussi de vieilles douleurs. Le narrateur est rappelé à sa condition de «khawaga», une expression utilisée par son chauffeur de taxi, par laquelle les musulmans désignent «les communautés dites « marginales », à savoir les juifs et les chrétiens (à l'exception des coptes). Dans un des passages du roman, l'auteur revient sur ces conflits confessionnels : «Bien que totalement ancrés en Egypte depuis plus d'un siècle, ces gens – auxquels les miens avaient appartenu – ne furent jamais considérés comme de vrais Egyptiens par les musulmans». Karim s'acharne. Il ne cherche qu'une seule chose : renouer avec son ancienne amoureuse, avec laquelle il a vécu une passion ardente. Les deux anciens amoureux s'étaient donné rendez-vous au Caire mais les mésaventures de Karim s'enchaînent et il se retrouve enlevé par des islamistes, face à un septuagénaire disciple de Ben Laden. Il est sauvé par un détail fortuit : le père du ravisseur avait travaillé autrefois comme cuisinier pour son père. Le héros s'embarque dans cette nouvelle amitié qui le mènera, une fois de plus, vers de nouveaux questionnements.
Panser les blessures du passé
Au fil du récit, le lecteur tente de s'accommoder de cette Egypte qui a perdu sa gloire passée, et prend conscience d'un pays qui a plongé effroyablement dans l'obscurantisme et l'intégrisme. Il se posera finalement l'interrogation inévitable : Est-il judicieux de continuer sa quête initiatique et de retrouver cette femme qu'il a aimé quarante ans plus tôt ? L'essence du roman serait finalement de s'interroger sur l'utilité de remuer le passé et de le ressusciter. Quel est l'intérêt de s'acharner à renouer avec une femme jadis aimée ? Le passé ne devrait-il pas rester là où il est, caché dans les plis et replis des souvenirs ? N'est-il pas périlleux de vouloir à tout prix aller à la rencontre de ce qu'on était?
L'inévitable conflit identitaire
«Les nuits du Caire », de par sa thématique, n'est pas sans nous rappeler le dernier ouvrage de l'écrivain libanais et membre de l'Académie française Amine Maalouf : « Les désorientés ». L'historien expatrié dépeint par Maalouf et qui rentre au bercail à l'occasion de la mort d'un de ses anciens amis, tente désespérément de dépoussiérer le passé, et développe au fil de son séjour un curieux rapport conflictuel avec sa terre natale. A l'instar des « Désorientés », « Les nuits du Caire » est aussi une chronique du fossé qui sépare les expatriés de leurs terres natales. Certains pèlerinages sont douloureux et l'auteur le démontre dans chaque page de son roman. Voici une phrase qui en témoigne : «La différence que je fais entre l'Egypte et la France est exactement celle que je fais entre une mère et une épouse. Une épouse on l'a choisie (...). Mais en aucun cas elle ne pourrait vous faire oublier votre mère».
Prix des libraires pour « Le Livre de Saphir », l'auteur a déjà publié de nombreux romans dont « Erevan », et sa trilogie « Inch'Allah », « Le Souffle du jasmin », « Le Cri des pierres », n'hésitant pas à revenir sur les pans entiers de l'histoire de l'Orient, et à s'attarder sur les soubresauts géopolitiques de la région. Celui qui a longtemps décrypté les remous et les mutations du monde arabe et les déchirements qui en découlent, revient avec un roman à la lisière de l'autobiographique. Car Gilbert Sinoué ressemble à s'y méprendre à Karim, son héros sexagénaire venu réveiller les démons du passé. Dans « L'homme qui regardait la nuit », il avait creusé le même sillon. Théophane, le héros, chirurgien cardiaque en exil sur une île grecque, n'était autre que le double de l'auteur, dont le parcours et les rencontres vont le pousser à affronter son passé. Dans « Les nuits du Caire », l'enjeu est strictement personnel, et douloureux, mais aussi, vous le découvrirez, éminemment salutaire.
- Les nuits du Caire, aux éditions Arthaud (186 p.)


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.