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L'accord d'Agadir
Les raisons de l'inertie
Publié dans L'observateur du Maroc le 06 - 03 - 2009

Au cours du mois de janvier 2009, les services de douane marocains ont bloqué un convoi de véhicules neufs appartenant à la société égypto-turque «Tamsa». Le motif présenté par les autorités marocaines était celui de la non-conformité de ces véhicules aux modalités stipulées par «l'accord d'Agadir», un accord signé en 2004 entre le Maroc, l'Egypte, la Jordanie et la Tunisie, et qui implique la levée immédiate des barrières non tarifaires et l'instauration progressive d'une zone de libre-échange. Les Egyptiens, de leur côté, invoquent une barrière administrative et technique dont l'objectif réel est d'empêcher leurs produits d'accéder au marché marocain. Signé en février 2004 et entré en vigueur en avril 2007, force est de constater, deux ans plus tard, que l'accord est difficile à appliquer. Comment expliquer ces difficultés ?
La pression corporatiste
Il semble qu'il y ait un point commun entre le comportement des deux gouvernements, marocain et égyptien; chacun est en grande partie guidé par la pression exercée par certaines corporations. Car en effet, en Egypte c'est le secteur automobile qui se sent menacé par l'arrivée de la «Logan» assemblée au Maroc. Malgré l'entrée en vigueur de l'accord en avril 2007, les exportateurs marocains ont trouvé d'énormes difficultés à exporter la «Logan» en Egypte. La raison de la non-conformité aux normes de qualité évoquée reste peu convaincante car la voiture s'exporte déjà vers des marchés plus exigeants (France, Espagne). En réalité, ce blocage est le résultat du lobbying des six chaînes de montage égyptiennes qui veulent conserver leurs parts dans un marché interne d'automobile très protégé.
Du côté marocain, dans plusieurs secteurs, surtout le textile et l'agriculture, on voit d'un mauvais œil l'arrivée de produits égyptiens. Dans ce cadre, le gouvernement marocain a fini par contenter les producteurs marocains de riz qui avaient pointé du doigt la «menace» que présente l'importation massive de riz égyptien sur leur activité économique. Ces deux cas montrent clairement qu'en cédant aux pressions de ces groupes, les gouvernements mettent en avant leur volonté de «protéger» les économies de leurs pays de ce qu'ils pensent être des «menaces liées au libre-échange». Selon cette logique, l'échange est forcément un jeu à somme nulle où les gains d'une partie engendreraient automatiquement les pertes d'une autre.
Une perception erronée des fondements du libre-échange
Même ceux qui ont compris que l'échange est un jeu à somme positive hésitent sur la reconnaissance d'une zone de libre-échange. Il persiste en effet chez eux une idée assez répandue selon laquelle lorsqu'il y a une ressemblance dans les structures productives des pays, l'échange de produits similaires ne pourrait être avantageux pour tous les partenaires. La théorie fondatrice de l'économiste britannique Ricardo stipule que les pays doivent se spécialiser dans des branches différentes dans lesquelles ils ont un avantage comparatif en termes de productivité. Ils échangeraient alors librement leurs productions respectives, bénéficiant des avantages de la spécialisation. On parle de commerce international «inter-branches». Cette théorie est vraie, mais elle peut être mal interprétée par certains qui défendent alors l'idée que le libre-échange n'est bénéfique que pour l'échange de produits différents entre pays différents.
Or, en pratique, comme l'a rappelé le prix Nobel d'économie 2008, Paul Krugman, «en majorité, les échanges s'effectuent entre des pays qui non seulement ont des caractéristiques similaires mais qui échangent les mêmes produits». C'est le commerce international «intra-branche». Ainsi, l'Allemagne et la France échangent mutuellement des voitures. De même, pendant que la Suède exporte ses Volvo vers l'Allemagne, celle-ci lui vend à son tour des BMW. L'argument de la similarité des produits n'est donc pas soutenable pour justifier la fermeture commerciale. Comme l'explique Krugman, l'ouverture commerciale reste bénéfique même entre pays aux économies identiques parce qu'elle permet à chacune des entreprises de faire des économies d'échelle en bénéficiant d'un réservoir de consommateurs plus large que sur le seul marché national, et parce qu'il permet aux consommateurs de bénéficier d'un choix plus large de marques et de prix plus bas, en aiguisant la concurrence entre entreprises incitées à innover pour se différencier de leurs concurrentes. Comme l'a rappelé un autre Prix Nobel, James Buchanan, un marché plus grand permet plus d'opportunités et une division du travail plus fine non pas simplement à l'intérieur des entreprises mais aussi entre entreprises, c'est-à-dire qu'il favorise l'émergence de plus de firmes spécialistes, et par conséquent une croissance économique plus soutenue. L'ouverture commerciale signifie plus de goûts et de préférences à satisfaire et donc plus d'opportunités pour les entreprises, plus de choix et des prix plus bas pour les consommateurs, plus de spécialisation et donc un réseau économique plus dense, soubassement d'une croissance économique plus dynamique : ainsi les Marocains et les Egyptiens gagneront toujours à échanger librement.
Le problème de fond ici est loin d'être lié à l'accord d'Agadir lui-même ni aux modalités de son application : l'obstacle majeur viendrait plutôt de la façon dont il est perçu. Donc, la pédagogie et l'émancipation par rapport aux pressions corporatistes sont nécessaires pour venir à bout de ce problème et faire progresser les mentalités en leur faisant comprendre les bienfaits d'un marché ouvert : l'échange international est un jeu à somme positive.
Errachid El Majidi est doctorant-chercheur à lUniversité Paul Cézanne (Marseille).


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